
citadelle, et ordonna qu’on proclamât à sa place, l’an 787, O ’mar, fils d’Ibrâhym
sous le nom d’Ouâteq b-illah.
Ouâteq b-illah étant mort un an après, Berqouq fut prié de réintégrer Mc-
touekkel; ce à quoi il ne consentit qu’après avoir fait reconnoître le neveu de
Zakâryah, et l’avoir ensuite déposé. Il eut bientôt sujet de se repentir d’avoir
rendu Metouekkel au khalyfat; car celui-ci, au lieu de lui en savoir quelque grc,
se concerta avec un certain émyr, nommé Mantach, qui suscita un soulèvement
contre lui. Le peuple exaspéré se saisit de sa personne, et replaça Hâgy sur le
trône. Berqouq fut exilé à Krak.
El-Hâgy, qui avoit porté le titre de Malek el-Mansour, ne régna pas long temps.
Les proscriptions et les concussions de Mantach et du khalyfe causèrent la perte de
l’un et de l’autre, et sauvèrent Berqouq. On regretta Malek el-Dâher, qui ctoit
aimé, parce qu’il étoit juste, et le peuple détrompé le redemandât. El-Hâgy, qui
n’avoit pas eu la précaution de se défaire de son ennemi, fut perdu sans ressource;
car Berqouq, retiré des prisons de Krak, ne se vit pas plutôt rétabli avec son
premier titre, qu’il fit mettre à mort. el-Hâgy et tous ceux qui tenoient à son
parti.
Ce fut en 791, c’est-à-dire, après une année d’absence, que Malek el-Dâher revint
au Kaire reprendre les rênes du gouvernement. 11 s’occupa à entretenir les troubles
qui, déchirant les états de ses voisins, faisoient là sûreté des siens. C ’est pour cela
qu’il envoya, en 794, une robe d’honneur à Qarâ-Yousef, premier prince de la dynastie
du Mouton noir de Médie, en échange des clefs de la ville de Taurisy dont
celui-ci lui avoit adressé l’hommage, et qu’il le créa son lieutenant dans les pays
qu’il envahissoit en son nom.
L ’année suivante, arrivèrent à sa cour le même Qarâ-Yousef et Ahmed. Cet
Ahmed, fils d’Aouys, que nos historiens nomment Avis, avoit été obligé d’aban
donner Baghdâd, dont il étoit souverain, à Tamerlan; et Qarâ-Yousef, qui l’avoii
aidé à s’opposer à ce conquérant, se vit contraint de fuir avec lui auprès d’Emmanuel,
empereur d’Orient. Ils allèrent ensuite réclamer la protection du sultan
d’Egypte, parce qu’ils ne se virent pas en sûreté auprès d’Emmanuel, dont l’empire
chancelant étoit menacé par Bajazet.
La renommée se partageoit, en ce temps-là, entre Timur le boiteux, Bajazet
le borgne, et Berqouq le docteur. Tamerlan et Bajazet étoient deux ouragans qui
alloient s’entre-choquer, et Berqouq le rocher qui défie la tempête. Jugeant qui
lui étoit convenable d’accueillir favorablement Ahmed, fils d’Aouys'et descendant
de Gengis-khân, il le reçut avec tout l’intérêt qu’inspire un prince disgracié. Touché
par le récit de ses malheurs et alarmé des progrès de Tamerlan, il lui accorda sa
protection, et lui promit de lui rendre ses états.
Berqouq avoit appris d’Ahmed lui-même, qu’une députation du conquérant
de l’Asie étoit en route pour le Kaire, et venoit le sommer de remettre son hôte;
il la fit assassiner à Rahabah, et attira sur lui la fureur desTartares. La ville d’Édesse
fut celle qui en éprouva les premiers effets ; ses habitans furent passés au fil de lepée.
