
La plupart dés matières qu’ils mettent en oeuvre, sont importées en Egypte. Dans
un pays où la doueeut du climat permet de passer presque constamment le jour et
la nuit en plein air, on conçoit que le luxe des constructions et de l'ameublement
doit être peu répandu parmi la classe moyenne des habitans.
Les chaudronniers et les forgerons sont en quelque sorte les seuls ouvriers qui
travaillent le cuivre et le fer. L ’art des premiers est assez avancé, tous les ustensiles
de cuisine étant en cuivre étamé. On doit à M. Coutelle la description de
cet art, et l’explication de la planche'XXI ( é .m . vol. I I ) , où le chaudronnier
est représenté. Les procédés de l’étamage sont les mêmes qu’en Europe ; et
comme le sel ammoniac, qui est un ingrédient essentiel de l étamage, est, pour
ainsi dire, une production de l’Egypte , il est extrêmement probable que cette
opération métallurgique est une dés plus anciennes que l’on y ait pratiquées.
Le forgeron fabrique la plupart des outils dont les autres ouvriers font usage.
Les soufflets de forge et de fourneau ont été décrits par M. Coutelle, et sont
représentés sur la planche X XI ( é .m . vol. I I ) : leur forme est probablement très-
ancienne. Il résulte en effet de quelques renseignemens que m’ont donnés des
marchands venus avec les caravanes de Dârfour, que des soufflets de la même
forme sont employés par les peuples de l’intérieur de l’Afrique. C e que nous
venons de dire du forgeron, s’applique sans restriction au taillandier, qui fabrique
spécialement les instrumenS d’agriculture et de jardinage, ceux du maçon, du
charpentier, du menuisier, &c.
La préparation des cuirs a fait l’objet d’une description spéciale que l’on doit
à M. Boudet, et à laquelle nous renvoyons. La figure 4 de la planche XXVI
( é .m . vol. I I ) représente une partie des procédés de l’art du maroquinier.
Au Kaire et dans les principales villes de l’Egypte, chaque espèce d’industrie
est concentrée dans un quartier particulier, comme cela avoit lieu autrefois
dans nos villes d’Europe : ainsi il y a des rues entières où l’on ne trouve que
des chaudronniers, d’autres où l’on ne trouve que des confiseurs êt autres marchands
de sucreries, d’autres qui sont exclusivement occupées par des selliers
et des fabricans d’équipages de chevaux; enfin les orfèvres, les bijoutiers, les lapidaires
, &c. ont leurs ateliers dans un quartier spécial, qui est gardé et fermé avec
plus de précautions que les autres.
Ces derniers ouvriers, dont l’art, s’appliquant à des matières plus précieuses,
exige dans sa pratique plus de connoissances et d’adresse, sont presque tous des
chrétiens de Syrie , ou des Arméniens. Il est même à remarquer que la plupart
des tisserands de la haute Egypte , les forgerons et les menuisiers, sont des chrétiens
Qobtes. L à , comme ailleurs, l’industrie manuelle est le partage de ceux
dont le Gouvernement proscrit la religion. Le seul moyen qu’ils aient en effet
d’acquérir une sorte d’indépendance , consiste à s’approprier cette espèce d’industrie
qu’ils peuvent transporter par-tout avec eux.
Ce que nous avons dit jusqu’ici des différons arts exercés par les Egyptiens
modernes, montre assez dans quel état d’enfance ils sont retombés. Produire les
objets de première nécessité pour la nourriture, le vêtement et l’habitation de
1 homme, voila à quoi ils se réduisent. On concevra sans peine, au surplus., que,
dans une contrée où l’on est obligé d’apporter du dehors les bois et les métaux,
et dont le gouvernement absolu laisse incertaine la jouissance des fortunes particulières,
il soit impossible d’exercer avec avantage aucune de ces professions
industrielles que le luxe seul peut entretenir là où ,l’on peut dépenser son superflu
avec sécurité.
Le travail de l’homme et celui des animaux est beaucoup moins dispendieux
en Egypte, que n’y seroit l’emploi de la plupart de nos machines. Il y en a, à la
v.érité, un très-grand nombre d’employées ; mais elles n’ont qu’un seul objet,
celui dclever les eaux pour l’arrosement des terres ou pour l’approvisionnement
des citernes. Nous en avons donné les descriptions sous les noms de roues à
tympan et de roues à pots. Malgré la grossièreté de leur construction , elles présentent
l’idée primitive d’un engrenage qui transforme en un mouvement de
rotation dans un plan vertical le mouvement horizontal qu’impriment dans le
plan de leur manège les animaux qui servent de moteurs.
On retrouve encore les transformations de mouvement dans les moulins à farine
et dans les systèmes de cylindres qui servent à écraser la canne à sucre. Il est
aisé de reconnoître dans ces cylindres, et dans ceux beaucoup plus petits à l’aide
desquels on sépare la graine de coton du duvet qui l’enveloppe, l’idée du cylindre
à laminer les métaux : cependant les Égyptiens n’en ont pas fait l’application à
ce dernier usage ; et les lames de métal dont on fabrique les monnoies, sont réduites
sous le marteau à l’épaisseur qu’elles doivent avoir. Cela ne fonderoit-il pas à croire
que l’art.de fabriquer le sucre, importé en Egypte avec la culture de la canne, n’y
est connu que depuis peu de siècles, tandis que les procédés du monnoyage, beaucoup
plus anciens dans ce pays, y ont été conservés sans recevoir aucun des per-
fectionnemens qu’ils ont reçus ailleurs par suite des progrès de la civilisation.
Les meules sous lesquelles on écrase les graines oléagineuses, sont aussi, comme
nous I avons d it, mises en mouvement par des animaux attelés à un manège : il
ert est de" même des meules sous lesquelles le plâtre est broyé.
Nous remarquerons, à l’occasion de ce dernier procédé, qu’il semble avoir un
degré de perfection que n’ont point ceux qu’on emploie en France pour pulvériser
cette substance : car ici ce sont des hommes qui la battent sur une aire à force
de bras ; ce qui est certainement beaucoup moins; expéditif que d’exposer le plâtre
calcine sous la pression d un cylindre de pierre vertical, mis en mouvement par
un manège.
Dans un pays où la nourriture de l’homme et celle des animaux sont très-abondantes,
et où par conséquent le prix de leur travail ne peut jamais s’élever très-haut,
il est tout simple qu on fasse usage de leurs forces préférablement à celles de tout
autre agent. Il faut considérer, d’un autre côté, que ce pays n’offre aucun courant
d’eau naturel qu’on puisse employer comme force motrice, et que les dérivations
que l’on pourroit faire du Nil, pour établir sur elles des roues hydrauliques, ne
rempliraient qu’imparfaitement cet objet, puisque ces dérivations seraient nécessairement
à sec une partie de l’année.