
conspiration qu’on avoit tramée contre ses jours, le 9 de la lune de gemâd I
premier, ayant été sultan à peu près sept années. Le superbe collège que l’on voit I
encore, dans le quartier du Kaire dit Romlyeh, fut construit par ses soins.
Cet assassinat valut àNâserel-dyn Mohammed,fils deModafler el-Hâgy,Iadcno-1
mination de Malek el-Mansour, son oncle: mais U ne lui succéda que pour remettre, I
cinq mois après, le sabre et les autres signes du sultanat à Cha’bân, enfant de dix I
ans, petit-fils de Hasan Malek, el-Nâser, fils de Qalâoun. On connoît celui-ci sous I
le nom de Malek el-Achraf.
Ilhoghâ e l-A ’mry, alors principal émyr des Mamlouks, fut nommé régent, et I
gouverna au nom de son pupille jusqu’en 776, où il fut assassiné dans son palais et I
coupé en morceaux par ses propres Mamlouks, qui, à en juger d après les évé- f
nemens, avoient été excités à ce meurtre par l’émyr Àsendmer. Cet émyr, encou-1
ragé par la réussite, et fort des bras des Mamlouks dont il se Voyoit entouré, vint I
attaquer le sultan lui-même dans son palais. Malek el-Achraf échappa cependant I
à sa rage; et lui, il disparut pour toujours.
El-Gày el-Yoçefy fut nommé régent à la place d’Asendmer et marcha sur ses!
traces. Adroit et ambitieux, il s’insinua dans les bonnes grâces de son souverain,!
et prit sur son esprit un tel ascendant, qu’il acquit en peu de temps le pouvoir!
de lier et de délier, de nommer à toutes, lés.places: et d’en faire descendre. Les!
faveurs usurpées de son maître et souverain seigneur enflèrent son orgueil il
un tel point, qu’il poussa l’audace jusqu’à élever dans son palais un trône sur les!
degrés duquel il faisoit placer deux vizirs, dans,la seule idée de les avoir à ses 1
pieds, quand il donnoit audience.-Le faste qu’il étala surpassa celui du sultanI
lui-même. L a musique militaire jouoit tous les jours en son honneur. Il porta la!
démence au point de demander la main de la mère du sultan, et eut l'incroyable!
bonheur de l’obtenir. Peu de temps aprq#, il la fit assassiner.
La fortune ne l’accabla de ses faveurs que pour le mener à une perte plus 1
assurée. Plein de la trompeuse espérance qu’elle ne se lasseroitpas de le caresser,!
il laissa L’ombre de la royauté pour la réalité, et vint, à la tête des mêmes satellitesI
qui avoient massacré Ilboghâ leur maître et cherché à tremper leurs mains dans le!
sang du sultan, se précipiter sur la garde de Malek el-Achraf, qu’il çroyoit prendre au I
dépourvu; mais, semblable au flot qui se brise contre les rochers, il vit ses efforts!
échouer contre les défenseurs fidèles du trône Egyptien : sa troupe fut dispersée; I
et lui-même, obligé de fuir et poursuivi jusqu’au Nil, se jeta dans les eaux du!
fleuve, qui, en l ’engloutissant, vengea le sultan.
Tout cônspiroit à troubler le repos de ce prince malheureux. Il ne sembloitl
sortir d’un danger que pour tomber dans un autre. Ses actions, même les plusj
louables, tournèrent à son préjudice. Les émyrs conspirèrent contre lui; et cel
fut pendant qu’il remplissoit les devoirs sacrés du pèlerinage , qu’ils cherchèrent!
