
ameubli par ces labours, on y trace des sillons parallèles, dans lesquels on couche
horizontalement des cannes à sucre fraîches, que l’on recouvre de deux ou trois
doigts de hauteur de terre : aussitôt après, on commence l’arrosement du plant
au moyen de machines à pots. Une de ces machines peut arroser six feddân de
cannes, étant montée de douze bceufs, car il faut compter par feddân une paire
de boeufs ; et le travail des arrosemens doit se continuer sans interruption jusqu’au
moment de la récolte, qui a lieu onze mois après la plantation. Cette récolte se
réduit à couper, près de terre, les cannes qui sont parvenues à leur maturité : deux
ouvriers employés à ce travail peuvent le terminer sur un feddân dans l’espace
d’une quinzaine environ ; ils coupent en un jour six ou sept charges de chameau
de cannes.
Une plantation ne reste en rapport que pendant une seule année ; les souches
de cannes à sucre laissées sur pied produisent de nouveaux jets que l’on emploie
à renouveler les plantations de l’année suivante.
Comme la fabrication du sucre est en Egypte un art industriel, nous nous
réservons d’en parler ailleurs ; il nous suffira de dire ici qu’un feddân de terre
consacré à cette culture produit ordinairement 20 qantâr de sucre en pain et
12 qantâr de mélasse : le prix du qantâr de 105 rotl varie de 10 à 12 pataquès
; celui du qantâr de mélasse est de 3 pataquès seulement.
§. X V .
Culture du Tabac.
Le tabac fNicotiana Tabacum] est spécialement cultivé dans les provinces de
la haute Egypte.
On en sème la graine immédiatement après la retraite des eaux, et alors
ia terre ne reçoit aucune préparation : quelquefois on la sème au printemps en
même temps que le dourah tiabâry, et alors il faut donner à la terre un ou deux
labours.
On emploie sur la douzième partie d’un feddân, c’est-à-dire sur deux qirât, -fr
d'ardeb de graine de tabac ; quarante ou cinquante jours après, la plante est
assez forte pour être transplantée.
On choisit les terres réputées les meilleures pour y faire cette transplantation :
on leur donne deux labours croisés ; on fait passer ensuite le tronc de palmier
sur ces terres pour en unir la surface : ces premières façons reviennent à 250 mé-
dins. Les trous destinés à recevoir les racines de la plante sont espacés à huit
doigts environ les uns des autres , et on leur en donne autant de profondeur. Il faut
vingt-cinq à trente journées de travail pour couvrir ainsi la surface d’un feddân
de tabac transplanté. Quand une fois cette transplantation est faite, le tabac n’a
plus besoin d’être arrosé ; mais il est nécessaire de le sarcler tous les jours.
. On en commence la récolte deux mois et demi après, en sciant la plante
avec une faucille à quelques doigts de terre : après cette première coupe, le
même pied de tabac pousse des rejetons que l’on scie également au bout de
trente jours.
Quand la plante et ses rejetons ont. été ainsi coupés , on enlève les pédicules
et les côtes des feuilles de tabac, qu’on expose ensuite pendant huit jours
au soleil : ces feuilles, après avoir été ainsi séchées, sont conservées entre des
nattes; enfin on en forme des ballots cylindriques, qui sont mis dans le commerce.
Ce tabac du pays, d’une couleur verdâtre, est le seul dont on fasse usage
dans les campagnes de l’Egypte supérieure.
La première coupe Sun feddân de tabac exige dix à douze journées de travail;
le prix de ces journées est acquitté en nature, c’est-à-dire, en feuilles qui peuvent
valoir en argent 8 ou 10 médins.
La première taille Sun. feddân produit vingt ballots de feuilles sèches, dont
chacun pèse 4 o rotl; la seconde taille n’en produit que dix du même poids : ce
qui donne en tout trois charges de chameau environ.
Dans le commerce, on fait une différence entre les produits de ces deux
coupes : le prix de la seconde est commuççment inférieur d’un tiers à celui
de la première, qui se vend de 250 à 300 médins le qantâr.
§. X V I .
Culture des Rosiers.
T o u t e l’eau de rose que l’on fabrique en Egypte, vient de la province du
Fayoum : c’est la seule où les rosiers soient l’objet d’une grande culture.
La terre est d abord nettoyée et ameublie par quatre ou cinq labours successifs ;
on y trace ensuite des rigoles qui la divisent en petits carrés, dans l’intérieur desquels
on plante de jeunes rosiers à soixante centimètres environ de distance les
uns des autres ; la quantité de rejetons nécessaire pour la plantation d’un feddân
ne coûte que 100 ou ty o médins. Cette plantation, qui se fait ordinairement
au solstice d’hiver, exige quarante journées de travail : aussitôt qu’elle est terminée,
on en commence les arrosemens, et on les renouvelle tous les quinze jours pendant
lannee entiere, à moins que la terre ne soit submergée lors de l’inondation.
La culture A un feddân de rosiers exige l’emploi continuel de quatre hommes,
qui, suivant le besoin, travaillent aux arrosemens, au sarclage du champ, ou à
la récolte des fleurs.
Cette récolté se fait pendant tout le mois d’avril et le commencement de mai :
chaque matin, on arrache les pétales des fleurs épanouies ; ils sont employés
.sur-le-champ dans des fabriques d’eau de rose : comme ces établissemens ne se
trouvent qu a Médine , on ne cultive les rosiers que dans les environs de cette
ville, la seule du Fayoum.
Un plant de rosiers ne produit ordinairement que ia seconde année ; il est
en plein rapport l’année suivante jusqu’à la cinquième, passé laquelle on est
clans l’usage de le renouveler.