
roient à augmenter le bonheur de ses sujets et la félicité publique. C ’est en déférant
pendant sept années sans interruption aux conseils salutaires de ce digne pontife,
que Kochaqdam coula doucement des jours qui finirent dans le cours de rabyc’
premier de l’an 872, ayant atteint l’âge de soixante ans. Chacun le pleura comme
un bon père, et le regretta comme un roi bienfaisant.
On lui donna pour successeur Belbây, qui fut salué Malek el-Dâher. Il fit autant
de mal que son prédécesseur, dont il portoit le surnom, fit de bien : aussi le détesta-
t-on autant qu’on avoit aimé son prédécesseur. 11 semble que la fortune se soit
repentie d’avoir favorisé l’Egypte de quelques bons princes, et qu’elle lui ait donné
celui-ci pour l’affliger. Ses cruautés et sa tyrannie, qu’il faisoit peser indistinctement
sur le peuple et sur les grands, ayant exaspéré les esprits, on le culbuta d’un trône
qu’il étoit indigne d’occuper, et l’on y plaça l’émyr Timourboghâ, qui fut encore
décoré du titre de Malek el-Dâher. Son règne ne fut ni long ni-heureux ; car, soit
qu’il ne sût pas gouverner, soit qu’il déplût à ceux qui l’avoient élevé, on le déposa,
et l’on nomma à sa place l’émyr Qâytbây. Le règne de Timourboghâ n’eut que la
durée de celui de son prédécesseur.
C H A P I T R E IX .
Qâytbây. Mohammed. Qansou. Qansou-Khamsamyeh. Mohammed pour la I
seconde fo is . Qansou el-Gânbalât. Tomcînbây. Qansou el-Ghoury.
T i m o u r b o g h a déposé, Qâytbây, affranchi de Gaqmaq, dut à sa valeur et à I
ses talens militaires les bonnes grâces des émyrs, qui réunirent leurs suffrages pourl
le proclamer Malek el-Achraf.
Les six premières années de son règne furent des années de calme, pendantI
lesquelles il justifia néanmoins les espérances qu’on avoit conçues de lui; ceI
calme ne fut troublé que par le bruit de la victoire de Mohammed II sur Casanes, I
à la journée d’Arzingân ou Toqât. Casanes ou Uzun-Hasan /souverain des Perses, I
étoit son ami et même son allié. Qâytbây vit dans les revers de ce prince de I
plus grands revers pour lui: il pressentoit qu’on lui reprocheroit quelque jourI
cette alliance, et qu’on en feroit un prétexte pour envahir la Syrie. Il borda ce pays I
d’un long cordon de ses meilleures troupes, et se mit par-là à l’abri de touteI
attaque inattendue. Cette précaution sage devint nulle pour le moment, parcel
que le plan du prince Ottoman n’étoit pas d’attaquer la Syrie, mais la Chrétienté. I
Ses succès y furent si rapides, que Qâytbây en trembla, et demanda à descendreI
du trône, afin de ne pas être témoin des malheurs qu’il prévoyoit. On refusa sa I
demande, et on le pria ou plutôt on le força de garder la couronne, le jour mêmeI
où il vouloit abdiquer. Il reprit donc, malgré lui, le maniement des affaires, et s’oc-1
cupa, durant le temps que lui laissa le grand-seigneur, à faire les préparatifs d’uneI
guerre qu’il voyoit inévitable. En effet, Mohammed II, après avoir employé les I
premières années qui suivirent la bataille d’Arzingân aux conquêtes de l’Albanie, I
de la Pouille et de la Crimée, se prépara, l’an 88y , à l’expédition de Syrie; ilI
s’avançoit à la tête de ses armées contre cette province, lorsque la mort le surprit à
Tikour-gâber en Natolie, et retarda l’anéantissement de la dynastie Egyptienne.
Les troubles survenus après sa mort, entre Bajazet II et Gem ou Zizim son
frère, qui se disputèrent, les armes à la main, l’empire du croissant, ayant permis
à Qâytbây de se reposer un moment, il retourna au Kaire, où peu de temps
après il vit arriver Gem, qui avoit perdu la bataille d’Yanichahar, et qui, accompagné
de sa femme et de ses enfans, venoit implorer son assistance. Il la lui accorda,
l’accueillit avec les plus grands honneurs,et le traita en prince. Il chercha même,
mais en vain, à s’employer auprès de Bajazet pour le réconcilier avec lui.
Sur ces entrefaites, cinq galères de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem abordèrent
en Egypte, avec un député du prince delà Caramanie, qui vint offrir à
Gem une armée de la part de son maître. A cette offre inattendue, il quitte,
sans vouloir écouter les conseils de son hôte, femme, enfans, bienfaiteur, et va
en Caramanie, où il est battu aussi complètement qu’il l’avoit été en Natolie.
Cette seconde défaite ne lui laissa d’autre ressource que de s’abandonner à la
générosité de Pierre d’Aubusson, grand-maître de l’ordre. Toutes les histoires
parlent plus ou moins clairement de la fin sinistre qu’il fit.
Les revers de Gem faisant préjuger à Qâytbây que le sultan Ottoman cher-
cheroit à se venger, il prit les devants, enleva les caravanes Turques qui se ren-
doient à la Mecque, arrêta l’ambassadeur du roi des Indes, s’empara des présens
dont il étoit porteur, et prit les places de Tarse et d’Adânah, qui dépendoient
de l’empire Ottoman.
Bajazet fut charmé de trouver dans ces actes d’hostilité le prétexte plausible
de faire la guerre à Qâytbây; mais, avant d’agir, il lui envoya un député pour
lui notifier que, s’il vouloit continuer à vivre en bonne intelligence avec lui, il
falloit qu’il lui donnât raison de ce qui l’avoit engagé à aider Uzun-Hasan contre
lui, à arrêter les pèlerins Turcs, à retenir les ambassadeurs Indiens et leurs présens
, à s’emparer de Tarse et d’Adânah, et à accorder son assistance à Gem,
Qâytbây répondit à ces griefs en congédiant les députés et en faisant attaquer 1 Aladulie, dont A lâ el-doulet, qui lui avoit donné son nom, étoit le chef souverain.
Cet A ’iâ el-doulet, qui avoit été créé par Bajazet généralissime des armées
Ottomanes de l’Asie, vint à la rencontre de l’armée Égyptienne, la joignit au
coeur des montagnes qui couvrent ses états, et lui livra bataille. Le gouverneur
d Alep ayant été tué au commencement de l’action, et les rois de Byrah et
d A yntâb faits prisonniers, cette armée fut mise en fuite et poursuivie jusqu’à Ma-
latie, ou, ayant rencontré heureusement Salahchoun-aghâ, qui, envoyé par Qâytbây,
venoit avec un renfort de cinq mille hommes, elle fit volte-face, tomba
sur les Ottomans qui s’étoient engagés dans les gorges des montagnes, et leur
arracha, après un massacre horrible, la victoire qu’ils croyoient tenir.
Pendant que ces choses se passoient en Aladulie, les Ottomans reprenoient
les places de Tarse et d Adânah ; de sorte que Qâytbây apprit en même temps le
gain de la bataille et la perte de ses deux places. Aussitôt il envoya, pour reprendre
les deux forteresses, 1 émyr Ezbeky avec une armée. Ezbeky remplit à souhait les