
néanmoins aucun effet. Ceux-ci se retirèrent pour en livrer un second qui ne fut
pas plus heureux, et vinrent, périr dans les rangs Égyptiens, où plus de la moitié
fut sacrifiée ; le reste prit la fuite. Ketboghâ fut trouvé parmi les morts ; et
son fils, emmené esclave, enrichit le butin qui fut immense. Ce succès décida
du sort de la Syrie, qui retourna sous la domination de Qotoz. Tout étant rentré
dans l’ordre, le sultan se mit en route pour le Kaire, où il avoit 1 intention de jouir
du fruit de sa victoire; il étoit déjà arrivé à Sâlhyeh, ville située sur les confins de
l’Égypte et de la Syrie, et fondée par Malek el-Sâlh, quand éclata une conspiration
qui se couvoit depuis quelque temps parmi les émyrs : un animal timide en fournit
l’occasion.
Un jour que Qotoz se promenoit à cheval au milieu des généraux de sa
garde, le bruit de la cavalerie fit lever un lièvre. Le sultan le voit fuir, et le
poursuit; mais, la vitesse de l’animal effrayé ne lui ayant pas permis de l’atteindre,
Qotoz, qui ne vouloit pas s’enfoncer"trop avant dans le désert, tourna bride. 11 re-
venoit vers les siens, quand Bybars, qui s’en étoit détaché, alla au-devant de lui
en avançant la main. Le sultan , croyant que Bybars vouloit lui baiser la sienne
pour le remercier du don d’une belle esclave Tartare, la lui présenta ; mais
le perfide, au lieu de la baiser,, la lui serra fortement, saisit son ataqân et l’en
frappa. Les autres émyrs'qui étoient du complot, accoururent et l’achevèrent.
Malek el-Modaffer expira Je 1 waë la lune de qa’deh de l’an 6y 8. Ses restes furent
déposés dans un petit tombeau qu’on lui érigea près du cheykh Khalaf. Après sa
mort, ses Mamlouks, qui craignoient pour leur propre v ie , se dispersèrent dans
différens villages de la basse Égypte.
S’il faut en croire l’anecdote suivante, citée par Gelâi el-dyn, Qotoz étoit d’extraction
royale. « Ayant reçu un jour, du fils de Zâyiji son patron, un soufHet qui lui
» fit verser des larmes : Pourquoi pleures-tu ! lui demanda-t-on. Je pleure sur le
» mauvais destin de mon père et de mon aïeul, qui valoient mieux que celui-ci,dit-il
» enmontrant son maître. Qu’étoit ton père ! lui répliqua-t-on : qqelque mécréant!
» J e suis, répondit-il, musulman, fils de musulman. Je suis fils de Mahmoudy
» Ymdoud, fils de la fille de Khârzem, du sang des rois. » En effet, il avoit
été emmené captif et vendu dans les camps de Gengis-khân, qui avoit détrôné et
massacré son oncle, roi de Khârizm, une des provinces de la Perse.
Après l’assassinat de Qotoz, les émyrs, sous le commandement de Fâres el-Qatây,
choisirent Bybars, son meurtrier, pour son successeur. On ne pou voit lui infliger un
plus juste châtiment, puisque s’asseoir sur un trône, c’est, chez les'Mahométans,
se reposer sur sa tombe. Il fut proclamé Malek el-Qâher, roi formidable, titre qui
lui déplut, et qu’il changea en celui de Malek el-Dâher, roi vainqueur. Aussitôt après
son élévation, il se rendit au Kaire, et prit en main les rênes de l’État. Bohâ el-dyn
fut créé vizir, et Bylibek, le plus aimé de ses Mamlouks, grand trésorier. Il rappela
ensuite les Mamlouks de son prédécesseur, qu’il incorpora dans les siens, abolit
les impôts exorbitans dont le royaume étoit grevé, fit publier au prône dans les
mosquées ses ordres à cet égard ; et les peuples d’Êgypte le comblèrent de bénédictions.
• Son
' Son élévation ait sultanat ne plut pas aux Syriens. Ils se révoltèrent, et se donnèrent
pour roi lemyr Sangar, gouverneur d’A lep , à qui ils conférèrent le titre de
Malek el-Mogâhed, c’est-à-dire, roi guerrier. Cet événement, qui arriva pendant le
cours de l’an 658-, força Bybars à marcher sur Damas et contre les Tartares qui
venoient au secours de cette ville. Damas fut assicgee, et Holakou fut vaincu dans
trois batailles successives ; comme il ne laissa à cette place aucun espoir d’être secourue,
elle se rendit à discrétion. Bybars y entra en roi terrible ; e t , les principaux
coupables punis, il revint au Kaire.
Il y travailloit à l’amélioration du gouvernement, quand il vit paroitre a'sa cour,
l’an 660, le fils du khalyfe Dâher b-iliah, le jeune Ahmed, qui avoit échappé à la
ruine de sa famille. Il lui rendit toute sorte d’honneurs; et après avoir fait vérifier
s’il étoit tel qu’il se disoit, il le fit proclamer khalyfe, sous le titre de Mostanser
b-illahytx. le retint au Kaire auprès de lui. La présence de ce khalyfe ne fut pas d un
bon augure pour les Égyptiens/ Une famine affreuse vint désoler la capitale. S il y
vit les pauvres se traîner dans la voie publique et reclamer un peu de nourriture,
il fut aussi témoin de la commisérâtion et de la générosité de Bybars, qui fit rassembler
ces malheureux dans un même local, et leur fit distribuer, chaque jour,
ce qui suffisoit à leur subsistance ; acte de bienfaisance qui sauva la vie a des
milliçrs d’entre eux près de périr de misère. Ce prince ouvrit outre cela les gre-,
niers de l’État aü public, et l’abondance ne tardSpàs à renaître.
Ce devoir d’homme et de roi rempli, il s’occupa de la circoncision de son
fils, et profita de la présence du khalyfe pour donner plus de solennité a cette
cérémonie religieuse. Six cent quarante-cinq enfans, sans compter ceux des grands,
furent circoncis à ses dépens, et sept jours se passèrent en réjouissances. Chaque
enfant reçut en don cent drachmes [à peu près 120 francs], un vêtement complet
et un mouton.
Après ces cérémonies, il donna au khalyfe une petite armée, qui devoit le
rétâblir sur le trône de ses -ancêtres ; mais cette armée, en le reconduisant à
Baghdâd, ayant été surprise par un fort parti de Tartares, fut exterminée avec lui.
Il périt de la même main qui avoit égorgé son père, après avoir été khalyfe cinq
mois et vingt jours.
Bybars se porta ensuite sur Krak (Crac de Montréal, dit Petra deserti), pour se
venger sur la personne de Fatah el-dyn, qui en étoit souverain, de l'affront que celui-ci
lui avoit faiten déshonorant sa femme; Ce prince n’avoit pas rougi, contre toutes
les lois de la pudeur et de l’hospitalité, d’abuser de son autorité et de l’absence de
Bybars pour violer le dépôt sacré que ce dernier lui avoit confié en quittant l’asile
où les malheurs l’avoient forcé de se retirer. Le fort de Krak, qui avoit résisté sous
Renaud de Châtillon aux armées du puissant Saladin, étant au-dessus de tous les
efforts que Bybars auroit pu faire pour l’enlever, il attira Fatah el-dyn dans un
piège, se saisit de lui, le transporta au Kaire, et le livra au courroux de sa femme,
qui le fit mourir du même supplice que Chegeret el-dorr. Krak, n ayant plus de
maître, se livra à Bybars.
De retour dans sa capitale, le sultan d’Égypte y prépara une expédition contre