
I 6 4 A B R É G É C H R O N O L O G I Q U E D E L ’ H I S T O I R E
balle en ralliant ses troupes qui fuyoient. Sa mort sauva les Ottomans; car, pour
la venger, ils attaquèrent les Égyptiens avec tant de fureur, .que, malgré la grande
valeur de Ganbardy, les siens furent défaits et dispersés çà et là dans la plaine,
et en couvrirent de leurs morts la vaste étendue. ,
A la. vue de ses soldats en déroute, Tomânbây s’écria : « C ’en est fait ; la
» dynastie des Mamlouks Circassiens est un astre qui s’éteint. » !1 se porta sur le
Kaire, où il réunit les restes de son armée. .La victoire de Rydànyeh valut à Selym
la défection de Ganbardy, qui se mit à son service. Llarmée Ottomane s’étant
reposée plusieurs jours sur le champ de bataille, Tomânbây eut le temps de
recruter son armée d’Arabes achetés au poids de l’or; et Selym, obligé de marcher
contré elle, dressa sa tente dans l’île de Roudah, résolu d’attaquer le lendemain.
Son ennemi le prévint. A l’ombre des ténèbres de la huitième nuit de
la lune de moharram 923, il voulut le surprendre; mais, l’attitude menaçante
des janissaires qui faisoient bonne garde, ayant fait échoifer son entreprise, il.se
retira au Kaire, égorgeant tous les postes qu’il surprit, et il s y fortifia. Un grand
nombre d’Ottomans périrent ; ils furent vengés par le sac de cette ville, qui coûta
beaucoup de sang. La citadelle fut prise Tassant ; et ce ne fut qu après avoir fait
le siège des maisons ;Ies unes après les autres, qu’on parvint aux retranchemens que
Tomânbây et ses Mamlouks défendoient, retranchemens qui ne furent abandonnés
qu’après avoir été réduits en un monceau de décombres: Tomânbây se sauva du
milieu de leurs ruines, atteignit le Nil, se jeta dans une nacelle, et traversa le fleuve. II étoit déjà arrivé dans la province de Bahyreh, se dirigeant vers'ùAlexandrie,
quand il fut arrêté par des Arabes rôdeurs, qui le livrèrent à Mostafâ et à Ganbardy,
que l’on avoit envoyés à sa poursuite. Us le conduisirent chargé de fers devant
le sultan Selym, qui, s’apitoyant sur le sort de son rival à la vue des chaînes dont
il étoit accablé, les fit tomber, le combla d’honneurs, et l’admit d’abord dans sa
familiarité ; mais, craignant ensuite que son existence ne compromît la sienne
propre et le salut de l’armée, il le fit accuser par-devant les docteurs de la loi,
et condamner à mort comme complice d’une conjuration tramée contre lui. Ce
fut le 21 de rabye’ premier que le malheureux T omânbây, cloué en croix à une
des portes du Kaire dite Bâb-Zoueyleh, demeura exposé pendant trois jours aux
yeux du public, afin qu’on n’ignorât pas, disent les auteurs Arabes, qu’en lui s’étei-
gnoit la dynastie des Mamlouks Borgites ou Circassiens.
Si cette s’éconde dynastie a été anéantie, elle l’a été au moins par une catastrophe
mémorable. C’est un monarque victorieux qui plante son étendard sur les
murs de la capitale d’un ennemi terrassé.
TROISIÈME DYNASTIE,
M A M L O U K S B E I KS OU G H O Z Z E S ,
CHAPITRE XI.
Ayoua£. Ism a’y l. Cherkes. Zou-l-foqâr.
L a dynastie dont il reste à traiter, diffère absolument des deux précédentes : elle
doit son établissement à la forme usée du gouvernement Ottoman, d’où elle dérive.
Selym I. , ayant conquis 1 Egypte, érigea cette contrée en un pâchâlik, qu’il
divisa en vingt-quatre étendards ou arrondissemens, commandés par autant de
beiks. Cesbeiks se renfermèrent, l’espace de deux siècles, dans les bornes de leurs
devoirs, protégeant leurs arrondissemens ou bailliages contre la rapine des Arabes,
et rendant au pacha, qui les créoit à son choix, un compte exact de leur conduite
; mais ils s ecarterent ensuite de l’obéissance. Les provinces où ils devoient
résider, furent abandonnées à la rapacité de leurs kâchef ou lieutenans, qui en opprimèrent
les habitans. Us vinrent au Kaire : ils y formèrent une espèce d’oligarchie
funeste a-la-fois et aux pâchâs, qu’ils dénoncèrent au divan de Constantinople
et qu ils culbutèrent presque toujours, et à eux-mêmes, parce que les pâchâs
semerent parmi eux la discorde,, se servant des uns pour se défaire des autres.
Si la Porte trouva dans ce choc d’autorités un avantage réel, le peuple Égyptien
y rencontra sa ruine : il se vit pressuré par le pâchâ et par vingt-quatre tyrans qui
se partageoient ses dépouilles. C ’est de ces beiks ou beys que cette dernière dynastie
tire sa dénomination.
Lambition principale des- beiks etoit de devenir cheykh el-belad, c’est-à-dire,
gouverneur du Kaire, parce que le cheykh -belâdat leur donnoit la primauté sur
leurs collègues et même sur toute l’Égypte. Us commandoient originairement à
des soldats d un des sept corps qui composent les armées Ottomanes; mais dans
la suite, ne pouvant se fier a la fidélité de pareils soldats, ils les échangèrent contre
des Mamlouks quils firent recevoir dans le corps des janissaires dont ils faisoient-
partie, et les avancèrent. Comme ces Mamlouks avoient primitivement été achetés
au pays des Ghozzes ou Uzzes, on leur en conserva le nom, d’où cette dynastie tire
sa seconde dénomination. Quelques auteurs, et principalement les Anglais, trouvent
dans la prononciation du mot Ghozze quelque analogie avec celui de Go th.
L histoire de cette dynastie, si toutefois on peut appeler ainsi une succession
de gens sans nom, sans naissance, et rebelles à leurs chefs, n’est que celle de
quelques ambitieux, tantôt assassins et tantôt assassinés, qui s’arrachent alterna