
est envoyé frais dans la province de Mansourah et aux environs : on transporte
à Damiette ' celui qui est destiné à être salé. C ’est de cette ville que ce poisson
salé est: expédié pour le Kaire , la Syrie et les différentes échelles du Levant ;
il est consommé par les chrétiens Orientaux, pendant les divers carêmes et jeûnes
multipliés auxquels ils sont assujettis.
S E C T I O N X I .
De la Fabrication ilu S e l marin et du Salpetre.
Le sel que l’on emploie en Égypte à la salaison du poisson ou aux divers
usages de la vie domestique, est le produit de l’évaporation naturelle de l’eau
salée que l’on reçoit dans de petites mares sur le hord de la mer. Il y a de ces
salines dans l’île du Phare, devant Alexandrie. On ramasse encore le sel, tout
formé, le long de la côte, dans les flaques dont est entrecoupée la plage sablonneuse
qui couvre le lac Alenzaleh , au nord et a 1 est ; on le ramasse aussi dans
l’intérieur de l’isthme de Suez : mais cette espèce de sel naturel, qu’on se procure
sans d’autre peine que celle de le ramasser, ne peut être rangée parmi les
produits industriels.
Il n’en est pas ainsi du sel qui provient des salines du Fayoum : elles sont
entretenues par des sources d’eau salée situées dans la vallee et sur le bord occidental
du lac Qeroun ; elles surgissent dans des puits à im,30 au-dessous de la
surface du sol : le niveau de ces puits s’exhausse encore dans le temps de I inondation
; mais alors l’eau qu’on en retire est moins saumâtre.
On verse cette eau dans des fosses qui ont 20 ou 2y centimètres de profondeur;
et comme elle n’est point suffisamment saturée, on y lessive une certaine
quantité de terre prise aux environs, à la surface du sol : le sel commun que
l’on retire de ces salines, est employé dans tout le Fayoum, à Bouch, à Beny-Soueyf,
et dans la province d’Atfÿeh.
Vingt fosses pareilles sont ordinairement exploitées par un seul fabricant, et
produisent chaque jour un sac de sel, dont trois forment deux ardeb du Kaire :
Je sac se vend 4° p a rats. Le propriétaire de ces fosses à sel emploie par jour
deux ou trois enfans auxquels il donne 4 parats; chaque salinier paye de plus une
redevance annuelle de 50 parats au cheykh du village de Terseh, près duquel
se trouvent les fosses dont il est question ici, et où l’on compte environ trente
fabricans de sel. On en compte à peu près autant dans 'le village de Sennouris,
au-dessous duquel il y a aussi des salines semblables.
On exploite encore dans la même province une cofflche de sel marin de
quelques doigts d’épaisseur, qui se forme et se renouvelle à quelques centimètres
au-dessous du sol sablonneux et pulvérulent que l’on trouve le long du désert,
en'allant de la ville de Médine au village d’Haouârah.
En général,le sel consommé dans la haute Égypte provient du désert Libyque,
où îl existe presque par-tout immédiatement sous la surface du sol, en une couche
de
de peu dépaisseur, que l’on entend en marchant se briser sous les jpieds. Nous
aurons occasion d’expliquer plus bas la formation de cette'couche saline.
Tous les puits que l’on creuse dans la vallée d’Égypte, sur la lisière du désert ,
donnent des eaux plus ou moins saumâtres, dont l’évaporation pourroit fournir
le sel nécessaire à la consommation du pays, si on ne le trouvoit pas tout formé,
comme nous venons de le dire , presque à la surface de ces déserts.
La fabrication du salpêtre est d’une grande importance en Égypte, par l’usage
qu’on en fait pour la confection de la poudre à canon ; on peut le retirer en
lessivant les matières qui forment les monticules de décombres dont les villes et
villages sont environnés : mais il n’y a dès fabriques' de salpêtre constamment
en activité que dans quelques endroits. Les1 principales sont celle de Dehechneh,
près de Qené dans la haute Égypte, et celle du vieux Kaire, dont le général
Andréossy a- parlé dans son rapport sur la poudre à canon (1). Les procédés pour
la fabrication du salpêtre sont d’ailleurs en Égypte les mêmes qu’en Europe.
S E C T I O N X I I ,
Des A rts et M étiers, et trénéralement de l ’Industrie des villes.
Les diverses branches d’industrie dont nous avons parlé jusqu’ic i, s’exercent
également dans les villes et les villages de i’Égypte sur les produits du sol de cette
contrée ; mais, comme en tout autre pays, les villes sont toujours le siège d’une
industrie plus recherchée, qui s’occupe à transformer des matières importées du
dehors en objets d’un usage plus ou moins étendu.
Les planches des arts et métiers de cette collection, qui représentent le meunier,
le boulanger, le pâtissier, le confiseur, et les descriptions dont ces planches
sont accompagnées, expliquent suffisamment les divers procédés de ces professions
, et nous dispensent d’en parler ici.
Après les ateliers où l’on fabriqueles étoffesde lin , de coton, de laine et de soie,
ateliers qui sont répandus dans toute l’Égypte, les principales villes, et particulièrement
celle du Kaire, en possèdent un nombre plus ou moins considérable, où l’on
exécute divers ouvrages de passementerie, des cordonnets de soie mélangés de fils
d’or et d’argent, des glands, des franges, et en général tout ce qui peut Servir à la
commodité ou à l’ornement des vêtemens Orientaux. L ’art du sellier y est poussé
assez loin, et généralement on y confectionne avec une sorte de perfection tout
ce qui est relatif à l’équipement des chevaux. Les broderies sur les cuirs et les maroquins
dont on orne ces divers objets, sont assez remarquables. La planche XVII
( É. M. vol. II) représente l’intérieur d’un atelier de broderie ; et la planche X IV
(É.M . vol. I I ) , l’ouvrier qui fait les ceintures, dont l’usage est général.
Les charpentiers, les menuisiers, les serruriers, travaillent assis dans leurs ateliers
; ils ne se tiennent debout que pour la mise en place des ouvrages qu’ils
ont fabriqués. La planche XVIII (É. m . vol. II ) fait voir ces ouvriers en activité.
(1) Décade Egyptienne, tom. I.cr, png. 15.
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