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§. VII.
Culture des Ognons, — des Pastèques, — des Melons. — Autres Cultures de I
Plantes potagères.
L ’ o g n o n [ Alliu'm cepa ] est un objet de grande culture dans presque toute I
l’Égypte, à l’exception de la partie méridionale de la province de Thèbes et des I
parties inférieures du Delta.
La terre est d’abord labourée, puis dressée avec le tronc dun palmier; elle I
est ensuite divisée en carreaux avec le massougah. Les façons successives de la I
terre pour préparer un feddân reviennent a 200 medins.
On sème l’ognon après le blé, le trefle, et les autres grains que Ion cultive I
sur les terres naturellement inondées. Pour cela, on forme, au hoyau, de petits I
sillons qui reçoivent la graine : dix hommes peuvent faire ce travail en un jour I
sur un feddân. On emploie, pour l’ensemencer, f ; d’ardeb de graine, dont le prix I
est communément de 90 à 120 parats. Suivant que les terres sont plus elevees ou I
plus basses, on multiplie ou on ralentit les àrrosemens pendant la végétation de I
la plante; dans le premier cas, on les répète toutes les semaines. Les frais dar- I
rosement d’un feddân, à six ou huit reprises, reviennent à environ 300 médins.
Cinquante ou soixante jours après l’ensemencement, l’ognon est transplanté I
dans un autre champ qui a reçu mois labours ; le semis fait sur une superficie I
déterminée suffit pour couvrir une étendue douze fois plus considérable.
L ’ognon est récolté en vert pour servir immédiatement de comestible, ou I
bien on le laisse sécher sur pied pour être mis en vente dans les marches : il I
est ordinairement parvenu à sa maturité quatre-vingts à quatre-vingt-dix jours ■
après avoir été transplanté. Il faut quinze a vingt journées d’ouvrier pour en faire I
la récolte. La journée est payée 6 parats dans la province de Syout.
Un feddân rapporte de vingt à trente ardeb d ognons, dont 1 un se vend com- I
munément une pataque dans les provinces de Syout et de Minyeh, et jusqua ■
,2. pataquès dans lés environs de Qené : cette différence de prix provient non-1
seulement de ce que les frais de culture sont plus considérables à Qené, mais en-1
core de ce que cette bulbe- s’y exporte en assez grande quantité pour I Arabie, I
par la voie de Qoçeyr.
Quoique les ognons d’Egypte aient perdu de leur célébrité, cependant ils sont ■
plus gros que ceux d’Europe , et assez, doux pour être mangés crus sans aucun ■
assaisonnement: ils servent, comme autrefois, à la nourriture des habitans d e s !
campagnes, qui les cultiveroient probablement en plus grande quantité , si leur ■
culture exigeoit moins d’avances.
L ’impôt territorial mis sur les champs cultivés en ognons se paye en argent : il |
s’élève à 6 ou 7 pataquès par feddân. ^ I
Un autre comestible fort abondant dans toutes les parties de I Egypte est s ■
pastèque, ou melon deau [ Cucurbita citrullusj.
On la cultive dans les îles ou sur les berges du Nil, qui restent découvertes ■
pendant la saisonÿjes basses eaux, et qui sont submergées lors de l’inondation.
Ces berges présentent des talus fort inclinés, dont la surface est formée d’un sable
très-fin. On y ffiit des trous rectangulaires d’un mètre de long sur deux décimètres
de large, et assez profonds pour que l’eau venânt de l’intérieur des terres ou du
fleuve -puisse y entretenir I humidité. Ces trous sont disposés en lignes parallèles
au eburs du Nil, et distantes d’environ un mètre les unes des autres/-Comme
le vent peut facilement transporter cette espèce de so l, et que les jeunes plants
de pastèques poürroient être'recouverts de ces sables mobiles , on les arrête au
moyen de petites palissades de jonc sec disposées transversalement aux lignes de
semis ; le sable qui s accumule contre ces palissades, forme un abri derrière lequel
le pied de la plante est garanti de l’ardeur du soleil.
Chaque plante produit ordinairement trois ou quatre fruits, dont chacun se
vend de 4 à 5 médins.
Quelquefois, au lieu de semer les pastèques sur les bords du fleuve, on les sème
dans les terres basses qui bordent les canaux intérieurs : on fait dans les terres,
vers le commencement de février, des fosses distantes d’un mètre les unes des
autres, et d’environ deux décimètres de profondeur ; on y met plein les deux mains
de fiente de pigeon, qu’on y iaissç à découvert pendant huit ou dix jours, au bout
desquels on ensemence. II faut, pour l’ensemencement lïu n feddân, - f à'ardeb de
graine, qui revient a 20 parats. Dix hommes peuvent faire ce travail en un jour.
Le produit S-on feddân ensemencé en pastèques peut s’élever jusqua 30 pataquès;
il n’est quelquefois que de 12 ou 1 y.
La-.culture des pastèques, toujours comprise au nombre de celles qui sont
appelées el-demyry, est, pour ainsi dire, la seule à laquelle soit propre la langue de
terre étroite qui sépare le lac Bourlos de la mer. Les habitans du village de Beltym,
bati sur cette espece de tertre, y font de petites fosses, de 20 à 2y centimètres de
profondeur environ; ce qui suffit pour atteindre le niveau de la nappe d’eau
douce qui, pendant 1 hiver, s ecoule du lac dans la mer, en passant au-dessous de
cette terre sablonneuse: iis mettent, comme dans la haute Egypte, de la colombine
au fond de ces trous, et ils y sèment la graine de pastèque. Ce fruit, parvenu à
sa maturité, est transporté à Alexandrie, à Rosette et à Damiette, par des germes
qui viennent en prendre des chargemens au boghâz de Bourlos; ou bien il est
transporté par des bateaux plus petits à Semennoud,à Mehallet el-Kebÿr, à Man-
sourah, et dans d autres lieux du Delta. Ces bateaux passent ordinairement de i’in-
terieur du lac dans la branche orientale du Nil, en remontant l’ancienne branche
Sébennytique.
Il nous resterait à parler de quelques autres plantes qui, dans les différentes
saisons de l’année, fournissent aux habitans de toutes les parties de l’Égypte une
nourriture plus ou moins recherchée, telles que le bâmyeh[ Hibiscus escu/entusj,
le concombre [ Cncumis sativus], que l’on sème deux fois par an , au mois de
mars et au mois de juillet, et le meloukhyeh [ Corchorus ohiorius] , que l’on sème
également a différentes époques, si la récolté de ces diverses plantes ne devoit
pas etre considérée plutôt comme des produits du jardinage que comme des