
2 l 4 d e s c r i p t i o n h y d r o g r a p h iq u e
je l’ai rapportée en France ; mais elle m’a été volée à Marseille, au moment où
je me disposois à partir pour Paris.
Je descendis de la petite hauteur sur laquelle ces ruines sont situées, et je conti
nuai ma route assez près des bords du lac par une direction ouest-sud-ouest. Le
sol étoit ce même plateau de rocher que j’avois trouvé avant'le Qasr-Tafchârah. La
montagne que j’avois à ma droite étoit à une petite lieue du lac, et tendoit toujours
à s’en rapprocher. Vers les trois heures, notre route, qui étoit à peu près parallèle
à la magistrale du lac, étoit absolument sud-ouest. Noirs descendîmes à cette heure-
là dans un bas-fond que je pris d’abord pour un ancien golfe; mais je vis ensuite
qu’il se prolongeoit vers la montagne, et qu’il eir suivoit la direction yers l’ouest. A
l’entrée de ce bas-fond, sur le bord du lac, j’aperçus une petite* hauteur en forme
de pyramide : je m’y transportai aussitôt; mais je reconnus que ce n’étoit qu’un
rocher recouvert de terre végétale mêlée de sable : en face, je vis une île basse dans
le milieu du lac..
Tout ce bas-fond est parsemé d’une grande’- quantité de buttes en forme de
cône, dont plusieurs sont.couvertes de terre végétale et de débris de pierres calcaires
, semblables à celles que j’avois vues le, matin. Ainsi, dans l’hypothèse pro
bable où le lac s’étendoit jusqu’à ia mon tagne\( hypothèse appuyée sur les couches
que l’on voit, ainsi que les buttes dont je parle, rongées horizontalement par les
eaux, et sur les coquilles encore entières que j’ai ramassées au pied ), il y a lieu de
penser que toutes ces buttes étoient autant d’îles habitées. Les deux pyramides dont
parle Hérodote, pourroient bien avoir été placées sur l’une de ces nombreuses
îles; mais il seroit peut-être difficile de dire sur laquelle, si l’on excepte les deux
premières qui sont vers le milieu de la longueur et de la largeur du lac, en suppo
sant qu’il commençât à Tâmyeh, et s’étendît de Bayhamou jusqu’à la montagne
Libyque ; car, à part, cette circonstance du milieu sur laquelle’ Hérodote paraît
appuyer comme sur une .chose précise, on trouve un très-grand nombre de ces îles
auxquelles, d’après leurs dimensions et la quantité de .pierres calcaires dont elles
sont couvertes, l’emplacement de ces deux pyramides peut également convenir.
Continuant toujours notre route dans ia direction du'’sud-ouest, noiiàjarrivâmes
à quatre heures trente-cinq minutes, après avoir un peu forcé le pas, dans; un lieu
couvert de bois desséché, semblable à celui que j’avois vu* le matin, L ’étendue de
celui-ci paroissoit même beaucoup plus considérable, et les corps d’arby,es plus
forts : plusieurs étoient de Ja grosseur du bras, et quelques-uns de la grosseur.;de la
cuisse. Déjà nous avions en vue le Qasr-Qeroun à l’ouest, et j’entrevôÿois 1 espérance
d’aller y passer la nuit, lorsque nous fûmes rejoints par un Arabe envoyé par
Sâleh, père de cheykh A ’iy ; il venoit d’apprendre que huit des siens avoient été
dépouillés par un parti de,trois cents Fcrgân de la Bahyreh : il nous faisoit dire de
nous tenir sur nos gardes, et sur-tout de ne point hasarder de combat, vu notre petit
nombre; mais que nous devions être tranquilles, qu’il étoit aux informations pour
savoir ce qu’ils étoient devenus, et que, s’il apprenoit qu’ils fussent encore de notre
côté, il viendroit à notre rencontre avec cinq cents Sammâlou. Cheykh A ’iy, sans
être intimidé par ces nouvelles, me fit observer qu'il n’étoit pas prudent d’arriver
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DE BENY-SOUEYF ET DU FAYOUM.