à le sacrifier. Ils prétextèrent le peu de sûreté des routes, prirent les devants et j -
s’embusquèrent dans les gorges d’el-O’qbah, où le sultan s’étant engagé se vit assailli I
par eux. i l se défendit vaillamment à la tête de sa garde, et parvint, après un I
carnage horrible, à se dégager de ses assassins, qui, croyant l’avoir immolé, revinrent ■
au Kaire offrir le bandeau royal au khalyfe. Celui-ci s’en excusa en ces termes :
«Choisissez qui vous voudrez, je lui assure d’avancé* ma sanction. » Pendant
que ces choses se passoient, ils apprirent que le sultan vivoit caché au Kaire.
Furieux d’avoir manqué leur horrible dessein, ils le firent chercher, découvrirent
le lieu dè son refuge, l’en arrachèrent et l’étranglèrent impitoyablement. Ainsi
finit Malek el-Achraf, qui n’échappa au fer de .ses assassins que pour périr par
le cordon de ses bourreaux. Cet événement arriva l’an 778. Ibn-Ishâq, dans sa
chronologie, fait remarquer que c’est durant le règne de ce prince, c’est-à-dire
l’an 773 , que Tamerlan commença à faire parler de lui.
Le meurtre de Malek el-Achraf porta A ’iâ el-dyn, son fils, sur son trône ensanglanté.
Son bas âge l’empêcha de connoître qu’on le faisoit asseoir sur le tombeau
de’ sés parens et sur sa propre tombe. On le décora du titre de Malek el-Mansour,
et on lui donna pour gouverneur Lâynbek, c’est-à-dire qu’on l’entoura de la vipère
qui devoit letoufFer. I M
Ainsi que ses prédécesseurs, Lâynbek prit l’extérieur d’uti,sultan, et commença
par faire condamner à mort le khalyfe, qui étoit l’objet de toute sa haine pour
avoir osé blâmer sa manière fastueüse' de gouverner. Il étendit sa fùreur jusque
sur le fils, dont il appréhefidoit sans doute le ressentiment : il s’opposa à son
élection, et plaça impérieusement dans la chaire de premier imâm, et contre le
voeu de tous les ¿7emA, un certain Zakâryah, fils du'même Ibrâhym que Malek
el-Naser, fils aine de Qalâoun, avoit fait nommer de la même manière, et il lui
fit donner lé titre de Mba’tesem b-illah.
Ce coup d’autorité indisposa contre lui t o i ! 'Jes esprits à un t’el point, que
quarante jours après l’exaltation de Zakâryah, le peuple, animé par les prêtres
qui avoient attiré à eux une partie des émyrs, vint lui demander, à main armée,
raison d eM co n d u ite inique à l’égard du légitime successeur au khalyfat, et
réclama tumultueusement la déposition de sa créature. Lâynbek, ne pouvant s’opposer
a cette réclamation menaçante, y souscrivit avec une apparente satisfaction •
Zakâryah fut destitué, et Mansour-A’ly proclamé.
Le nouveau khalyfe n’eut pas plutôt pris possession, qu’il travailla de toutes
ses forces a perdre le régent: Comme il connoissoit fesprit versatile des Mam-
iouks. toujoim disposés à changer de maîtres et toujoms prêts à les sacrifier pour
le moindre intérêt, il résolut d’en tirer parti : non-seulefnent il se servit, pour les
corrompre, de l .or, qui subjugue la raison ; il fit encore agir la religion, moteur plus
put sant encore ^dont le pouvoir absolu pèse sur toutes les ameset principalement
r les espnts foibles. II leur représenta lë régent comme un monstre qui avoit osé
porter des mains sacrilèges sur son père, chef suprême du culte, et H les souleva
contre Lâynbek. Tout prutJent qu étoit c e lu i- c i, fl’êchoua contre les menées
haidies du khalyfe, qui vint, à la tête des Musulmans, l’assaillir toüt-à-coup II
p ™ néanmoins, malgré cette’ attaque inopinée, à se soustraire d’abord i f
fui e a vengeance de son ennemi ; mais ensuite, ayant été poursuivi et saisi
d fin charge de fers et jeté dans les p&ons W g où I g 3 H ses g j
un poete s exprime ainsi a son sujet: v