
Les onze ans qui suivirent ce pèlerinage auraient été onze années d’une tranquillité I
parfaite, si leur cours n’eût pas été troublé par les intrigues des ministres, qui s entre-1
disputèrent le vizirat, et forcèrent Malek el-Nâser d’en abolir l’emploi : il y subs-1
titua la charge d’intendant. Il régna ensuite paisiblement jusquen 736, epoque I
où la délation vint détruire la bonne intelligence qui existoit entre le khalyfe et lui. I
On lui fit entendre que le khalyfe n’étoit qu’un faux ami, qui en vouloir à son I
autorité et à sa vie. Il ajouta foi à cette calomnie y et il exila Mostakfy b-illah à Qous, I
ville de la haute Egypte. Cette ville, dont le nom en langue Qobte signifie sépulture, I
se trouve située non loin des tombeaux des anciens princes Égyptiens. Le khalyfe I
y mourut de chagrin, regretté de tout le monde, et légua le siege pontificala!
Ahmed son fils. Malek el-Nâser s’opposa à ce qu’on 1 y établît, et fit proclamer à sa I
place son cousin Ibrâhym, sous le nom d’Ouâteq b-illah, sans faire attention quel
cet Ibrâhym avoit été déclaré indigne du khalyfat par son propre père, pourl
cause d’inconduite; information qui lui avoit été donnée par le collège des pretres,I
Il y eut à ce sujet quelques troubles qui n’eurent pas de suite.
A cette même époque, le sultan Malekel-Naser perdit femyr A n ou q , le plusI
chéri de ses fils. Cette perte lui fut si sensible ,-et il en conçut un tel chagrin, quill
contracta une maladie dont il mourut vers la fin de 1 an 7 4 1 , après un règne del
quarante-trois années. Cette mort fournit aux pretres musulmans 1 occasion del
publier que Dieu l’avoit puni d’avoir violé les lois et la religion. Ils s etonnerentl
cependant bien moins de la longueur de son'ïègne que de la patience divine,!
■qui avoit toléré pendant un si grand nomine d années un sultan sacrilège. Dieu nel
l’a laissé vivre, disoient-ils encore pour se consoler, qu afin de le porter a changer!
de manière d’agir.
L e chapitre suivant fera connoître la série des sultans qui se sont détrônés lesi
uns les autres successivement, et qui ont mis fin à la dynastie des Mamlouks Baha-I
rites ou Turcomans.
CHAPITRE V.
Aboubekr. Koutchouk. Ahmed. C h a ’bân. Zeyn el-dyn el-Hagy. Hasan. SaliiI
lit i s an pour la seconde fo is . Mohammed. Cha ban pour la seconde foisM
A ’là el-dyn. M ansour el-Hâgy.
M a l e k e l -N A s e r manifesta, avant de mourir, (intention qu il avoit é t l
rendre le khalyfat à celui à qui il appartenoit légitimement, confessant ses torts à■
l’égard du pontife défunt, et s’en repentant sincèrement. On remplit ses voeux, et!
Ahmed fut proclamé khalyfe sous le titre de Hâkem bi-amr-illah, que son père!
avoit porté. Ce repentir trop tardif, dit Gelâl el-dyn, n apaisa pas la colère du ciel,!
qui s’étendit jusqu’aux derniers enfans du sultan.' Aussi nombreux que les tours dsl
palais de Chosroès, qui, en s’écroulant, annoncèrent la venue de Mahomet, ili!
tombèrent les uns après les autres, présageant à l’Égypte une nouvelle dynastie. I
Aboubekr Seyf el-dyn Malek el-Mansour, l’aîné de ses fils, fut le premier en qui
s’accomplit cette prophétie, expliquée d’après l’événement; car, quarante jours après
avoir été revêtu du manteau noir des khalyfes, et cçint du sabre des sultans, il fut
déposé et exilé à Qous, où on le fit périr. Le harem de son père fut violé et pillé
le même jour.
A ’lä el-dyn-Koutchouk, âgé de six ans, fut salué Malek el-Achraf après lui. II
régna cinq mois, et fut relégué dans la citadelle, où il mourut; et Dieu seul sait,
dit l’auteur du Sokkerdân, de quel genre de mort !
Chahâb el-dyn Ahmed, son frère, fut retiré de Krak par l’entremise du vizir Tâg
el-dyn, qui s’employa auprès du khalyfe pour le faire reconnoître Malek el-Nâser;
mais le crédit de ce cheykh ne put l’empêcher d’être déposé à Krak même, où il
étoit retourné, le 12 moharram 743, après quelques jours d’un règne incertain.
A ’mmâd el-dyn Isma’yl, son frère, reçut ensuite le surnom de Malek el-Sâlh. Il
régna jusqu’en 746, époque de sa mort. Le rétablissement du vizirat en 744, et
l’assassinat de son prédécesseur en 745, sont les seuls événemens remarquables de
son court règne.
Après sa mort, on proclama son frère Zeyn el-dyn Cha’bân sultan sous le titre
de Malek el-Kâmel, roi accompli. Ce fut un despote. Le poète Safady s’exprhne
ainsi à son sujet : « Le bonheur s’est éclipsé aussi vite qu’il a paru dans la famille
» de Qalâoun. L ’impiété qui y avoit pris racine, reçut son accomplissement sous le
» roi accompli. » Enfin, après un mois et quelques jours d’un règne tyrannique, on
se vit forcé de le déposer.
Zeyn el-dyn el-Hâgy, son frère, le remplaça avec le titre de Malek el-Modaffer.
Il fut plus cruel encore que son prédécesseur. Il ne régna que trois mois, et fut
immolé, en 748, aux mânes des victimes nombreuses et respectables qu’il avoit
sacrifiées.
Naser el-dyn Hasan, son frère, âgé de onze ans, fut salué après lui Malek el-
Nâser. II se soutint par l’assistance de l’émyr Altemych, son régent, l’espace de
quatre ans environ ; mais il finit par succomber. On l’emprisonna à la citadelle, dans
le mois de gemâd second de l’an 752 de l’hégire.
Sâlh el-dyn, son frère, lui succéda avec le titre de Màlek el-Sâlh. Il eut l’émyr
Chikhoun pour gouverneur et régent.
L ’année d’ensuite, le khalyfe mourut de la peste qui renouvela ses ravages en
Egypte- Étant mort ni testât, Chikhoun convoqua le collège des prêtres, qui proclama
son oncle sous le nom de Moa teded b-illah. La discorde déchira ensuite le
ministère. Maufiq el-dyn, Qobte d’origine et renégat, enleva le vizirat à I’im el-
dyn , autre renégat Qobte; et Chikhoun, malgré tous ses soins pour maintenir son
pupille sur le trône, eut la douleur de l’en voir renverser, l’an 7 5 5 , par Hasan
Malek el-Naser, qui, aidé de Tâg el-dyn, avoit eu le talent secret de se former un
parti, et le bonheur, si toutefois c en est un, de précipiter son fière dans la prison
d ou il avoit été arrache, et de ressaisir l’autorité royale.
Malek el-Nâser recréa le vizirat pour récompenser Tâg el-dyn de ses services, et
régna jusquen 762, où, malgré des précautions infinies, il périt, à la suite d’une