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de gens, il retourna à leur tête s’emparer de Nicosie, capitale du royaume; mais ii
n’en demeura pas long-temps maître. Louis de Savoie, qui avoit épousé sa soeur,
vint bientôt l’attaquer avec des forces considérables. Il y eut entre eux plusieurs
affaires qui, ayant toutes tourné au désavantage du premier, le forcèrent de se retirer
au grand Kaire.
L ’amour, qui joue un si grand rôle dans les affaires des princes, s’étant immiscé
dans celles de Jacques, lui fut d'un grand secours, et fit la fortune de Marc Cornaro,
noble Vénitien, et habitant de l’île. Ce chevalier avoit une fille, nommée’Catherine,
jeune' et jolie. Jacques en devint amoureux; et Cornaro, au lieu de s’opposer à ce
commerce, l’encouragea, ayant été approuvé eh cela par la république de Venise,
à laquelle il avoit fait entrevoir que, par une alliance avec ce. prétendant au trône
de Chypre, elle se créeroit des droits futurs à la possession de l’île. Le sénat de
Venise, qui étoit, ainsi qu’il se plaisoit à le publier lui-même, Vénitien et puis
Chrétien, cest-à-dire, qui sacrifioit la religion à ses propres intérêts, fournit à
Lusignan, par le cariai de Cornaro, tous les fonds dont il eut besoin, et Lusignan
s en servit auprès de Barsabây pour en acheter une armée, lui promettant en outre
une somme d’argent annuelle, plus forte que celle qui avoit été convenue par son
père. Les despotes Mahométans aiment’l’or, ils en sont avides; et comme pour de
l’or ils seroient capables de vendre leurs trônes, à plus forte raison ne se font-ils
aucun scrupule de mettre à prix ceux qui ne leur appartiennent pais. L ’armée de Barsabây
étoit sur le point de se mettre en marche, quand un contre-temps la retint et
manqua de ruiner les affaires de Jacques.
Le duc de Savoie, qui étoit instruit de tout ce qu’il machinoit contre lui, avoit
intéressé à sa cause le grand-maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui
envoya à la cour de Barsabây le commandeur de Nissara. Celui-ci fut chargé de lui
proposer tels arrangemens qu il vourirort, pourvu qu’il se désistât de ses promesses
en faveur de Jacques. En vertu de ses pleins pouvoirs, le commandeur fit tout ce
qu il put pour seconder les vues du grand-maître, déposa aux pieds du monarque
Égyptien des présens magnifiques, lui fit des offres extraordinaires ; lui assura que le
roi de Chypre étoit dans l’intention de lui payer les mêmes annuités que son
prédécesseur, et le pria de ne pas prêter l’oreille à un ambitieux, qui vouloit s’approprier
ce qui ne lui appartenoit pas..Barsabây, gagné par les promesses et les présens
du commandeur, étoit sur le point de se déclarer contre le prétendant, quand,
heureusement pour celui-ci, une ambassade de Morâd, huitième sultan des Ottomans,
arriva à temps à la cour Égyptienne pour seconder Jacques. On remarquera ici, en
passant, que la Porte Ottomane commence à entrer en relation avec la cour du Kaire.
Jacques, qui avoit l’esprit aussi remuant que celui de son père étoit apathique,
et que I habitude des affaires avoit rendu homme d’état, ne s’étoit pas borné à
recourir seulement au sultan d’Égypte; il avoit encore tourné ses vues du côté de la
Porte Ottomane, et avoit envoyé à l’empereur des Turcs une personne affidée,
pour lui offrir une somme annuelle, aussi forte que celle qu’il comptoit à Barsabây’
s il vouloit s intéresser pour lui auprès de ce prince, afin qu’il l’aidât plus particulièrement
à se faire reconnoître roi de f’île de Chypre. Il avoit réussi dans cette
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I A B R É G É C H R O N O L O G I Q U E D E L’ H I S T O I R E
c’est-à-dire qu’il tâcha d’effacer, par le bien qu’il fit à ses sujets, tout le mal q u ’il
avoir attiré sur la tête de son souverain. Si les commencemens de son règne furent
violeris, le cours en fut doux et paisible; semblable à un fleuve qui, jaillissant
avec fracas de sa source, coule av,ec plus de tranquillité, à mesure qu’il s’en
éloigne davantage. Différent de ces tyrans qui veulent s’affermir par la terreur sut
le trône que la terreur leur a acquis, la justice et l’humanité furent les fondemens sut
lesquels il appuya le pouvoir qu’il devoit à ses talens. On peut dire de lui, avec un
de nos auteurs, qu’il fut un prince accompli, et que.ce fut un bonheur de vivre
sous ses lois. Aucun règne n’avoit été, pour les Mahométans, aussi doux et aussi
heureux que le aien. Il avoit toutes les qualités qui caractérisent un bon roi, et
il étoit l’homme lé plus propre à honorer la nature humaine et à représenter la
Divinité. ' Après' huit ans d’un règne innocent, il s’endormit du sommeil éternel,
le 8 de la lune demoharram de l’an 824, au sein du bonheur et de l’amour dt
ses peuples et dans la paix de sa conscience. Où trouver, s’écrie Hafed fils de Hager,
un prince semblable et un meilleur citoyen ! éloge court, mais expressif.
Les choses reprirent, après sa mort, leur marche convulsive accoutumée. Trois
sultans se succédèrent avec la rapidité de l’éclair. Ahmed, fils de Mahmoudy,
nommé Midek el-Modaffcr, fut forcé, après deux années de règne, de céder le
trône à Tatar Malek el-Dâher, tpii, étant lui-même mort à la fin de l’année, le
transmit à son fils Mohammed, dit Malèk el-Sâlh. Trois mois après, ce Malek el-
Sâlh fut dépossédé par Barsabây, son tuteur et son gouverneur, et traîna une vie
ignorée. Barsabây devint sultan, pendant qu’un grand nombre de prétendans sc
disputoient l’autorité. ' m
CHAP ITRE VIII.
Barsabây. Yousef. Gaqmaq. Ynâl. Ahmed.u Kochaqdam. Belbây.
Timourboghâ. Qâythây.
O n peut dire avec justesse que Barsabây, proclamé Malek el-Achraf, succéda
dignement à Mahmoudy. Le commencement de son règne fut la suite de celui de
ce bon prince. Il gouverna deux années au sein de la,paix, c’est-à-dire, jusqu’en
827, époque où il débarqua en Chypre, et envoya ses armées contre Jean III duI
nom, qui en étoit roi, le fit prisonnier, et ne lui rendit la liberté et ses domainesI
qu’à condition qu’il lui paieroit les tributs arriérés auxquels il avoit refusé de satis-l
faire, et lui en compteroit de nouveaux chaque année. Après cette expédition,!
sept années consécutives s’écoulèrent au sein de la tranquillité, et il vit venir à sa I
cour Jacques, bâtard de Lusignan, qui réclama son assistance.
Jean III de Lusignan n’avoit d’autre enfant mâle que ce Jacques qu’il avoit euI
d’un commerce illicite avec Marie Patras, son épouse ne l’ayant rendu père que;
d’une fille dite Charlotte, dernier rejeton de la famille des Lusignans. J a cq u e s , voyant I
avec peine la couronne de son père passer dans une autre maison, abandonna le I
froc auquel il avoit été destiné, et s’enfuit à Rhodes, où, ayant ramassé une troupeI
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