
s’inquiétant peu si les habitans du pays'pouvoient, ou non, payer les taxes immo-1
dérées dont ils les surchargeoient.
Ainsi nous ne devons point être étonnés de ne trouver aucune trace d’érec- 1
tion de Nilomètres, ni d’entretien de ceux qui existoient antérieurement, dans les I
écrivains qui nous ont transmis les détails de l’histoire des Perses pendant qu’ils I
étoient en possession de l’Egypte.
C H A P I T R E IV.
Des kilom ètres sous les Grecs.
L es Perses furent chassés de l’Égypte par Alexandre le Grand. Ce prince n’eutI
pas le temps d’exécuter les grands desseins qu’il avoit sur l’Égypte, et qui l’avoicmB
porté à y bâtir, vis-à-vis de l’île de Pharos (i), et près de l’embouchure de Ca-B
nope (2), sa ville d’Alexandrie (3 ), destinée par sa situation à devenir la clefB
et l’entrepôt général du commerce de l’Inde: mais il séjourna trop peu dans ceB
pays pour pouvoir en régler l’administration intérieure en détail; aussi nous ne
voyons rien dans son histoire qui ait rapport aux Nilomètres.
Alexandre perdit la vie 324 ans avant l’ère Chrétienne-: comme il n’avoit par'
laissé de fils en état de saisir et de garder entre ses mains les rênes d’un empire îi
à peine créé, ses généraux, après sa mort, se partagèrent entre eux son vaste -
héritage, et fondèrent différens royaumes dans les diverses portions .qui lctiri
échurent.
Ptolémée, connu sous le double surnom de Lagus et de Soter, fut rendcH
maître de l’Egypte par cet arrangement, l’an 323 avant l’ère Chrétienne: l’an 28jfl
avant cette même ère, il associa d’abord à son pouvoir son fils surnommé P/ii-H
ladclphc, et le lui laissa ensuite tout entier à sa mort arrivée deux ans après. C t l
prince et.ses successeurs s’occupèrent davantage de l’administration d’un payiM
qui étoit devenu leur patrimoine, et qui devoit appartenir, après eux, à leur:H
descendans : aussi nous savons que les Lagides réglèrent les bases du gouverne-H
ment intérieur et la répartition des impôts en Egypte , et qu’ils établirent éeiH
Nilomètres en plusieurs endroits du cours du fleuve.
Parmi les monumens de cette espèce qui remontent au moins à l’époque
(1) Insula Pharus. Cette île est maintenant une presqu’île
qui est réunie au rivage d’Alexandrie par une
longue jetée.
(2) Kciyumç; en langue Qobte ■„ Kahi noub
IîO'*& [terre d’or]. On trouve cetie ville designée par le
nom de MiSlCJUIIOC Kanôpoj j dans l’éloge de l’évêque
Macaire ( Ms. Qobte Vat. 68 ,fol. i j f ) , et par celui de
Canobus dans S. Jérôme, au commencement de la règle
de S. Pachôme ( Codex regularunuyed. Holstenio, 1684,
Pag- pli-
(3) 'A\t%*rS'peiu, construite trois cent trente-deux ans
avant l’ère Chrétienne. C'est dans cette ville que s’est faite
la version des Septante, par ordre de Ptolémée Phila-
delphe. A l'endroit où Alexandrie a clé fondée, existoit
une autre ville, nommée anciennement P 2 .O K 0 T
hodij et l’on trouve Alexandrie elle-même désignée soûl
ce nom et sous celui de P i -K O ^ Rakodi, dans le Dic-fl
tionnaire Qobte-Arabe d’Ebn-Kahar ^ I, dont j’i l
rapporté d’Egypte un très-beau manuscrit. Les ancicul
l’ont aussi connue sous le nom de Rachotis, qui est k l
même que le précédent. Quelques auteurs ont cru qo<l
c’étoit cette ville que les Hébreux avoient désignée son»I
le nom de JVôt<a. Elle a eu successivement différent |j
autres noms, sous lesquels cependant elle est rarement de-1
signée; les principaux sont Polis, Phares, Claudia-JuïuM
Augusta - Domitiana , &c. Maintenant les.'Arabes I»
nomment lskanderyeh u j jA—C»I : et les Qobtes modcrneiJ
D x ? \ Z J b A l e x â n d r i a .
