
MEMO IR E
SECTION III.
Administration.
Surveillance et Direction.
L a surveillance et la direction des monnoies, en Orient, ont dû fixer d’autant I
plus l’attention des princes et des gouverneurs, que cette administration, outre!
son importance naturelle, a toujours été considérée comme une branche assez I
considérable des revenus publics.
Les premiers khalyfes exercèrent en personne l’inspection sur la fabrication des I
dynâr et des dirhem jusqu’à Haroun el-Rachyd (l), qui crut devoir confier les types!
monétaires à G a 'fir el-Barmeky (2), et ce fut une des circonstances qui contri-1
buèrent à illustrer le plus le nom de ce personnage célèbre dans l’Orient; car, ■
dit Maqryzy, personne jusqu’à lui n’avoit encore joui de ce privilège.
Depuis que l’Égypte fut conquise par les Musulmans, l’émyr qui y comman-J
doit surveilloit la monnoie frappée au coin des khalyfes.
Lorsque l’Égypte devint le siège d’un khalyfe, il exerça lui-même ou déléguai
cette surveillance à son vizir ou à un de ses officiers.
Les premiers Mamlouks qui se rendirent indépendans, s’emparèrent ordinai- ;
rement de la fabrication des monnoies, et quelquefois conservèrent, par un resteI
d’hommage, le type du khalyfe (3).
La même chose arriva sous les sultans de Constantinople : lorsque les pachas!
conservoient toute l’autorité dont ils avoient été revêtus par la Porte, la mon !
noie étoit surveillée, ou directement par eux, ou par un de leurs officiers,ou!
par un commissaire'spécial envoyé par la Porte; et Ion comptoit a Constanti-I
nople du revenu de la monnoie : mais, lorsque les beys parvenoient à enlever.'
l’autorité au pâcha et ne lui laissoient que quelques vains honneurs, le pâchal
cédoit ordinairement au bey cheykh el-beled (4) la direction de la monnoie, moyen-!
liant une rétribution fixe. Enfin, lorsque les Mamlouks secouoient entièrement!
le joug de la Porte, ils s’emparoient exclusivement de l’administration et des
bénéfices de la monnoie.
Lors de l’entrée des Français au Kaire, la commission administrative établit!
provisoirement par le général en chef, et composée d e MM. Monge e t Berthollet,
membres de l’Institut de France, et de M. Magallon, consul général, n o u s chargea,!
(1) Voye^ pag. 360, alin. 2 et not..
(2) JUjA i
(3) Voyr^ pag. 360, alin. dern.
(4) Voy*Z. PaK- 361 > ali*1- e l n o t- '
sous le titre d inspecteur, de ¡administration de la monnoie, et nous, laissa la-
faculté de nous désigner un adjoint.
Soi\arrêté, en date du 7 thermidor an 6 (1), pÔrtoit que nous donnerions les
ordres nécessaires pour mettre aussitôt en activité les travaux de la monnoie,
tels qu ils avoient été exécutés précédemment.
Il fut ensuite nommé un caissier, chargé en même temps d’échanger les pièces
d argent, conformément au tarif arrêté pour les monnoies ( 2).
Plus tard, comme il existoit un contrôleur près de chacune des administrations
Françaises, il en fut aussi établi un près de la monnoie du Kaire.
Nos fonctions étoient absolument les mêmes que celles des commissaires du
Gouvernement près des monnoies de France. Les comptes, rendus en arabe par
\tffendy chargé de la fabrication, étoient réglés, examinés et remis par nous en
français a ¡administrateur des finances et à -une commission spéciale, nommée
pour les vérifier et les arrêter définitivement.
§. II.
Employés, Chefs d ’atelier, Ouvriers.
Dans la Description historique et topographique de l’Égypte, Maqryzy rapporte
que c étoit anciennement au qâd el-qodâh ( 3 ) et aux agens commis par
» lui qu’appartenoit exclusivement la direction de la fabrication des monnoies,
»mais que, de son temps, cet emploi n’étoit plus confié.qu’à de prétendus’
» Musulmans qui ne sont, au vrai, que des scélérats de Juifs, qui, sous le masque
» d une profession extérieure de l’islamisme, conservent toute leur perversité. »
Il doit arriver fréquemment, dans un pays où la religion Musulmane est dominante,
où les Mahométans ont tout le pouvoir et les privilèges, et où les autres
sectes sont avilies et persécutées, que ceux des opprimés qui ont plus d’ambition
que dattachement a leur rit, finissent par embrasser la religion des vainqueurs
et dés maîtres; et il existe en Égypte plusieurs familles de naturels et
d’étrangers, anciennement Chrétiens ou Juifs, qui se sont faits Musulmans.
Lors de la conquête de l’Égypte par les Français, [’effcndy (4 ) chargé de la
fabrication, qui avoit géré long-temps cet emploi, tantôt sous l’autorité des
fâchas, tantôt sous celle des beys, étoit un ancien Juif, qui s’étoit fait Mahométan.
Son fils aîné, élevé dans 1 islamisme, étoit son adjoint et tenoit la comptabilité.
Lun et 1 autre, placés sur une estrade élevée, qui dominoit la plupart des
ateliers, et ayant à leurs côtés les deux peseurs de la monnoie (5), passoient toute
ja journée, assis sur un divan, soutenus sur des coussins, la pipe à la bouche,
adonner les ordres nécessaires d’un signe ou d’un clm-d’oeil, à enregistrer et
calculer ce qui avoit rapport à la fabrication. A divers intervalles, ils priaient
0) 25 juillet 1798. ïU ï l l ] ; ce qui signifie ¡uge dci juges, ou juge supérieur.
2 ¡ V t ce tarif, ci-dessus, pag. 393. (4) En turk jo jÂI.
B) QSdy des qidy, en arabe qid el-qodâh [ (5) ] »K pag. 440, alin. 6.