au Qasr-Qeroun à 1 entrée de la nuit, que ce point étoit un rendez-vous des tribus
errantes, et que, dans la supposition où quelque parti passeroit la nuit aux environs,
il continueroit sa route à la naissance du jour, et nous laisseroit le champ
libre. Je trouvai son raisonnement juste; d’ailleurs, nous ne nous étions presque
pas reposés depuis six heures du matin, ce qui faisoit dix heures de marche ; nous
choisîmes dans le bois un endroit bas, couvert et entouré de monticules, parce
que la route que nous avions suivie est souvent fréquentée par les Fergârt; il .
plaça ses sentinelles, et nous passâmes la nuit dans ce lieu.
Nous1 étions tout-à-fait sur les bords du lac,. et néanmoins très-près de la
montagne. Je goûtai encore de l’eau; elle étoit comme celle du matin : tous les
chevaux en burent , même plusieurs de nos domestiques ; ce qui contredit un
peu l’assertion de Pococke, qui la trouva, dit-il, plus salée que l’eau de la mer.
Il y étoit, à la vérité, un mois et demi plus tard dans la saison que moi; et peut-
être l’inondation qui avoit précédé son voyage avoit-elle été très-foible , tandis
que celle qui avoit précédé le mien avoit été très-abondante.
Le lendemain 18 nivôse [ 8 janvier], nous reprîmes notre route à cinq heures et
un quart du matin : mais nous ne pûmes suivre les bords du lac à cause du bois dont
ils sont couverts; nous fûmes obligés de nous rapprocher de la montagne, dont la
distance au lac étoit de plus en plus petite. La couche de terre végétale devenoit
aussi de plus en plus épaisse et sans mélange de sable. Ainsi il n’est pas douteux que
toute cette partie septentrionale du lac ne fût susceptible d’être cultivée jusqu’au
pied de la montagne, si l’on pouvoit l’arroser avec les eaux douces dans la crue.
Enfin nous arrivâmes par une marche un peu plus lente que la .veille, vers
les sept heures et un quart, à l’extrémité ouest du lac, qui baignoit tout-à-fait le
pied de la montagne. Je. croyois voir ici cette montagne interrompue par l’origine
du Bahr-behî-mâ, que d’An ville a désigné, dans son Ægyptus antlqua, sous le nom
de Lycus fiuvius; niais, au lieu de cette ouverture, je vis que la chaîne se con-
tinuoità perte'de vue dans la direction du sud-ouest, et j’appris des Arabes qu’il
n’y a dans ces parages ni Bahr-belâ-mâ, ni aucun bas-fond qui puisse donner
prétexte à son existence.
La petite langue de terre qui permet de passer entre l’extrémité du lac et le
pied de la montagne, est obstruée par un amas de grosses pierres calcaires qui
ne présentent aucuné trace de la main des hommes, et que je crois simplement
tombées des couches supérieures de la montagne. Ce passage est d’ailleurs d’autant
plus difficile, que les bords du lac sont couverts d’une croûte saline qui cède
facilement sous les pieds, et au-dessous de laquelle on trouve encore l’eau quelquefois
assez profonde. Nos chameaux avoient les plus grandes peines à traverser
ce passage. Dans l’impatience où j’étois d’arriver au Qasr-Qeroun, que je voyois
distinctement depuis le matin,Je laissai la caravane se débarrasser, et je partis
seul en avant, me dirigeant par le sud-sud-est vers ce monument, où j’arrivai
à huit heures et un quart, ayant mis ainsi une heure à parcourir, au grand trot du
cheval, la distance qui le sépare de l’extrémité du lac. La pente, quoique très-
douce , étoit considérable ; et néanmoins le Qasr est construit sur une petite
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