
l’impôt eh nature ; les lentilles qui, en proviennent sont emmagasinées dans les
greniers du vieux Kaire, d’où on les tire pour l’approvisionnement des marchés
de la basse Égypte, ou bien pour être exportées.
Les lentilles destinées à la consommation sont ordinairement dépouillées clc
leur écorce; on ne met en vente dans les marchés des villes que les deux lobes
de ce légume: ces lobes sont d’une fort belle couleur orangée. Il suffit, pour
monder°ainsi ces’lentilles, de les froisser entre deux petites meules’ d argile desséchées
au soleil, de 25 ou 30 centimètres de rayon: la meule inférieure est fixe;
lasmeule supérieure est mobile, et mise en mouvement autour de son centre par
un seul ouvrier, comme celle des moulins à moutarde. Le poids de cette meule
mobile, d’argile durcie, est d’environ 20 ou 25 kilogrammes.
Les pois chiches [ Cicer ariethmm] se sèment, comme les ten tilles, dans les terrains
qui ont été submergés; la terre reçoit aussi les mêmes façons avant et après
les semailles, qui ont lieu immédiatement dès que les eaux se sont retirées.
On sème, p s i feddân , de 77 a dW t ii de pois chiches ; ce qui exige communément
trois journées de travail : ils restent sept mois «en terre; la plante est
arrachée et battue sous le uoreg. Quatre hommes et quatre boeufs peuvent battre
en un jour le produit d’un feddân : ils reçoivent ensemble pour salaire, y compris
la location du noreg, -fr d ardeb.
Le produit d’un feddân ensemencé en pois chiche varie suivant les années : dans
les cantons du Sa’yd où on le; cultive le plus, ce produit varie de 4 a 8 nrilcb.
Le prix de l’ardeb varie aussi de 50 à 130 médins.
Indépendamment des usages journaliers du pois chiche pour la nourriture des
fellâh, on-est dans l’usage, au Kaire, à Rosette, à Damiette, et autres villes du
Delta, d’en faire griller les grains sur le feu dans une grande bassine ; on les mange
quand ils ont été ainsi torréfiés.
Ce que nous venons de dire de la culture du pois chiche et de ses produits,
s’applique sans restriction à la culture du lupin [Lupinus Termis]. On en sème -f
ou $ ardeb psi feddân , suivant qu’on le sème dans des trous faits à la main, ou
qu’on le jette à la volée sur la terre encore humide ; on le récolte à la scie au
bout de cinq mois. Il faut dix ou douze journées pour récolter un feddân. Les
tiges, presque ligneuses, ne pouvant servir à la nourriture des bestiaux, sont employées
comme combustible , et particulièrement à faire l’espèce de charbon
qui entre dans la fabrication de la poudre à. canon du pays. On retire les graines
en frappant les tiges, suffisamment desséchées, avec de simples bâtons; pratique
qui remonte, en Orient, à’ la plus haute antiquité, et qui remplace en Égypte
l’usage du fléau.
Les frais de récolte et de battage des lupins sont payés en nature, à raison
de - f & ardeb par moissonneur.
§., VI.
Culture des Fèves.
L e s fèves [Vicia Faba equina] sont cultivées en abondance dans les provinces
de Girgeh, de Syout et de Minyeh, sur les terres qui ont été inondées naturellement.
On les sème au commencement du mois de novembre, sans labour
préparatoire; il faut un ardeb ou un ardeb - f par feddân, suivant que le sol est
plus ou moins humide: après les semailles, cinq hommes recouvrent ce grain,
en traînant une pièce de bois sur la terre. Ils sont payés en nature, et reçoivent
chacun ■— S ardeb de fèves.
Les fèves restent trois mois et demi en terre ; on en*fait la récolte vers le milieu
du mois de février; on en scie les tiges, et elles sont hachées sous le noreg.
Il faut quatre boeufs et quatre hommes travaillant pendant deux jours, pour
battre le produit d’un feddân. Chacun est payé ~ S ardeb.
Les frais de récolte et de battage ainsi acquittés en nature, on retire d’un feddân,
dans les bonnes années, 7 ardeb de fèves, et seulement 2 ou 3 dans les mauvaises;
le prix de l’ardeb varie de 50 à 100 parats.
Il monte jusqu’à 2 pataquès dans les lieux d’où ce produit peut être facilement
exporté.
Les tiges de feves, hachees sous le noreg, servent de fourrage aux chameaux, aux
boeufs et aux chèvres. Un feddân produit ordinairement trois ou quatre charges de
chameau de ces tiges hachées, dont chacune se vend 4o médins.^
Quelquefois, dans le Fayoum et aux environs du Kaire, on donne un premier
labour a la terre destinee a etre ensemencee en feves ; et lorsque la plante commence
à sécher, on l’arrache, au lieu de la couper à la faucille. Le produit de la
récolte est ordinairement un peu plus fort que quand les semailles se" font sur
la terre encore boueuse.
A mesure que Ion descend dans le Delta, la culture des feves devient moins
avantageuse, et par conséquent moins générale. On les sème souvent dans des*
sillons tracés à la charrue : leurs tiges s’élèvent plus haut que celles des fèves
du -Sa’yd. On paye 4o parats pour arracher le produit d’un fiddâii: On les
laisse ensuite se dessecher sur place, ou en les exposant au soleil; on les fait enfin
passer sous le noreg. Le produit d’un feddân est aussi de 5 ou 6 ardeb.
La culture des fèves ne s’étend guère, dans la haute Égypte, au-dessus de Kous,
ni, dans le Delta, au-dessous de Semennoud. On en exporte des quantités considérables
pour l’Arabie par Qoçeyr, et pour le Levant, par les ports de la Mèdi-
terranee. Les marches du Kaire et de la plupart des villes de la basse Égypte sont
approvisionnés de fèves qui proviennent de l’impôt en nature levé dans le Sa’yd.
Les fèves mises en vente dans ces marchés sont quelquefois dépouillées de
leur peau, comme les lentilles, par l’action de deux petites meules d’argile durcie
entre lesquelles on les froisse.