
Je fus, pendant cet intervalle de temps, témoin d’une partie des travaux de
la moisson ; je les suivis avec un vif intérêt, et ils me donnèrent l’occasion d’apprendre,
de la bouche même des cultivateurs qui s’en occupoient, en quoi,
consistoient les travaux de l’agriculture dans les autres saisons de l’année.
Nous nous rendîmes ensuite par terre, et à petites journées, en suivant la rive
gauche du Nil, de Syout à Qené, où nous arrivâmes le 25 mai. Nous y trouvâmes
le général Belliard, qui eommandoit dans cette province. Il venoit d’achever
les préparatifs d’une expédition à la tête de laquelle il devoit prendre possession
du port de Qoçeyr : elle se trouva prête le lendemain de notre arrivée. C ’étoit
l’occasion la plus favorable qui pût se présenter de reconnoitre l’intérieur du
désert par lequel la vallée du Nil est séparée de la mer Rouge, et de prendre,
sur le commerce qui se fait entre l’Egypte et l’Arabie par cette vo ie , les ren-
seignemens dont j’avois besoin. Je partis donc pour Qoçeyr avec cette expédition:
elle se borna à mettre une garnison Française dans-ce port ; nous en étions de
retour le 14 juin.
Nous séjournâmes à Qené jusqu’au 26. Là, comme à Syout, j’eus le temps
de confirmer ou de rectifier ce que je savois déjà sur les .travaux et les produits
de l’agriculture : j’appris ce qu’ils avoient de particulier dans cette partie de
l’Egypte, et quels étoient les differens genres d’industrie auxquels ses habitans se
livrent.
Nous suivîmes la rive droite du Nil pour nous rendre à Esné, où nous arrivâmes
le 30 juin. Cette ville m’offrit, pour l’objet spécial de mes recherches,
les mêmes ressources que j’avois trouvées à Syout et à Qené. Après y être
restés neuf jours, nous en partîmes le 9 juillet pour remonter jusqu’à la première
cataracte, et le 12 nous nous trouvâmes à Syène. Notre séjour s’y pro-l
longea jusqu’au 26 ; nous étions le 30 de retour à Esné.- Nous y passâmes encore
dix jours, après lesquels nous nous mîmes en route pour visiter la plaine del
Thèbes. Nous y arrivâmes le 1 1 août. Nous nous établîmes d’abord sur la rive
gauche du fleuve, dans le village d’el-Aqâlteh, à peu de distance du Mtmm-1
niurn et de Medynet-Abou ; nous passâmes, le 19 août, sur la rive opposée; nous
restâmes à Louqsor jusqu’au 29; enfin nous remontâmes à Esné, où nous demeurâmes
une troisième fois jusqu’au i 4 septembre. Ainsi nous avons passé vingt-
cinq jours dans cette ville, à trois reprises différentes.
Je n’avois pas besoin de m’arrêter à Qené, où notre „'-séjour s’étoit déjà
prolongé pendant près d’un mois, lorsque nous remontions, le Nil; mais javoisl
traversé sans m’y arrêter la province de Girgeh, l’une des plus importantes du
Sa’yd, et je desirois beaucoup y recueillir quelques informations. J’y demeurai 1
depuis le 12 jusqu’au 20 septembre. Je passai ensuite trois jours à Akhtnym
sur la rive droite du Nil. Enfin, en descendant ce fleuve, j’arrivai à Syout le
3 vendémiaire de l’an 8 [25 septembre 1799].
Les eaux d.e- l’inondation, qui avoient couvert la campagne, venoient de s’écouler,
et je pus être témoin des semailles, que l’on commençoit. Le général Desaix
avoit depuis quelque temps établi ses quartiers à Syout, d’où il observoit les mouvemens
dè Mourâd-bey. Il en partit le 1 ." octobre pour se mettre à sa poursuite,
et le pousser dans le désert jusquau-delà du Fayoum, en couvrant la rive
gauche du canal de Joseph. Je l’accompagnai dans cette excursion : mais, dix jours
après, le général Desaix ayant reçu en même temps la nouvelle du départ du
général en chef pour la France, et l’ordre de revenir au Kaire, il fallut renoncer
pour cette fois au projet de visiter la province de Fayoum. Nous remontâmes à
Minyeh, où nous nous embarquâmes sur le Nil le i 4 octobre : j’arrivai au Kaire
le 16, après une absence de sept mois.
Le général Kleber, qui étoit à la tête de l’armée, avoit changé le système des
travaux de l’institut d’Egypte et de la Commission des arts. II avoit créé plusieurs
commissions chargées de rassembler les divers documens qu’on jugeoit le plus
utiles : je fus adjoint a celles d agriculture et de commerce. Je passai une partie
des mois de novembre et de décembre, tant à mettre en ordre les matériaux que
j’avois rapportés de la haute Égypte qu a m’en procurer de nouveaux pour former
mon contingent dans le travail des commissions dont je faisois partie. Je visitai
pendant ces deux mois les plaines d'Hekopolis, des Pyramides et de Saqqârah, où je
passai plusieurs jours. Ce fut pendant cet intervalle que s’établirent avec les principaux
négocians du Kaire, Chrétiens ou Turcs, les relations qui m’ont mis à
portée d’acquérir sur le commerce actuel de l’Égypte les notions que j’exposerai
dans la suite de ce Mémoire.
Je profitai, le 2 4 -décembre 1799 , d’une occasion qui se présenta de faire la
reconnoissance de la route du Kaire à Suez par la vallée de l’Égarement. Nous
arrivâmes dans ce port Je 28, après quatre jours de marche ; nous y séjournâmes
jusqu au 22 janvier 1800; ce qui me permit d’ajouter de nouveaux renseignemens
à ceux que javois déjà sur le commerce de l’Égypte avec l’Arabie. Nous primes
pour revenir au Kaire le chemin le plus court, qui passe entre le Moqattam et
Birket él-Hâggy. Nous y étions de retour le 24 janvier.
A cette époque, l’Égypte étoit menacée et fut bientôt envahie par les troupes
Ottomanes; il fallut en faire une seconde fois la conquête, que décida la bataille
SHtüopolis : je demeurai à Gyzeh pendant tout le temps qui s’écoula depuis
cette bataille jusqu’à ce que l’on pût de nouveau occuper la haute Égypte ; je
I employai a vérifier les informations qui m’avoient été données précédemment
sur l’agriculture des environs du Kaire.
Les nouvelles garnisons destinées pour la haute Égypte ne partirent que le
10 mai. J’accompagnai le général Zayonchek, auquel le commandement des
provinces de Beny-Soueyf et dè Fayoum avoit été donné. Nous suivîmes par
terre, avec'son infanterie, la rive gauche du Nil, et nous arrivâmes à Beny-Soueyf
le 13.
Cette marche à petites journées, avec un corps de troupes assez fort, me laissa
le temps de prendre de nouveaux renseignemens sur l’agriculture du pays que
je parcourois.
Après avoir passé trois jours près du général Zayonchek, je partis pour visiter
la province de Fayoum. Je l’ai parcourue dans tous les sens, avec le commandant