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fixer ici la position de Byblos dont‘il est question dans Ctésias et dans É tienne H
de Byzance. On sait que les Egyptiens, ayant voulu secouer le joug des PersesI
mirent à leur tête Inaros, roi de Libye ( i ) ; que ce prince, secondé des Athé.B
niens, après avoir obtenu de grands succès et s’être emparé de l’Egypte, f iy l
vaincu par les Perses, chassé de Memphis, et forcé enfin de se renfermer avecl
les débris de son armée dans l’île Prosopitis, selon Thucydide, et dans Byblos B
selon Ctésias. O r , comme ces faits se sont passés presque sous les yeux de c e |
deux historiens, on doit en conclure que Byblos étoit dans l’île Prosopitis. C e l le - I
ayant neuf schcenes de circuit, au rapport d’Hérodot,e ( 2 ), la position que n o y l
avons assignée à N ia i, aux environs .de Menouf, place les ruines de Melyg vcrl
l’extrémité nord de l’île; ce qui se trouy.e d’accord avec la position que le savani! ■
d’Anville a donnée à Byblos d’après des considérations historiques. Il observtB
que les Perses, après avoir assiégé Byblos un an et demi, parvinrent enfin i |
mettre à sec les trirèmes Athéniennes qui contribuoient puissamment à la d é fen sl
de la place; et ce sont les dérivations par lesquelles le canal fut épuisé, qui l t |
portent à penser que Byblos étoit dans la partie inférieure de l’île. On re trou v l
en effet, au-dessus de Melyg, deux dérivations remarquables : l’une, comme noiïj '
lavons déjà dit, est détachée près de Chybyn -el - Koum, et rejoint la branchial
de Rosette à Farestaq; l’autre, beaucoup moins importante, est plus rapprochéiB
de Melyg, et court au nord vers la ville de Tanta. On peut présumer que c c l
canaux sont l’ouvrage de^Perses pendant le siège de Byblos, et que c’est à leu
ouverture qu’est due la disparition de l’île Prosopitis, ou, pour mieux dire, d’uniH
partie des canaux qui l’entouroient.
Nous continuâmes de.suivrc le cours du canal ; et l’un de nos bateliers Égyptiens*
plus communicatif que ne le sont ordinairement ses compatriotes, nous amusa psi
l’ingénuité de ses questions. Ses idées sur quelques objets étant semblables à celle
de plusieurs Égyptiens de cette classe, nous ferons connoître les plus singulières. I
Il ne pouvoit pas croire, par exemple, que nous eussions en France d’aurn-
fleuve que le Nil; mais, en revanche, il ne vouloit pas que nous eussions la m êm l
lune. Cette opinion, qui paroît absurde au premier çoup-d’ceil, provient cepen-H
ilant moins d un esprit faux que d’une; ignorance profonde : ne connoissant poinH
le cours entier du Nil, n’ayant jamais vu de canal qui n’en fût une d é r iv a tio n ,*
pouvoit penser que, si ailleurs on rencontroit une rivière d’eau douce, elle d e v o il
être une partie du cours immense du Nil, ou une de ses nombreuses ramifica:
tions; et, par un raisonnement assez semblable, cette lune qu’il voyoit toute entièn!
au-dessus de sa tête, comment pouvoit-elle éclairer les nuits d’un peuple aussi
éloigné de l’Egypte que les Français !
Notre religion fut aussi l’objet de son étonnement, et nous avons entendu!.
bien souvent d’autres Égyptiens faire à ce sujet mille suppositions bizarres. Notre*
respect pour leur culte, et cette formule, tirée de leurs livres sacrés, iln y aèM
Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète, qu’ils lisoient en tête de toutes noij
( i ) Thucydid. Hist. lib. i , pag, 7 1 , edit. Fran-
cofurti, 1594*
(2) Lib. 11, S- 4 i.
proclamations et de tous nos actes publics, nè’ pouvoient se concilier avec cette
religion chrétienne, ennemie de l’islamisme, .qu’ils croyoient être celle de tous les
Européens. Quelques-uns.d’entre eux, ne voyant pratiquer aux Français aucune
cérémonie religieuse, pensojent que nous n’avions aucune connoissance de la
Divinité : mais tous du moins nous croyoient dans une position plus avantageuse
pour embrasser l’isfamismè que si nous eussions eu une religion ennemie de la leur ;
et cette considération leur inspirait pour notre nation une certaine bienveillance.