Ptolémées,
Ptolémées, on doitremarquer le Nilomètré de l’ancienne Hermonthis, maintenant
Erment ( i), et sur-tout celui qui , comme Strabon nous l’apprend (2), avoit été
construit auprès d’un temple consacré à Cnuphis dans l’île d’Eléphantine (3), sur
les confins de la Nubie (4 ), et que l’on y a en effet retrouvé. Le Nilomètré de
cette île, qui étoit la clef de l’Egypte du côté du midi, étoit, suivant Strabon,
« construit en grosses pierres équarries, et l’on y remarquoit les plus grandes
» crues du Nil, les plus petites et les médiocres. Sur les parois'du Nilomètré
» étoient gravées les mesures d’après lesquelles on constatoit les crues complètes
» du Nil et celles qui ne parvenoient pas à ce degré. L ’état de ces crues étoit
» ensuite communiqué à ceux qui devoient les annoncer publiquement, afin que,
» d’un côté, les cultivateurs pussent régler l’égale distribution des eaux et l’en-
» tretien des digues ou des canaux, et que, de l’autre, les gouvernans pussent se
»rendre compte de leurs revenus réels; car, ajoute-t-il, plus les crues sont
» complètes, plus les revenus sont considérables (y). »
Le Nilomètré qui a été découvert dans cette île, .est, en effet, composé d’un
escalier sur les parois duquel sont indiquées les différentes coudées et certaines
époques de la crue du fleuve : il lait le sujet du savant et intéressant Mémoire
que notre collègue M. Girard a publié dans cet Ouvrage (6), et auquel je me
contenterai ici de renvoyer.
Nous savons aussi qu’il y avoit du temps des Ptolémées un Nilomètré à Ele-'
thyia (7 ), ville de la haute Égypte, qui a dû son nom au culte particulier qu’on y
avoit pour Lucrne, appelée Eleihyia (8) par les Grecs. On voit encore maintenant,
dans les restes de cette ville, un espace rectangulaire qui présente un bassin
antique , construit en pierres, et qui paroît, sans contredit, avoir été un ancien
Nilomètré.
(1) Erment a i —*jf. Le Vocabulaire Qobte-Arabe
d’Ebn-Kabar, que j’ai déjà cité, donne à cette ville le nom
d Ermone, 0 pw -OH T, que Kircher a traduit par Ar~
mont,' Avxomxiç.
Le nom d’Ennont, GpjULOÎTT, se trouve aussi dans
le Lexicon Ægyptiacum de la Croze.
Cette ville est aussi appelée, dans l’éloge de Pisendi,
'i 'ir o A ïC CEP'V-Zt.N'T Dipolis Sermant.
Suivant Abou-I-fedâ, « cette ville est située dans le
»Sa’yd supérieur, sur la rive occidentale du Nil, au
» sud-ouest d’Aqsor; son territoire offre des champs cul-
M rivés, mais peu de palmiers.»
On trouve aussi ( Ms. Qobte 46, fol. 176) ce nom
écrit Armonth ^pAi-OÎW- Un vocabulaire Sa’ydique
de la Bibliothèque du Roi ( Ms. Qobte 44, fol.yy ) porte
cXp-W-OWSKK Annonikê.
(2) Strabon, natif d’Amasie en Cappadoce, florissoit
sous Auguste et sous Tibère, vers l’an 14. de l’ère Chrétienne.
On croit qu’il mourut vers la douzième année
de Tibère, l’an 25 de l’ère Chrétienne. Ælius Gallus,
gouverneur d’une partie de l’Egypte, fut son ami particulier.
(3) Maintenant Gezyret Asouân LfcîJ»*
(4) Belâd el-Noubeh 2ÙU, et Noubyah w j .
Le Vocabulaire Qobte-Arabe cité ci-dessus donne à
ce pays le nom de *K V * fxK Di-Lubê ; ce qui doit
d autant moins étonner, que le nom de Libye a été employé
par les anciens pour désigner non-seulement la région
septentrionale de l’Afrique, mais encore une grande
partie de l’intérieur de cette vaste contrée et même
le plus souvent l’Afrique toute entière. ’
(5) Voyez les textes Grecs rapportés dans la sixième
partie de ce Mémoire.
(6) Antiquités-Mémoires, pag. 1.
(7) E/AHSwa, maintenant el - Qâb c jUII, en qobte
T ^ t t ï& X Thhôbi. .
(8) >EMi()v;a ou EjAtiSuia et EAtuOà, Elithyie, ou Ilithyie,
et Eleutho, déesse qui présidoit aux accouchemens, et
que les femmes invoqùoient pour être heureusement délivrées.
On croit que c’est la même que Lucine.
P . M . T O M E II.
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