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jusqu’en 904, année où il fut dépossédé pour toujours par les Mamlouks, qui lui
substituèrent un troisième Qansou, dit el-Gânbalât, à qui ils firent prendre le titre
de Malek ël-Achraf. Ce nouveau sidtan se repentit bientôt d’être monté sur un
trône aussi glissant; car, après sy être difficilement soutenu six mois, il en fut
culbuté, et retourna, fan 906, remplir le simple rang d’émyr, bien préférable à la
dignité périlleuse de sultan.
Tomânbây fut ensuite choisi et salué Malek el- A ’âdel, nom sous lequel on le
proclama deux fois, l’une en Syrie, et l'autre en Egypte. Cette double nomination
ne le préserva pas des entreprises des émyrs, qui, après l’avoir laissé à lèur tête
cent jours, attentèrent à sa vie. La fuite et la retraite retardèrent sa perte un mois
et demi environ, après lequel temps, ayant été découvert, il fut immolé sur les
degrés du trône où il avoit eu le malheur de s’asseoir.
L ’élection de son successeur ne dépendit pas cette fois du caprice de soldats
turbulens, et ne fut pas l’effet du hasard ou de l’intrigue. Les docteurs de la loi et
les émyrs réunis, d’après le voeu général des peuples, choisirent l’émyr Qansou el-
Ghoury, homme pauvre, d’un caractère facile et sans ambition, qui vivoit retiré,
jouissant en paix du bonheur, fruit de ses vertus. Qansou étonné s’excusa de ce I
choix, en disant qu’étant accoutumé à obéir, il ignoroit absolument l’art de com-
mander. On lui opposa qu’étant brave et sachant faire le bien, il n’avoit pas besoin I
d ’autre connoissance, et que d’ailleurs il étoit seul digne d’occuper Je sultanat, que I
Qàytbây son maître avoit si honorablement exercé. Obligé de se rendre, il fut
couronné sultan.
Le dixième chapitre est consacré à l’histoire de Qansou el-Ghoury, et à celle de I
Tomânbây, en qui expira la seconde dynastie.
C H A P I T R E X.
Qansou e l- Ghoury. Tomânbây.
L e khalyfe Mostanged b-illah, au milieu des acclamations du peuple et de-
soldats , revêtit du turban noir et du titre de Malek el-Achraf, Qansou, qui ne put I
s’empêcher de s’écrier, sèn voyant revêtu malgré lui : De quel soin me charge-t-on! I
Cependant il n’accejna la souveraineté que sous la condition que, si les émyrsI
vouloient quelque jour l’en dépouiller, ils lui laisseroient au moins là vie sauveI
Cette condition acceptée, il tâcha de se rendre digne du nom dont on l’honora, I
et de la confiance qu’on lui témoigna. Ce sultan, que nos auteurs nomment I
Campson-Cauri, s’appliqua aussitôt* à se défaire peu à peu et avec prudence de I
tous ceux dont il connoissoit la turbulence, et parvint à procurer à l’Egypte uni
rep’os qui se prolongea jusqu’en 911 de l’hégire.
En ce temps-là, Jes Portugais s’étoient emparés des Indes, et gênoient les relations
de commerce que les Indiens et les Egyptiens avoient entre eux. Il arma en I
conséquence : mais son expédition n’eut pas le succès qu’il s’en promettoit ; car, I
au lieu de rétablir les communications commerciales et d’expulser les Portugais de I
leurs I
DES MAMLO-UK S, D ’ £ G Y P T*fe, ’’ Y I- 6 I
leurs conquêtes, il eut le désagrément d'apprendre que ses vaisseaux chargés* de
troupes, avoient été attaqués et "détruits par leurs forces - navales. Ce revers
maritime ne f empêcha pas de régner paisiblement jusqu’en 915 , où il vit’se renoiî-
veler desévénemens pareils à Geux'du.règne>j5réqéJent. Korfcoud, père cfe Selyin;
ayant été obligé d abandonner le trône de son père , se réfugia au'p*rès de Qansou',
et.en fut accueilli aussi bien que Gem l’avoit été de son prédécesseur; de plus,
lorsqu’il voulut ensuite,.sè rendre à Constantinople^ Qansou équipa pour lui
vingt bâtimens, qui, à leur retour, furent capturés par des armemens de l’ordre
de Saint-Jean de Jérusalem.
L asile donné à Korkoud fut le prétexte d’une guerre nouvelle. Selym la commença
par 1 attaque de 1 Aladulie.. A la el-doulet, qui commandoit alors l’armée
Egyptienne, s’avança à la rencontre de l’armée Ottomane : mais il ne fut pas
plus heureux sou^le.s Égyptiens qu’il ne l’avoit été sous lesOttôïnans; son armée
fut-défaite; et lui-même ayant péri dans le combat, on lui trancha la tête, et on 1 envoya à Selym pour lui attester la grandeur du succès?
La nouvelle de cet échec, qui eut lieu le 29 de la lune de rabye’ second, parvint
à Qansou daiis une dépêche de Selym lui-même, où celui-çi lui reprochoit
la mort d A la el-doulet, et s’étendoit en longues menaces contre lui. Ces menaces
% en t des ayis pour le sultan Égyptien, qui, s’attendant à être attaqué au rfetour
delà' belle saison, passa l’hiver à faire de grands préparatifs. En effet, dit l’auteur
Arabe, le chgykh Hoseyn Khogah , fils d’A ’ly grand chancelier de L régence
de Tunis, dans son Histoire des victoires des Ottomans, à peine les .oiseaux
eurent - ils chanté à l’ombre des feuillages le retour du printemps, que •Selym
força le passage de Malatie, seul poste qui restoit aux Égyptiens de toute l’AIa-
dulie, et feignit de marcher' contre Isma’y l- châh, roi de Perse, qui avoit déjà
perdu, l’année précédente, la bataille de Gialderoum. Il envoya cependant dire
au monarque Égyptien qu’il n’avoit agi hostilement que parce qu’on lui avoit
refusé un passage qui conduisoit sur les terres Persanes, qu’il vouloit purger de
Lhérésie qui les souiiloit; il lui fit demander aussi pourquoi il commandoit en personne
une armée sur sa frontière. La réponse du sultan fut que son année étoit
une armée d’observation, et qu’il ne s’y étoit rendu que pour se faire médiateur
entre Selym et Ismayl-châh. Cette réponse n’ayant pas satisfait Selym, ihentra en
ennemi sur Je territoire Égyptien, et y fit des progrès si rapides, que Qansou,
épouvante, et prié d ailleurs par Ismayl-châh 'de terminer cette guerre à quelque
prix*que ce fut, lui envoya faire des propositions de paix; mais, au lieu de les
entendre, Selym dit aux ambassadeurs qui s etoîent humiliés à ses pieds : « Levez-
» vous, et retournez dire a celui qui vous enVoiéi, qu’il n’est plus temps, qu’on ne
»se heurte jamais depx fois à la même pierre, et qu’il se prépare à combattre.»
Qansou se mit donc à la tête de ses troupes, s’avança contre les Ottomans, qu’il
rencontra dans une vaste plaine, nommée Merg-Dâbeq, non loin d’Alep, et leur
livra combat. Les deux armées se rangèrent dans l’ordre de bataille suivant : la
droite des Égyptiens étoit commandée par Kheyr-beik, et celle des Ottomans par
ounes-pachâ; la gauche de l’armée Égyptienne par el-Ghazâly, gouverneur d’Alep
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