La ville d A lep eût eu le même sort, si Berqouq, accompagné de son hôte,n’ctoii
D E S MAMLOUK.S D ’ ÉGYPTE . I
venu la sauver à la tête de son armée, dont il confia une bonne partie à Ahmed,
qui s’empara de Baghdâd l’an 79 6 , et se reconnut vassal de Berqouq, au nom de qui
il fit frapper monnoie. La conquête des Indes, que Tamerlan projetoit, l’empêcha
sans doute de continuer son expédition de Syrie.
Peu de temps après cet événement, Malek el-Dâher vit arriver à sa cour des
députés de Bajazet, ce rival malheureux de Tamerlan. Deux motifs portèrent le
prince Ottoman à cette démarche : l’alliance de Berqouq, dont il desiroit s’assurer;
et la possession du sultan de Natolie, dont il vouloit tenir les patentes du khalyfe.
Le sultan conclut avec le khalyfe un traité d’amitié, et celui-ci, avide d’or, lui
délivra toutes les patentes et les bénédictions que ses députés étoient venus acheter..
Môbârek-châh, alors vizir de Berqouq, lui ayant fait sentir que cette alliance
impolitique alloit lui attirer de nouveau sur les bras toutes les forces de Tamerlan :
« Ce n’est pas de la part de ce boiteux, d it-il, qu’il y a à craindre, tous les Musul-
» mans m’aideront à l’accabler, mais bien de celle du petit-fils d’O’tmân » ; pressentiment
qui devoit se réaliser.
La conquête des Indes par Tamerlan n’endormit pas la vigilance du monarque
Egyptien. Prévoyant que ce n’étoit qu’un simple retard à l’envahissement de ses
états, il mit toutes ses troupes sur pied : mais le temps de cet envahissement n’étoit
pas arrivé, ou plutôt iletoit écriequc Berqouq ne le verroit pas,et qu’il mourroit tranquille
possesseur, de son royaume intact. En effet, à peine avoit-il pris toutes ses
mesures pour préserver la Syrie, qu’il mourut en 801, à la suite d’une attaque
d’épilepsie, emportant au tombeau les regrets des' peuples qui le chérissoient, et
la gloire de s’être fait respecter par lè premier capitaine du siècle.
Farag, son fils, lui, succéda avec le titre dé Malek el-Nâser. Le règne de ce
prince eut un commencement difficile èt une fin sinistre. La révolte de Tenem, gouverneur
de la Syrie, est le premier événement qui eut lieu. De concert avec Ilboghâ,
gouverneurd’A lep, Tenem s’empara des défilés de la Palestine, résolu de les disputer
à son souverain jusqu’à l’exü'émité. Son acharnement ne le sauva pas : les défilés
furent emportés; et lui-même, fait prisonnier avec un grand nombre de ses par-
. tisans, fut mis à mort avec eux.
Dans ce même temps, Tamerlan, de retour des Indes, apprit la mort de Berqouq
avec un si grand plaisir, qu’il fit à celui qui lui en donna la nouvelle un présent
considérable, et marcha de nouveau contre Baghdâd, dont il s’empara. Ahmed, fils
d Aouys, s’enfuit à la cour de Qarâ-Yousef, qui paya cher l’asile qu’il lui donna: ses
états devinrent la proie de Tamerlan ; et contraint de fuir avec son hôte, il vint
avec lui demander un refuge à Farag, qui le lui accorda, et s’attira la colère de
Timur. Timur prit Sébaste, Malade, et menaça d’envahir la Syrie, si on ne lui
remettoit pas ses ennemis accueillis à la cour Égyptienne.
Les Arabes exercent l’hospitalité et en défendent les droits sacrés au péril de leurs
jours : c est la seule bonne qualité qu’on leur connoisse. Farag aima mieux s’exposer
au hasard d une bataille que de livrer les deux réfugiés. Encouragé d’ailleurs par
ses succès sur Tenem, il marcha, et livra à Tamerlan, l’an 803, le combat dans
lequel il fut défait, et qui valut à son ennemi la reddition d’Alep et d’Émesse.
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