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De la Fabrication (lu Sucre.
C’est particulièrement dans les territoires de Farchyout et d’Akhmym .crue sont
établies les fabriques de sucre. ( Voyez les Arts et Métiers, planche VII, É. m .
vol. II, et la description de cette planche par M. Cécile. )
Les cannes sont apportées à dos de.chameau, du champ dans l’atelier, qui
est ordinairement une enceinte rectangulaire de 4o mètres de long sur 20 mètres
de large, formée de murs de brique,contre lesquels sont adossées les différentes
parties de la fabrique.
A l’une des extrémités de cette enceinte së trouve la porte extérieure par laquelle
on entre dans une petite cour; en face de cette porte et au fond de la
cour , se trouve ordinairement un hangar où l’on dépose les cannes à mesure
qu’elles arrivent des champs. C ’est là qu’elles sont dégarnies de leurs feuilles par
des femmes et des enfans.
Les cannes, après avoir été effeuillées, sont portées dans un autre bâtiment,
divisé en deux parties égales par un mur de refend. Chacune de ces parties
contient un appareil ou moulin , servant à exprimer le jus de la canne.
Il consiste en deux cylindres de bois horizontaux, disposés comme les cylindres
d’un laminoir, et mus en sens contraire au moyen d’un engrenage, qui lui-même est
mis en mouvement par un manège auquel un boeuf est attelé. On fait entrer les
cannes entre les deux cylindres de bois ; et suivant qu’ils sont plus ou moins
rapprochés, la canne est soumise à une pression plus ou moins forte; le jùs qui
en est exprimé par cette opération, est reçu dans une grande jarre de terre enterrée
au-dessous de cette espèce de laminoir.
Le jus ainsi recueilli est transporté dans une autre partie de l’atelier adossée
à son mur longitudinal, du côté de la porte d’entrée. Là, il est reçu d’abord
dans de grandes jarres de terre, d’où il passe dans une chaudière en cuivre de
plus ou moins de capacité, soutenue sur un fourneau ordinaire de maçonnerie
de brique. La porte du foyer de ce fourneau est placée extérieurement à 1-édifice :
on y brûle de la paille de dourah, ou des noeuds de paille de froment hachée.
C ’est avec ce combustible que le feu est entretenu sous la chaudière; le jus de
la canne y est soumis à une première ébullition, que l’on prolonge pendant une
heure environ. Ce jus, après avoir été écumé, est transvasé dans des jarres plus
petites, où on le laisse reposer pendant dix ou douze jours, après lesquels on le
soumet à une seconde ébullition ; enfin on met ce sirop dans les moules coniques
où il doit se cristalliser en'pain.
Ces moules ainsi remplis sont placés sur des appuis, la pointe en bas, dans
une galerie couverte, où on les laisse égoutter quelque temps; ils passent de là
dans une étuve, où ils acquièrent le degré dé consistance nécessaire pour être
transportés et vendus. On met sur la base de ces moules coniques de la terre
argileuse, ou du limon du Nil humecté; l’eau qu’il contient passe à travers le
sucre et le nettoie : d où il arrive que la base des pains de sucre mis dans le commet
ce est toujours plus blanche que leur pointe, où s’accumulent toutes les matières
étrangères qui en altèrent la pureté.
Voici maintenant le nombre et la distribution des ouvriers employés dans les
sucreries de Farchyout et d’Akhmym..
Deux chameliers sont constamment occupés, pendant le temps de la fabrication,
a conduire et à soigner les chameaux qui transportent dans l’atelier les cannes
récoltées sur chaque feddân de terre ; deux autres hommes les effeuillent à mesure
quelles arrivent, et les préparent pour être écrasées; deux ouvriers au fait
du travail du moulin suivent alternativement ce travail et recueillent le jus
exprimé de la canne; les boeufs attelés au manège sont relevés de deux heures
en deux heures ; ils sont soignés et conduits par deux ouvriers; deux chauffeurs
entretiennent le feu sous les chaudières : enfin deux ouvriers veillent dans l’intérieur
de 1 atelier aux opérations de la cuisson et de la réduction du sucre en
pain. Ces divers travaux sont dirigés par un chef d’atelier; les douze ouvriers qu’il
conduit reçoivent 6 parats par jour, quand ils sont payés en argent, ou deux rotl
de mélasse, quand ils sont payés en nature.
Le prix moyen de la journée d’un boeuf est de 20 à 22 parats.
Il faut vingt ou vingt-cinq jours de travail pour réduire en sucre cristallisé le
produit de la récolte d’un feddân de cannes.
Le nombre des ouvriers employés dans une sucrerie augmente en proportion
de l’étendue des terres dont elle est destinée à manufacturer les produits..
Dans les années les plus favorables, un feddân da cannes à sucre produit de
quinze à vingt-cinq qantâr de sucre en pain, et de dix à douze qantâr de mélasse ;
le qantâr étant de cent cinquante rotl, et le rotl de douze onces.
Le prix du qantâr de sucre est, année commune, de 10 pataquès.
Ainsi le produit brut du feddân de terre cultivé en cannes à sucre est de
200 pataquès.
La province d’Atfyeh, qui est la plus rapprochée du Kaire, est aussi celle où
la culture du sucre soit l’objet d’exploitations considérables. Quelques villages
peuplés d’Araires devenus cultivateurs s’y livrent exclusivement.
La canne à sucre est aussi cultivée dans le Delta, mais seulement, ainsi que
nous l’avons dit ailleurs, pour être vendue en vert dans les marchés des villes,
comme une espèce de fruit.
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De la Fabrication du S el ammoniac.
Q u o i q u e le sel ammoniac ait été pendant long-temps un produit spécial de
l’industrie Egyptienne, et que l’on puisse recueillir les matières propres à sa
fabrication dans toutes les parties de l’Egypte, ce n’est cependant qu’au Kaire
et dans le Delta que sont établis les ateliers où ces matières sont mises en oeuvre.
É. M. TOME II. Hhhhi