
Les pétales de roses se vendent de 6 à 7 pataquès, et quelquefois jusqu’à
1000 médins, le qantâr de 100 rotl : le produit moyen d’un feddân est de
8 qantâr de fleurs.
P XVII.
Culture du Dattier, de la Vigne, — de quelques autres arbres.
L e dattier [ Phoenix dactylifera] est l’arbre le plus universellement répandu
dans toute l’Egypte : il y a des plaines entières qui en sont couvertes dans
les différentes provinces, depuis Syène jusqu’à la Méditerranée ; les environs
de l’ancienne ville de Memphis sont aujourd’hui transformés en une forêt de
dattiers ; la partie orientale de la province de Bdbeys, où est situé le grand village
de Sâlehyeh, ne récolte que des dattes ; ce produit est aussi presque le seul
de la langue de terre qui sépare la Méditerranée du lac Bourlos. Enfin tous les
villages de l’Egypte sont environnés de palmiers qui cachent les monticules de
décombres sur lesquels ils sont bâtis; et, comme cet arbre conserve ses feuilles
» * •
toute 1 année, chaque village, et sur-tout ceux du Delta, paroissent au loin
comme de grands bosquets.
Pendant notre séjour au Kaire, il a été publié dans la Décade Egyptienne un
mémoire fort étendu sur la culture du dattier (1). Notre objet n’étant ici que
d’indiquer les procédés généraux des différentes cultures et de présenter un
aperçu de leurs produits, nous renvoyons à ce mémoire pour tous les détails
qui ne sont point de nature à entrer dans celui-ci.
Les palmiers-dattiers proviennent de semence ou de drageon. Pour les obtenir
par le premier moyen, on met ordinairement des noyaux de datte dans de petites
fosses de quinze à seize centimètres de profondeur, que l’on fait au milieu des carrés
d’irrigation où nous avons dit que l’on cultive le meloukhyeh et d’autres plantes
potagères : les semis de dattiers profitent ainsi des arrosemens que l’on donne à ces
plantes; e t, lorsqu’au bout de quarante ou cinquante jours le jeune palmier
commence à sortir de terre, il croît à l’abri de l’ombrage et de la fraîcheur
qu’elles lui procurent
Cinq ans environ après que le noyau de datte a été mis en terre, on coupe
les feuilles inférieures qui entourent le pied de l’arbrisseau, et l’on commence ainsi
à en dessiner le tronc, qui continue de s’accroître en hauteur, ou par la chute
spontanée des anciennes feuilles, ou par la coupe annuelle que l’on en fait vers
le solstice d’hiver : au bout de dix ans il rapporte les premiers fruits.
Quand le dattier provient de drageon, il commence à donner des fruits au
bout de six à huit ans : sa culture est, au reste, la même que celle du dattier
venu de graine; il demande également des arrosemens fréquens, sur-tout pendant
les premières années.
On sait que les organes sexuels de cet arbre sont placés sur des individus différens.
On opère presque toujours la fécondation des fleurs femelles en plaçant un
(1) Observations sur le palmier-dattier, par M.r Louis Reynier ( Décade Egyptienne, tom. I I I , pag. 179)
paquet de Heurs mâles au milieu d’un régime de fleurs femelles ; cette opération
est le seul artifice que les Égyptiens sachent employer pour augmenter le produit
de* la culture de leurs arbres à fruit.
Les habitans du village de Beltym, situé sur le territoire de Bourlos, s’occupent
beaucoup de la culture du dattier; ils le multiplient par drageons, qu’ils
plantent dans les petits ravins formés par les dunes de sable dont cette langue
de terre est couverte. On étend préalablement, au fond de la fosse destinée à recevoir
un drageon, un demi-ardeb environ de fiente de pigeon, espèce d’engrais
dont on a soih de garnir de temps en temps le pied de ces dattiers ; quoiqu’ils
soient plantés dans des sables arides en apparence, la végétation de ces arbres
est abondamment entretenue et se montre très-vigoureuse, parce que leurs racines
pénètrent jusquà Jeau douce, qui s’écoule constamment du lac Bourlos à la mer
en passant sous le sol.
Les variétés de dattes sont ici très-multipliées. Celles de la haute Egypte sont
généralement plus petites que celles de la basse; elles sont aussi plus précoces,
et leur pulpe est beaucoup plus sèche. Les dattes du Sa’yd sont consommées
en partie dans le pays ; une autre partie est expédiée pour les marchés des
villes, et notamment pour le Kaire, centre de consommation le plus considérable
de l’Egypte. Soit par suite d’un long usage, soit parce que le Gouvernement de
ce pays a été frappé des ressources que la culture des dattiers procure à ses habitans,
cette culture est la seule qu’il ait encouragée, puisque la récolte des dattes
n’est assujettie à aucun tribut. Les dattiers que l’on voit autour des villages et
des villes, sont des propriétés particulières : ceux qui sont plantés par les fellâh
sur des terres dont ils ne sont qu’usufruitiers , leur appartiennent également, et
ils ont la faculté d’en disposer à volonté.
L e produit annuel d’un dattier en plein rapport, dans la haute Egypte,
est estimé de 120 à 180 médins.
D ’après les renseignemens qui m’ont été donnés, la durée de cet arbre est
de quatre-vingts ans, ou même d’un siècle. Mais comment compter sur l’exactitude
de ces renseignemens, quand ceux qui les donnent ignorent souvent l’époque
de leur propre naissance !
Les dattes sont mangées fraîches quelque temps après avoir été cueillies, ou
bien a letat de dattes sèches, ou bien enfin après un commencement de fermentation
sucree cjue Ion détermine par des préparations spéciales.
Ce sont particulièrement les dattes de l’espèce dite de Bourlos que l’on soumet
a ces préparations : on en cultive à Beltym trois variétés différentes.
Les dattes rouges, qui forment la première, sont cueillies un peu avant d’avoir
acquis leur maturité ; elles achèvent de mûrir exposées au soleil sur des nattes ;
on les écrasé ensuite 'entre les doigts, et on les laisse ençore au soleil pendant
trois jours ; enfin on les pétrit dans des couffes de feuilles de palmier: cette
pâte de dattes se vend 5 pataquès le qantâr de 108 okes.
La seconde espèce, appelée rahouaked, et (^troisième, appelée emniri, sont
«es dattes jaunes, que l’on cueille aussi avant qu’elles soient tout-à-fait mûres :