Au milieu des questions de nos bateliers et des réflexions qu’elles nous suggéraient,
nous passâmes devant les villages de Myt-A’fveh, Dyé, Ga’faryeh, Chëmé
ou A ’chmeh, Cherembelah, Abougour„.situés sur la rive droite du canal, et ceux
de Birket ei-Salaba, Kafr-Agedâoud, Mesfmi et Santah sur la rive gauche.
Nous nous arrêtâmes devant ce dernier village. Le lendemain , nous débarquâmes
sur le bord opposé, et nous nous rendîmes à pied au village de Menchyeh
et de là à ceux de Rcgeli-agel et de Cherchâbëh ; ce dernier est arrosé par: un
canal dérivé de celui de Melyg, Nous joignîmes ensuite Sonbât, après avoir passé
sur une levée destinée à soutenir les eaux, lors de 1 inondation. Au pied de cette
levée »est uriTcanal. Enfin, après avoir encore trouvé sur notre route les villages
de Chobrâ et de Benoân , nous arrivâmes vers le soir à Bousyr ( t ) , gros bourg
situé sur le bord du Nil.
Toute cette partie du Delta est, comme l’on voit, fort peuplée; elle est
aussi très-fertile et parfaitement cultivée. Les arbres seuls, comme dans toute
l’Egypte, y sont peu abondans : aussi les paysans ne brûlent-ils guère que les tiges
desséchées du dourah et la fiente de leurs 'bestiaux ; les femmes la pétrissent avec
un peu de paille hachée, et la jettent ensuite avec%la main contre les murs des
maisons pour la faire sécher au soleil (2). Ces maisons,«ainsi garnies dans toute
leur hauteur, contribuent^ rendre encore plus désagréable l’aspect intérieur des
villages, qui déjà, pour Ia'plupart, sont fort mai bâtis en briques crues ou simplement
en terre.
Nous bivouaquâmes hors de Bousyr sous quelques palmiers plantés sur la rive
du fleuve; ce bourg nous parut assez considérable, et mieux bâti que les villages
que nous venions de traverser. Les décombres qui fentourent et sur lesquels nous
avons trouvé un gros bloc de*grès portant quelques traces de sculpture Égyptienne,
un monticule artificiel de forme carrée,situé à trois cents mètres de ces ruines, son
nom enfin, donnent du poids au sentiment de d’Anvillè, qui place en cet endroit
la ville de Busiris ou Bousiris, capitale d un nome. i 11 y avoit dans cette ville, dit
Hérodote (3), un grand templecons^é à Isis, où l’on célébrait tous les ans, en 1 honneur de cette déesse, une fete qui étoit, après celle de Bubaste, la plus importante
du culte Égyptien. Une foule de personnes de l’un et de l’autre sexe se ren-
doient encore à Bousiris de toutes les parties de l’Egypte. On se préparait au sacrifice
pai des jeûnes et des prières; puis on immoloit un boeuf; on enlevoit à cet
( 1 ) Nous ne devons point laisser ignorer que sur pluMaqryzy,
Abou-l-fedâ, &c. écrivent
sieurs cartes on a écrit Abousir au lieu de Bousir, et que
nous-mêmes nous croyons l’avoir entendu prononcer ainsi
par les habitans de ce bourg. L’addition de l’article al est
sans doute la cause de cette erreur ; car les géographes
a ra b e s , l’Ë d r ic y
Bousyr.
■ (2) Voyez là planche X X V I I I , fig.
t ie r s , È. M .
(3) Herod, lib. I I , S- 59'
i , des Arts et Mé