
Les gerbes de blé sont transportées à dos de chameau sur une aire préparée
à peu de distance du champ ; la charge ‘d’un chameau est communément de
trente gerbes. Elles sont posées les unes sur les autres, de manière à former une
meule de dix pas de diamètre environ au milieu de faire. On étend autour de
cette aire, dont le diamètre est de vingt à vingt-cinq pas, une couche de gerbes que
l’on a déliées, et l’on fait promener dessus l’espèce de chariot ou chaise roulante
appelée noreg, que nous avons décrite précédemment. Lorsque, par cette opération,
le blé est sorti de l’épi, et que la paille est coupée suffisamment, on la
ramène avec de grands râteaux de bois sur l’enceinte extérieure de la route du
noreg, sous lequel on remet de nouvelles gerbes de demi-heure en demi-heure.
Les boeufs qui le traînent sont changés d’heure en heure. Le prix de la journée
pour chaque boeuf, comme pour chaque ouvrier, est de f a à'ardeb de blé. Il
faut deux jours ou deux jours et demi pour battre le produit d’un feddân, en employant
à cette manoeuvre quatre boeufs et deux conducteurs. Soixante-douze
gerbes de blé produisent communément un ardeb de grain, du poids de 2.7j rôti,
ou de 125 kilogrammes environ.
Dans le territoire d’Edfoû, qui est, comme on vient de le dire, la partie la
plus méridionale de l’Egypte où le blé soit cultivé, on se contente de faire fouler
aux pieds des boeufs les gerbes de blé étendues sur une aire. La paille de ce
canton est ordinairement si fine et si sèche, qu’après avoir été exposée quelque
temps à cette manoeuvre, on la retire brisée en fragmens aussi petits que si elle
avoit été hachée par le noreg.
Le battage du blé achevé, on le vanne en le projetant en l’air avec une espèce
de fourche de bois dont les dents sont très-rapprochées. C’est par cette opération
que se terminent ordinairement tous les travaux de la récolte. Le prix de ces
travaux, le vannage compris, est toujours, dans la haute Egypte, acquitté en
nature, c’est-à-dire, en blé battu. Après avoir prélevé ces frais, le produit ordinaire
des terres se trouve encore de 12 et i4 pour 1. L ’impôt mis sur ces
terres est presque entièrement acquitté en nature, et elles fournissent la plus
grande partie du blé qui est exporté de l’Egypte.
Le Fayoum et les provinces du Delta présentent quelques différences dans
la culture et les produits de cette céréale. Ainsi, dans ces provinces, la quantité
de semence par feddân varie de 7 à j S ardeb. Elle est, par conséquent, un peu
plus grande que la quantité de semence employée dans le Sa’yd sur la même
superficie.
Toutes les terres du Delta sont généralement labourées avant les semailles:
on attelle quelquefois à la charrue des buffles au lieu de boeufs. Quelques terres
ne sont point arrosées après l’ensemencement; mais c’est la moindre partie de
celles que l’on consacre à cette culture. Le reste des champs de blé, quoiqu’ayant
été inondé naturellement, est arrosé à deux reprises, soixante et quatre-vingt-dix
jours après les semailles.
Les arrosemens s’effectuent au moyen des roues à pots. Il faut deux jours
et demi pour arroser un feddân par le travail continu d’une de ces machines.
Les blés de la basse Egypte ont leurs tiges plus élevées que ceux du Sa’yd;
ce qui permet de les récolter à la faucille.
Huit ou dix hommes peuvent scier en un jour un feddân de blé. Comme le grain
est moins sec que celui de la haute Egypte, et qu’il est plus adhérent à sa balle’ il
faut ordinairement trois jours pour battre le produit d’un feddân et en hacher la
paille. La manoeuvre du noreg exige, comme dans le Sa’y d , deux hommes et
quatre .boeufs.
Les moissonneurs du Delta sont aussi payés en nature; mais, au lieu de blë
battu, on leur donne à chacun leur charge de gerbes de blé.
Lorsque Ion sème ce grain dans les terres que l’inondation ne peut atteindre
et qui sont situées à proximité du Nil ou des canaux, on est obligé de l’arroser,
à quatre ou six reprises différentes, au moyen de delou ou de châdouf
Les meilleures terres du Delta sont moins fertiles en blé que celles de la haute
Egypte : leur produit est de 1 o pour 1 ; quelques-unes ne rapportent que 6 ou 7.
En général, la paille du blé arrosé artificiellement devient plus haute que celle
du blé qui ne la point été. Le produit de cette culture, désignée sous le nom
de chetaouy [culture d hiver], est, à la vérité, supérieur au produit de la culture
du blé bayâdy; mais les frais d’arrosement la rendent beaucoup plus dispendieuse.
La récolte en est faite à la faucille dans la haute et dans la basse Egypte.
Il y a quelques terrains élevés situés entre Saqqârah et Beny-Soueyf, où l’on est
obligé de labourer la terre à la houe. Le .labour d’un feddân exige vingt journées
de travail. Comme ce travail est très-pénible, le prix de la journée des ouvriers
est ordinairement de 15 médins, c’est-à-dire, plus fort d’un tiers que le prix
de la journée d’un ouvrier employé aux arrosemens.
La paille de blé hachée est la nourriture habituelle des chevaux et de tous
les animaux employés aux travaux de l’agriculture. En général, les terres du Sa’yd
produisent autant de charges de chameau de paille hachée qu’elles produisent d’ar-
deb de blé. Le produit de la paille des blés du Delta est un peu plus considérable.
Le marché du Kaire est approvisionné des blés du Sa’yd et de la basse Egypte.
La première espèce pèse deux cent soixante-quatre livres l'ardeb ; la seconde pèse
deux cent quatre-vingt-douze livres, poids de marc (1).
§. II.
Culture du Dourah et du A i dis.
Le dourah [Holcus Sorghum] est cultivé dans toutes les provinces de l'Egypte,
depuis l’île d’Éléphantine jusqu’au Kaire : c’est le grain qui fournit la nourriture
ordinaire des fellâli. On le sème à deux époques différentes, vers le milieu de
mai et à la fin du mois d’août.
Ces semailles sont, comme on le voit, antérieures à la submersion des terres par-
( 0 Voyez, à la fin de ce Mémoire, les pièces justifica- fabrication du pain ( Décade Egypîknne , tom. III,
tives (n.° 1 ), et le rapport fait au général en chef sur la pag. 129 ).