
§. X.
Culture du Carthame.
Le carthame [ Carthamus ùnctorius ] est 1 objet d une culture assez étendue dans
la vallée d’Égypte, depuis Esné jusqu’au Kaire : elle ne remonte point au-dessus
d’Esné ; on ne s’en occupe ni dans le Fayoum ni dans le Delta. Cette culture a
deux objets spéciaux : la récolte de la fleur, qui est employée pour la teinture;
et la récolte de la graine, qui sert à la fabrication d’une espèce d’huile.
C ’est particulièrement dans la province de Syout que le carthame est cultivé.
Quelquefois la terre destinée à cette culture ne reçoit aucune préparation, et
alors la graine de carthame est semée à la volée : quelquefois on donne à la terre
un premier labour, et alors on sème la graine dans des sillons tracés par la charrue;
ce qui augmente un peu le produit de la culture. On sème par feddân de t
à 7 rob’ ou -~-t Sardeb de graine , qu’il faut toujours recouvrir par un labour.
Cependant les cultivateurs pauvres sèment le carthame, comme le doumh , dans
de petites fosses qu’ils font et qu’ils recouvrent à la main; l’ensemencement d’un
feddân exige alors quinze journées. Ce travail se fait à la même époque que
l’ensemencement du blé. La récolte de la fleur commence trois mois après;
elle se prolonge du r f au 2y avril, et, dans quelques villages des environs de
Tahtah, jusqu’au commencement de mai. Elle est faite par des femmes et des
enfans , qui, pendant toute la durée de la floraison, arrachent, chaque matin,
au lever du soleil, les pétales des fleurs qui sont suffisamment épanouies. On
emploie ordinairement par feddân douze ou quinze de ces ouvriers, à chacun
desquels on donne 2 ou 3 médins, parce qu’ils ne travaillent que quelques heures.
Les pétales ainsi récoltés sont, pendant un jour entier, étendus à l’ombre sur
des nattes : cette préparation peut revenir à 4o parats par feddân pour tout le
temps que dure la cueillette. C ’est vers le milieu de sa durée qu’elle est le plus
abondante.
Les pétales de la fleur de carthame sont ensuite pilés avec un long bâton dans
un petit mortier de bois, jusqu’à ce qu’ils soient réduits en une espèce de pâte
dont on forme de petits pains ronds et aplatis, de 1 o à 12 centimètres de diamètre.
Cette réduction en pains, qui se fait jour par jour, exige le travail d’un homme
pendant une heure ou deux. Ensuite on met sécher à l’ombre pendant quinze
jours les pains de carthame; ce qui leur fait perdre environ la moitié de leur
poids. Dix ou quinze de ces pains, après leur dessiccation-, pèsent un rod; cest
en cet état qu’on les vend dans le commerce sous le nom de safranon. Lorsque
le carthame a été semé seul, et que l’année a été favorable, Je produit dun
feddân est de 3 qantâr de ces pains. Le prix du qantâr varie de 8 à 1 y pataquès,
suivant que les demandes des marchands sont plus ou moins abondantes.
Pour augmenter le poids des pains de safranon, ou pour leur donner plus de
consistance, on pile quelquefois les fleurs de carthame avec une certaine quantité
de farine de lupin, ou bien on les mêle dans la proportion d’un rotl de cette farine
sur dix rotl de fleur. Cette falsification, qui diminue le prix du safranon, est usitée
habituellement dans la province de Girgeh. Le carthame le plus pur est celui de
Tahtah, qui par cette raison est aussi le plus estimé ; vient ensuite celui de Syout,
enfin celui des environs du Kaire. Ce dernier se vend de 18 à 20 pataquès le qantâr.
La graine de carthame, qui, dans les provinces de Syout et du Kaire, est semée
sans mélange d’autres graines, se seme avec les lentilles, dans les provinces de
Thèbes et de Girgeh : on n’en emploie alors que |?f $ ardeb par feddân. Ces deux
plantes reçoivent ainsi une culture commune; mais la récolte des lentilles se fait
quarante jours avant que celle du carthame soit terminée. Le produit de celle-ci
est moindre que le produit de la culture du carthame qui a été ensemencé seul :
on ne retire d un feddân qu un qantâr ou un qantâr et demi de safranon, et tout
au plus deux qantâr quand l’année est excellente.
Syout est l’entrepôt générai de tout le safranon fabriqué dans la haute Egypte.
Les cultivateurs le vendent à des marchands de cette ville, qui en traitent avec des
négocians du Kaire. On en exporte aussi pour l’Arabie par Qoçeyr.
La culture du carthame est une des plus avantageuses que l’on fasse en Egypte :
cependant, comme la récolte de la fleur exige quelques avances, et que, pour s’en
défaire a temps, il faut attendre des demandes qui peuvent être tardives, les
paysans pauvres nen cultivent que fort peu; ils en entourent, comme d’une
espèce de haie, leurs champs de pastèques et de légumes.
Après que les fleurs ont été recueillies, on laisse la plante sécher sur pied pendant
dix ou douze jours ; on en arrache alors les tiges, dont on retire la graine en les
frappant avec des bâtons. Dix ou douze ouvriers peuvent arracher en un jour les
tiges d’un feddân : il faut autant de journées pour les battre et en nettoyer la graine.
Un feddân de carthame, dont on a récolté les fleurs, rapporte, année commune,
2 à 3 ardeb de semence. Ce produit s’élève quelquefois jusqu’à 6 ardeb, lorsque le
carthame est cultivé seulement pour la graine, comme cela se pratique dans la
partie de la haute Egypte qui s’étend au midi de Farchout jusqu’à Esné. Quand, au
contraire, le carthame est semé avec les lentilles, on ne recueille sur la même surface
qu’un ardeb ou un ardeb et demi de graine. L’ardeb se vend de 2 à 3 pataquès.
Les tiges de carthame séchées servent de combustible. Le prix en varie suivant
les localités ; ce qui vaut 2 pataquès à Syout, se vend 8 et 1 o pataquès au Kaire.
§. X I .
Culture du Lin.
C o m m e toutes les terres inondées naturellement ne sont pas situées au même
niveau, on réserve les plus basses, sur lesquelles les eaux ont séjourné le plus longtemps,
pour la culture du lin [ Limon usitatissimum] . C’est une des plus importantes
des provinces de Syout, de Minyeh, du Fayoum, et de l’intérieur du Delta;
mais elle éprouve, suivant les lieux, des modifications notables.
Ê . M . T O M E II. y yy s