
désert aride dans lequel nous fîmes seize milles; puis nous campâmes à Ouâdv-
Halazé.
V I N G T - H U I T I È M E J O U R N É E .
Le vingt-huitième jour, nous étions de bonne heure aux fontaines de Moïse;
la marée commençoit à descendre : nous traversâmes le bras' de mer vis-à-vis de
Soueys ; dans plusieurs endroits, nous avions plus de quatre pieds d’eau. Nous rejoignîmes
la caravane le lendemain à Ageroud : elle étoit composée d’environ
douze cents chameaux et de quatre à cinq cents hommes. Le quarante-unième
jour depuis notre départ, nous arrivâmes au Kaire (i).
MOE U R S E T U S A G E S D E S A R A B E S D E T O R .
L e s habitans de la presqu’île de Sinaï, appelés Toarah, ou Arabes de T o r , sont,
comme tous les Arabes Bédouins, de la taille moyenne d’un mètre et demi à un
mètre sept cent trente-deux millimètres [quatre pieds dix pouces à cinq pieds
quatre pouces]. Us ont la peau hâlée, très-brune, presque noire; les yeux vifs,
noirs et un peu couverts : ils sont généralement maigres, et sérieux sans être'tristes.
Us sont Mahométans; mais ils ne connoissent de Mahomet que son nom, et du
Koran que la profession de foi : « Il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu, et Mahomet
» est le prophète de Dieu. » Nous n ’en avons rencontré qu’un seul qui faisoit
régulièrement ses prières ; il avoit fait deux fois le voyage de la Mecque.
Quoique le séjour habituel de ces Arabes dans des montagnes, au milieu des
rochers et d’un pays stérile dont on ne peut jamais être tenté de les déposséder,
leur donne, comme à tous les Bédouins, un esprit de liberté dont ils ont souvent
abusé ; quoique la nécessité les tienne toujours armés pour protéger leur commerce
et pour se défendre ; quoique les vengeances (2) qu’ils peuvent avoir à exercer
contre une tribu ennemie, leur aient fait contracter le goût du pillage lorsqu’ils sont
victorieux, on ne peut pas se dissimuler cependant qu’on retrouve encore dans
toutes les tribus un reste précieux de ces moeurs patriarcales quë nous retrace la
Genèse dans l’histoire d’Abraham, et que M. de Volney a décrites, avec autant
d’exactitude que d’élégance, dans son État politique de la Syrie. Ce que nous pouvons
assurer, c’est que, pendant les quarante-un jours que nous avons passés avec
les Arabes de T o r , ils ne nous ont inspiré aucune espèce d’inquiétude : notre
tente a toujours été ouverte, souvent même abandonnée; nos armes étoient
placées au hasard, et jamais il ne nous a manqué la moindre chose.
(1) Dans notre traversée du désert, une caravane qui seconde, quoique blessée, nous échappa; la troisième
passoit à une grande distance, nous donna un moment fut prise. Les Arabes en avoient tué une que nousache-
d’inquiétude : mais elle fut reconnue amie. tâmes la veille de. notre arrivée au couvent de Sainte-
A deux journées du Kaire, lorsque nous étions cam- Catherine; la chair ressemble beaucoup à celle d’un très-
pés, trois gazelles se trouvèrent renfermées dans le camp, bon chevreuil.
Repoussées par les cris des Arabes lorsqu’elles se pré- (2) Une loi générale chez les Arabes veut que le sang
sentoient pour passer, elles fuyoient, et rencontroient de tout homme tué soit v e n g é p a r celui de son meurtrier;
les mêmes obstacles : une d’elles traversa la ligne; une ce qu’on appelle târ [talion ].
Nous
iTMaFifl *s
: 0 ,
Noïïs- les avons trouvés favorablement prévenus en faveur des Français. ’Pour
les maintenir dans-ces bonnes, dispositions, nous ne leur avons jamais rien -'promis
sans leur tenir parole^ rien demandé que ce qu’il leur étoit possible défaire;
mais aussi nous 1 exigions avec autant de sévérité que si nous eussions eu une force
suffisante pour faire3sxécuter notre’volonté. Zer Français n'ont qu’une parole, nous
disoient-il’s souvent. Surpris de nous voir, montés sur des dromadaires, marcher
avec eux, supporter les mêmes fatigues et les mêmes privations, plusieurs m’ont
demandé si toüsjes Français étoient forts comme moi. « Tu vas au Kaire, leur ai-je
>/dîf ! tu dois„.voir que je ne suis pas un des plus jeunes ni des plus forts. » — « Les
» Français sontîpfopres aux voyages » , m’ont-ils répondu.
V E T EM E N T .
Les Arabes de T o r ont pour tout vêtement une chemise de laine blanche qui
descend au milieu*de la jambe, les manches courtes; une espèce de tunique de laine
rayée debrun et de blanc, ouverte par-devant, sans manches, et fendue de côté pour
passeifles bras; un caleçon de toile. Les enfans ont seulement la tunique ; plusieurs
sont nus.feEn été j les hommes n’ont que la chemise avec une ceinture de peau
'ou d’étcffe ‘de laine. Les cheykhs, ceux qui sont plus aisés, sont habillés comme
. les Egyptiens : plusieurs ont reçu des pelisses des gouverneurs du pays.
Quelques-uns ont pour chaussure une semelle attachée sur la pied avec des lanières
de cuir ou des cordons de laine ; mais tous ont lés jambes nues, selon l’usage
des Egyptiens. Us ont pour coiffure une toque sôïïs un mauvais turban de laine rouge
ou/blancne : presque tous les enfans ont la tête nue.
Ces Arabés portent pour arme un fusil à mèche, un poignard courbe de cinq
décimètres et demi [vingt-un pouces'environ] de long, tranchant des deux côtés, le
plus souvent garni en argent. Cette arme, fabriquée en Perse, leur est apportée
de Geddah; elle est placée sur le devant de la ceinture, de gauche à droite.
Une espèce de giberne de cuir, attachée également sur la ceinture par devant,
est remplie de tuyaux de roseau ou d’étuis de bois pour renfermer la poudré : en
outre, un baudrier formé de petites lanières de cuir tressées, et terminé par des
franges quelquefois décorées de petits morceaux de plomb, porte un petit sac de
peau pour l’amadou et les mèches soufrées, et un autre pour les pierres; un briquet
y est suspendu par une petite chaîne ; un troisième petit sac destiné à recevoir les
balles, un grand étui de bois en forme de cornet, rempli également de poudre,
et plusieurs autres semblables, sont attachés à ce baudrier.
Les femmes sont vêtues comme celles du peuple au Kaire : un caleçon de
moghrabine, toile claire et étroite; une longue robe de toile bleue, ouverte sur
la poitrine, avec de larges manches fendues jusqu’à moitié de leur longueur; un
/' °u bande d’étoffe noire, d’un double décimètre de large [ huit à neuf
pouces], de cinq ou six décimètres de long [dix-huit à vingt pouces], attaché
.des deux côtés de la tête au-dessus des yeux, et sur le milieu du front,avec un
petit cordon quelquefois couvert de pârats, voilà de quoi se compose leur
habillement : il faut cependant y ajouter un voile de toile bleue et des colliers
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