
l'isthme, indiquent seulement que la mer Rouge occupoit autrefois'ce terrain,
en donnant à ce mot autrefois une valeur vague qui puisse faire croire qu’il s’agit
ici d’un de ces houleversemeus du glohe antérieurs aux temps historiques, ou
hien si I on doit entendre par-là une époque aussi rapprochée de nous que le
supposent les membres de la Commission des sciences et des arts d’Égypte qui
ont visité les lieux (i) : tous pensent, comme moi, que, lorsqu’Hérodote voya-
geoit en Egypte, le lieu indiqué sur notre carte sous le nom de Scrapeum se
trouvoit sur le rivage du golfe Arabique ( z ).
Il peut paraître surprenant, au premier abord, que la mer Rouge ait occupé le
bassin de 1 isthme, sans s’être frayé à la longue un passage jusqu’à la Méditerranée
et dans la vallée de Sabah-byâr; les terres qui séparaient alors les deux mers,
sont en effet peu élevées au-dessus du niveau du golfe Arabique : mais cette difficulté
disparoît, si l’on se rappelle que ce sont des terres moins élevées encore
que celles-ci, qui empêchent aujourd’hui la mer Rouge de se jeter dans le bassin
de l’isthme (3).
De tout ce que nous avons dit, il résulte que rien n’étoit plus facile que de
joindre les deux mers : mais aussi ce n'est pas là que gisoit la difficulté; elle con-
sistoit à empêcher les eaux de la mer Rouge d’inonder les terres dé la basse
Egypte. Le canal entrepris sous les Pharaons fu*dérivé du Nil un peu au-dessus de
Bubaste ; et il devint facile, lorsque les travaux s’avancèrent vers l’est dans la vallée
de SabaTi-byar, de voir que la mer Rouge, à marée haute, étoit supérieure à la
prise d’eau : une crue semblable à celle de l’an 9 put même hâter la connois-
sance de ce fait et faire apercevoir tous les dangers de l’entreprise, sans qu’il ait
été nécessaire de constater la différence de niveau par des opérations géométriques.
Les Egyptiens, qui, à cette époque, avoient déjà poussé fort loin les
sciences et les arts, en avoient négligé, comme l’on voit, quelques applications
importantes; car ce qu’ils regardèrent en cette circonstance comme fort difficile,
serait exécuté sans peine par nos ingénieurs.
S E C O N D E P A R T I E .
Témoignages historiques.
H é r o d o t e dit que, pour se rendre de la Méditerranée dans le golfe Arabique,
il est plus court de prendre par terre en passant par le mont Casius que de’
suivre le canal des Rois. Ce passage s’accorde parfaitement avec notre* hypothèse,
( 0 Nous les avons déjà nomwiès, page 7 1 7 , note /. le bassin de [’isthme. Ains i ce seroit à tort nu e, pour
M On v o n , par la note qui termine le Mémoire de soutenir l’opinion contraire, on s’appuieroit de ce qu’ il
; ’ um - PaS- ' 59> que 1 ensemble des faits avoir dit précédemment, page1 rp « 60.
qu t l a reun ts et discutés avec beaucoup de raient, l’a (3) N ’es.-ce pas à une coupure de quelque, métrés faite
determme, en Gmssant son ouvrage, a adopter ,out-à-fai. pendant le siège d’A lexandrie en , 8 0 ., que le lac M a -
roptnton que , avots émise le premier, à l’Institut du rm h doit sa nouvelle existence! Un terrain de plu, de
Katre, le .6 bruma.re an 9 , sur les anciennes limites trente lieues de circonférence fut alors envahi par le.
a e ia mer Kou ge; et qu il regarde maintenant comme eaux de la mer.
certain que cette mer, au temps d ’Hérodote, occupoit
Hérodote vouloit sans doute comparer les deux routes que le commerce
fréquentoit, et ce n étoit point de la distance à vol d’oiseau entre les points
extremes qu il entendoit parler; car il donne 1000stades(1) à l’une, évalue l’autre
en journées de navigation, et prévient que celle-ci est d’autant plus longue qu’elle
fait plus de détours.
La route de terre dont parle Hcrodote, devoit etre fréquentée particulièrement
par les Syriens. Il lui donne i o o o stades, et cette mesure cadre exactement avec
ce que nous avons dit des anciennes limites de la mer Rouge. On peut le vérifier
sur notre carte; en ayant soin de prendre pour point de départ, sur la Méditerranée,
le mont Casius, qui, au dire formel de Strabon, formoit un cap dans la
me r, et que conséquemment on doit placer vers Râs el-Kaçaroun, et non dans
l’enfoncement du golfe de Péluse.
En suivant les vestiges de l’ancien canal, depuis la prise d’eau près de Bubaste
jusqu’au Scrapeum, on trouve 91,990 mètres (2) ; ce qui coïncide exactement avec
les mesures données par Pline : mais, au temps des Pharaons, le canal pouvoit avoir
un développement plus considérable. En effet, si l’on suit la marche des eaux du
Nil, pendant l’inondation de l’an 9, jusqu’au lac de Temsâh, au nord du Scrapeum,
et qu’on se dirige ensuite au sud vers le bassin de l’isthme, circuit indiqué dans
Hérodote, liv. i r , f . ip S , on trouvera environ 102,000 mètres ou 1020 stades.
La navigation devoit, la plupart du témps, avoir lieu sur ce canal, au moyen du
halage, ainsi que cela se pratique encore en Égypte, où les bateaux, ainsi traînés
a la cordelle par les mariniers, ne font pas plus de quatre à cinq lieues par jour.
Herodote ne se trompe donc point lorsqu’il évalue la longueur de ce canal à
quatre journées de navigation. La route de terre étoit de 1000 stades, environ
vingt-deux lieues; les caravanes devoient la parcourir en deux jours et demi, trois
au plus (3). Ainsi, soit qu Hcrodote ait eu égard à 1 étendue de ces deux routes
ou au temps employé à les parcourir, il a raison de dire que celle du mont Casius
étoit la moins longue. Peut-être enfin vouloit-il comparer la route de terre par
le mont Casius, au trajet bien plus long quil fàlloit faire pour se rendre par eau
de la Méditerranée à la mer Rouge, en remontant le Nil jusqu’au-dessus de
Bubaste et en suivant ensuite le canal des Rois.
Si Hérodote, livre iv , donne d’une manière plus absolue 1000 stades à la largeur
de 1 isthme, on doit croire, d après ce qu’il en a dit précédemment (Uv. 11J , qu’il ne
connoissoit pas la plus courte distance entre les deux mers, puisqu’il fait passer
cette ligne par le mont Casius : et il est en effet assez naturel que les habitans
auxquels il dut s adresser, lui aient indiqué la longueur d’une des routes les plus
fréquentées de la Méditerranée a la mer Rouge ; car celle de Péluse au golfe Arabique
dont parle Pline, pouvoit, au temps d’H érodote, ne pas exister, ou être peu
( i ) L e stade qu Herodote a employé en écrivant sur méridien. C e t accord entre les opérations des astronomes
l’Egypte, est le stade Egyptien de m i £ au degré, dont anciens et modernes est très-remarquable,
parle Aristûte dans son Traité du ciel. C e stade corres- (2) Mémoire de M. Le Père, Ê . /VI. tom. I , pag.yt).
pond donc précisément à 100 mètres, et il a été déter- (3) Les caravanes né mettent que deux jours et demi
miné, comme l’on v o it, de la même manière que notre pour se rendre du Kaire à Sou eys, et ce trajet est d’en-
mcsnre métrique, par la division décimale du quart du viron 1250 stades.