
de liant, de souplesse et de ductilité. Il seroit impossible de l’étirer, s’il n’avoit
pas été forgé, parce qu’il seroit trop cassant.
On accorde 0,001 de déchet dans l’atelier des forges. Ces forges étoient au
nombre de huit.
§• V.
Ateliers des Filières.
L’étireur ( 1 ) exécute ses filières avec des plaques d’acier fondu qu on trouve
dans le commerce, et qui sont d’une forme assez irrégulière. Leur surface n’est
même pas plane, et leur épaisseur diminue du centre aux bords.
11 les fait recuire ou détremper pour les percer, au fleuret, avec un foret
d’acier. Il n’observe point d’ordre régulier dans la position de ses trous; il les !
fait successivement de plus en plus petits, avec divers forets de diverses grosseurs,
ou un foret qu’il diminue et retrempe à chaque fois, et perce ses trous
çà et là, tant que la plaque d’acier peut en contenir.
La filière ainsi préparée se place vis-à-vis un double tenon, ménagé a 1 extrémité
d’une pièce de bols enfoncée en terre.
Un ouvrier passe d’une main l’extrémité de la baguette de métal, qu’on a
amincie par le bout, dans le trou de la filière, et vient la saisir de l’autre main,
à l’aide d’une pince ou tenaille dont les mâchoires sont cannelées.
Cette pince ases branches, ou leviers extrêmement courts, saisies par une espèce
d’anneau ou de chaînon de fer recourbé d’un côté et attaché de l’autre à une
corde qui s’enroule sur un treuil.
Deux ouvriers font tourner le treuil, au moyen de deux paires de leviers
croisés, placés à une distance suffisante pour ne pas se gêner l’un l’autre. Les
deux extrémités de l’axe tournent dans des entailles pratiquées au sommet de
deux pièces de bois dur, enfoncées dans la terre.
Au moyen d’une vive saccade qui serre les branches de la tenaille, les ouvriers
en font mordre profondément les dents sur la tige de métal, qu ils forcent a
passer, en s’alongeant, par les trous de la filière.
Comme la diminution de ces trous ne suit pas un décroissement bien régulier,
que le treuil, construit fort grossièrement, éprouve un frottement tres-con-
sidérable, que les bras de levier du treuil sont très-courts, que l’alliage n’est pas
souvent très-pur, en sorte que le métal reste quelquefois dur et cassant, il faut
des efforts considérables pour l’étirer. Les hommes chargés de tourner le treuil,
choisis parmi les plus robustes, travaillent ordinairement nus (2) dans une action
(1) En arabe, maddâd [ jtâ-* ]» au pluriel maddâdyn vriers travailler nus dans leurs ateliers. C est cettediffe-
[ ( jjilIL .] ' de maâd[ ^ ], il a étendu, on étiré. rence d’usages et de moeurs qui leur faisoit voir a»«
(2 ) L ’ h a b i t u d e q u ’o n t le s O r i e n t a u x d e v i v r e is o lé s t a n t d e s u rp r is e le s f em m e s E u r o p é e n n e s s o r t i r sans voile,
des femmes, et de les tenir voilées et enfermées, est se mêler, se promener, causer avec les hommes, et surcause
que les hommes ont entre eux moins de pudeur, tout avoir la curiosité de visiter leurs ateliers. Leurpreet
qu’on y voit avec moins de surprise des faquirs ou miére idée étoit de les prendre toutes pour des femme*
derviches aller nus dans les rues, et beaucoup d’o'u- publiques.
violente, s’aidant de leurs mains et de leurs pieds. Les travaux de ces ateliers,
comme ceux de la plupart des autres, se font au bruit d’une espèce de cri ou
Je chant régulièrement répété ; à peu près comme le travail des manoeuvres par
nos matelots , sur les vaisseaux de guerre.
Lorsque les baguettes de métal ont passé un certain nombre de fois à la filière,
opération qui tend à déranger et à écarter les molécules du métal, il faut, pour
le rendre plus ductile et moins cassant, avoir soin de les faire rècuire.
On les dispose par couches dans du menu charbon qu’on allume le soir; les
enfans de l’atelier, munis de plumeaux disposés en éventail ( i ) , soufflent ces charbons,
qu’on laisse se consumer pendant la nuit.
Les enfans s occupent aussi a amincir les baguettes de métal par l’extrémité,
à ramasser les morceaux qui se rompent à la filière, à balayer l’atelier. Ce sont
presque toujours les fils des ouvriers mêmes. Ils reçoivent une modique rétribution,
qui sert aux parens à les faire vivre, et ils apprennent de bonne heure
et insensiblement le même métier qu’eux. Dans la classe des artisans, comme dans
la plupart des autres classes, 1 ancien usage des Égyptiens d’élever presque constamment
les enfans dans la profession de leurs pères s’est conservé jusqu’à nos jours.
On accorde, pour le travail de la filière et du recuit qui se fait dans deux
ateliers, 0,005 de déchet.
§- V I.
Ateliers du Planage.
L o r s q u e les fils de métal ont été réduits à 2 millimètres environ de diamètre,
on les remet au planeur (2).
Celui-ci les coupe en morceaux de 25 à 30 centimètres de long; il les met
ensuite dans une espèce de four chauffé avec du bois sec, pour les faire rougir.
Ce four est circulaire, et a cinq ou six bouches. A proximité de chaque bouche
est disposée une enclume, ou tas d’acier à surface circulaire et plane.
Louvrier-maître prend un des fils avec une tenaille ou pince plate, et, avec
le marteau à deux têtes plates et circulaires, il aplatit d’abord le fil de métal
dans toute sa longueur ; il le ploie ensuite en deux et en aplatit de nouveau
les deux branches, en les forgeant l’une sur l’autre, et en les saisissant à cet effet
avec sa pince, alternativement par les extrémités et par le point de réunion.
Lorsque tous les fils sont suffisamment amincis de cette manière et ont acquis
environ 2 centimètres de largeur, les enfans de l’atelier les ouvrent et les emboîtent
au nombre de six, de manière que les plis, ou charnières, rentrent tous
les uns dans les autres.
Alors le maître saisit avec la pince ces six feuilles réunies, les humecte souvent
dhuile pour qu’elles ne s’oxident pas ou ne se brûlent pas, et qu’elles n’adhèrent
pas ensemble; il les fait chauffer au fourneau, et, les présentant s u r l’enclume
(0 Voyei pag. 431, not. 2. (2) Planeur je dit en arabe raqqiq[^\îj, qui »mincit;
pluriel, raqqiqy«