
et d’eau froide. La population se compose de quatre villages contenant chacun
cent cinquante à deux cents habitans, qui cultivent beaucoup le dattier, dont ils
font leur principal commerce. Ils ont aussi du riz, du dourah, et quelques arbres
fruitiers ; tels que figuiers, bananiers, orangers et grenadiers; mais ils nont pas de
blé. Us transportent ou font transporter par les Arabes Koby de la Bahyreh le
superflu de leurs denrées au Fayoum et au Kaire, et ils les échangent pour des
toiles, du fer et du blé. Il n’y a dans cette Oasis ni chevaux ni moutons, vraisemblablement
faute de pâturages. Le climat en est très-malsain, parce que les
vents du sud, de l’est et de l’ouest, qui traversent d’immenses plages de sable, y
apportent un souffle chaud et empoisonné, de la nature du khamsyn d Egypte : aussi
les hommes y sont d’une très-petite stature, toujours malades, ou ont l’apparence
d’une très-mauvaise santé.
Pour se rendre de Médine à el-Ouâh, on doit passer au lac Garâh. On trouve,
à deux heures au sud de ce lac, deux puits appelés Ray an el-Kebyr et Rayâh el-
Soghayr, auprès desquels on voit un monument semblable au Qasr-Qeroun. Il reste
ensuite à traverser, dans la direction sud-ouest, deux journées et demie de déserts
dans lesquels on ne rencontre ni puits, ni aucune trace de végétation.
Je devois faire le voyage avec cinquante Arabes portés sur vingt-cinq dromadaires
chargés des alimens et de la boisson nécessaires pour les deux hommes, ainsi
que pour l’animal, qui traverse sans boire tout le désert depuis le dernier Rayân
jusqu a el-Ouâh : les hommes boivent à Garâh et aux deux Rayân, où ils remplissent
seulement une outre fort petite pour alléger la charge de leur dromadaire ; aussi
ne boivent-ils qu’une, fois par jour. Cheykh A ly et moi devions monter chacun un
cheval, et deux chameaux devoient porter le bagage, les vivres et trois outres
d’eau, une pour chaque cheval et une pour nous deux.
Quant à XOasis d’Ammon, connue sous le nom de Syouâh; -\a. route est à
l’ouest du Qasr-Qeroun. On monte la montagne à gauche, et l’on suit toujours à
l’ouest. Sept jours-et demi de marche séparent cette Oasis d’el-Ouâh, et l’on
ne met .que dix jours en partant de Médine. On trouve au bout de quatre jours
de marche un lac d’eau douce appelé Magyar a. On doit remarquer que ce lac
répond à la même distance de Médine qu’el-Ouâh, et l’on pourroit en conclure
que ce lac est dans un bas-fond qui fait suite à celui de XOasis. Trois jours
après, on arrive à un puits d’eau saumâtre nommé Hegé. Deux journées plus
loin, on rencontre quelques huttes habitées, et enfin l’on arrive le lendemain à
Syouâh.
Une outre suffit dans ce voyage à deux hommes pendant quatre jours, et une
outre par jour pour chaque cheval. Les chameaux boivent au lac, au puits Hegé,
à Syouâh, et ne boivent point dans l’intervalle d’une station à l’autre.
Les distances ne sont appréciées dans ces détails que par les journées de marche:
j’ai tenté quelquefois de les fixer d’une manière plus certaine ; mais cela me fut
toujours impossible. Si je demandois combien de lieues on compte depuis le
Rayân jusqu’à el-Ouâh, les Arabes me répondoient : « Une seulement.» Lorsque
j’en venois à l’explication, ils me disoient : « On ne compte pas dans le désert
» comme dans le pays cultivé, où les lieues malaqah sont toujours la distance d’une
station à une autre. Dans le désert, on compte par le temps. » Mais si je leur
demandois combien on compte d’heures de marche, ils me répondoient : « C’est
» suiv ant la longueur du jour » : car ils Comptent douze heures depuis le lever du'
soleil jusqu’à son coucher, quelle que soit l’époque de l’année; ce qui fait que
l’heure n’est point une quantité fixe.
On sèrvit le dîner, qui mit fin à l’intéressante conversation que j’avois eue
pendant plus de deux heures avec Abou-Sâleh, ses fils et ses Arabes; après quoi
nous nous séparâmes très-satisfaits l’un de l’autre, avec promesse mutuelle de nous
revoir bientôt ; mais cette promesse n’a malheureusement jamais pu être effectuée ;
les événemens rompirent tous mes projets, et je n’ai plus revu ce bon cheykh, à
qui j’avois déjà voué une grande affection.
Cheykh A ’Iy et moi nous repartîmes de Minyeh à une heure, nous dirigeant sur
Médine par le nord-est; nous passâmes au village de Ga’freh à une demi-heure de
distance, laissant Defennoû sur notre droite. Un quart d’heure après, nous arrivâmes^
A ’tamneh et ensuite à Etsâ, villages qui se touchent. De là, nous suivîmes
le chemin entre Abousyr à droite, et Ma’sarah à gauche ; nous traversâmes
Souâfÿeh, nous passâmes auprès de Begyg, et nous rentrâmes à Médine à trois
heures et demie, ayant toujours marché au bon trot du cheval depuis Minyeh.
La reconnoissance que je venois de terminer, avoit entièrement fixé mes idées
sur le système d’irrigation du Fayoum : mais, pour bien expliquer ce système, et
montrer comment il se lie avec ce que disent tous les anciens auteurs, il falloit des
données précises sur la relation de tous les points de la province avec le régime du
Nil et le sol de la vallée de l’Egypte. Mon intention étoit d’entreprendre, à Cet effet,
un nivellement depuis le Nil jusqu’à Haouârah el-Kebyr, de mesurer la chute au
pont de ce village, de continuer ensuite jusqu’au point de partage à Médine, et de
conduire le nivellement jusqu’au Birket-Qeroun, d’un côté, et jusqu’au lac Garâh, de
l’autre : mais je reçus, quelquesjours après, des ordres de me rendre au Kaire, et
dé là à Damiette,- pour un projet de route à faire entre Sâlehyeh et Alexandrie.
Des retards survenus dans l’exécution de ce projet me laissèrent encore l’espoir
de reprendre mes opérations du Fayoum ; j’avois même obtenu l’autorisation d’y
retourner, et j’allois partir vers le milieu du mois de ventôse, commencement de-
mars 1801, avec le général Damas, nommé commandant des deux provinces,
lorsque l’apparition des "Anglais, et notre départ d’Egypte qui en fut la suite,
mirent fin à tous nos travaux dans ce pays.
F I
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C O N C L U S IO N .
C e que j’ai vu suffit néanmoins pour répandre un grand jour sur la question
de la vraie position du lac de Mceris, de sa forme, de son étendue et de son
usâge. Tout le monde est d’accord sur ce point, que le lac de Mceris avoit l’aspect
d’une vaste mer, et qu’il avoit long-temps été d’une grande utilité pour absorber
les eaux dans les trop grandes crues, et fertiliser' la vallée de 1 Egypte dans la