
aucun village où il n’y ait plusieurs fabricans de nattes. Les plus grossières et les
plus communes dans le Sa’yd sont fabriquées avec la feuille de/ia/fe/i [poa multiflora]
plante qui croit sur les terrains incultes. On en fabrique par-tout avec la feuille
du dattier, de cet arbre dont toutes les parties sont si utilement employées. On
trouve de ces nattes dans tous les, lieux habités depuis Syène jusqu’à Alexandrie ;
on peut s’en procurer à des prix qui les mettent à portée du particulier le plus
pauvre : on en fait aussi des espèces de cabanes OÙ les habitans s’abritent du soleil.
Les prostituées, qui, dans certains lieux, mènent entre çlles une sorte de vie
commune, habitent ordinairement, au bord du Nil, sous des tentes formées de
nattes de feuilles de dattier.
Les plus recherchées ét.dont l’usage est le plus général dans les grandes villes,
sont fabriquées avec des joncsjque produisent, dans le Fayoum, les bords du lac
Qeroun, e t, dans la province de Terrâneh, les bords des lacs de Natron.
Un gros village du Fayoum appelé Tamyeh est le siège de cette branche
d’industrie; il est situé près du lac Qeroun, à l’embouchure d’une gorge qui
conduit de ce lac aux pyramides de Gyzeh, à travers le désert qui borne à l’ouest
la vallée du Nil. Quelques villages voisins de Tamyeh, et notamment ceux de
Masarah et de Sennouris, occupent à cette fabrication un certain nombre d’ouvriers.
Il y a à Tamyeh une centaine de fabricans, dont chacun emploie de deux
à cinq ouvriers ; le prix de leur journée varie de 5 à 1 o parats, c’est-à-dire qu’il
est un peu moindre que le prix de la journée de travail employée à la culture des
terres, laquelle est généralement de 10 parats dans ce canton.
Cest du village de Roudah, sur les bords du lac, que l’on tire la plus grande
partie des joncs dont on se sert à Tamyeh pour la fabrication des nattes. La population
presque entière de ce dernier village en est occupée, et vit de ses produits.
On peut y regarder comme nuls ceux de l’agriculture. Le territoire de
Tamyeh, au débouché de la gorge qui conduit aux pyramides, est couvert d’une
marne blanchâtre, précisément de la même nature que celle dont on fait les bar-
daques, et qui se trouve près de Qené, au débouché de la gorge qui conduit sur
la mer Rouge à Qoceyr.
La ville de Menoufse distingue, entre celles du Delta, par la beauté des nattes
qui y sont fabriquées ; elles sont les plus recherchées de toute l’Égypte.
Ce n’est pas seulement dans la ville qu’on exerce cette branche d’industrie;
on s’y livre encore dans un certain nombre de villages aux environs.
Le jonc que l’on y met en oeuvre vient, comme nous l’avons déjà dit, de la
province de Terrâneh, et des déserts voisins des lacs de Natron : il est exclusivement
récolté par la tribu Arabe des Geouâbit, qui sont en possession de
ces déserts ; ils le transportent dans un village appelé Qasr DAoud, situé sur la
rive droite de la branche occidentale du Nil ; il y est conservé dans des magasins
où les fabricans de Menouf vont s’en approvisionner.
Ces fabricans et leurs ouvriers ne travaillent à la confection des nattes que
pendant quelques mois de l’année ; ils cultivent pendant le reste du temps un
peu de terre.
T
; La fabrique des nattes de Menouf occupe des ouvriers de tout âge : les
enfans sont payes de.y a 6 mcdins par jour; la journée des hommes faits s’élève
de 10 a 12 ; enfin les ouvriers les plus habiles reçoivent 80 parats par semaine.
Quatre hommes travaillant pendant une journée peuvent fabriquer une natte
carrée de quatre mètres de côté.
La plus grande partie des nattes de la province de Menouf est envoyée au
Kaire et à Boulaq, tant pour la consommation de ces deux villes, que pour y
être mise en dépôt jusqu’au moment d’être exportée. |
Ces nattes étoient achetées ordinairement, ou par des marchands Turcs, qui
les vendoient à Constantinople, à Smyrne et dans les îles de l’Archipel, ou par
des marchands Syriens, qui les transportoient à Saint-Jean d’Acre, à Jérusalem,
à Damas, &c.
En temps de paix, on compte dans la province de Menouf jusqu’à six ou sept
cents ouvriers rtattiers. Le prix du jonc dont ils se servent étoit, avant l’expédition
Française, de 4 ou y pataquès d’Espagne la charge d’un chameau. Ce prix:
étoit monté jusquà 6 ou y piastres pendant notre séjour en Égypte, quoiqu’alors L
il n y eût point de commerce extérieur. Cette augmentation de prix provenoit
de ce que les Arabes qui étoient dans l’usage de récolter les joncs dans le désert
de Terrâneh et de les transporter à Qasr Dâoud, avoient été poursuivis et dispersés
par lés Français.
S E C T I O N I V .
Des différentes espèces d ’Huiles et de leur fabrication.
Les différentes espèces d huiles que l’on fabrique en Égypte, servent à l’assaisonnement
de certains comestibles, ou pour l’éclairage des rues et de l’intérieur
des maisons; îj
On emploie , pour faire de l’huile , les graines de laitue , de carthame , de
colza, de lin et de sésame ; et la consommation des huiles qui en proviennent
est plus ou moins abondante dans les différentes provinces, suivant que leur
territoire est plus Ou moins propre à la production des plantes oléagineuses que
nous venons d’indiquer.
Ainsi, dans la partie la plus méridionale de l’Égypte, on ne fait usage que
d’huile de laitue et de carthame ; dans l’Egypte moyenne, on consomme spécialement
de l’huile de colza , de lin et de sésame; enfin , dans la basse Égypte,
de l’huile de lin et de sésame.
L ’huile de laitue est la seule huile comestible à Esné et dans la province
de Thèbes. Nous avons décrit la culture de cette plante et indiqué ses-produits'
en graine, qui s'élèvent communément à trente-six pour un. Un ardeb de graine,
du prix moyen de 1 yo médins,rend deux mesures d’huile appelées hall as: chacune
de ces mesures pèse environ trente-cinq rotl du Kaire ; le prix du rotl de cette
huile est de 7 à 8 parats.
Le carthame n’est cultivé dans le même canton que pour la graine qu’if fournit;