
4 y 4 MÉMOIRE S U R LES L A C S ET LES DÉS ERT S
mètres [cinq mille cent trente à cinq mille six cent quarante-trois toises]. Tout cet
espace, qui est le bassin de l’ancien lac, est encore aujourd’hui recouvert en grande
partie de sables mouvans, qui y laissent les mêmes abîmes dont parlent Diodore
et Strabon. On doit à un journal de la marche de M. le général de division Menou
au retour de l’armée de Syrie en Egypte, des détails intéressans sur cette partie de
la côte que ce général suivit d’el-A’rych à Qatyeh (i). En voici la transcription.
I T I N É R A I R E D ’ E L - A ’ R Y C H A Q A T Y E H
P A R L E S B O R D S D E LA M É D I T E R R A N É E ,
Tenu par une Division de l'Armée Française , a son retour de Syrie en Egypte.
« N o u s sommes partis d’el-A’rych à cinq heures de l’après-midi ; et après une demi-heure de marche au
N . O ., nous avons gagné les bords de la mer, que nous avons suivis dans une direction O . ç S. O. pen-
» dant mie heure et demie, avant d’arriver au puits de Meçoudiac, où nous avons fait de l’eau. Nous éiant I
s> remis en marche h huit heures du soir jusqu’à on ze , en suivant la même direction, nous avons fait quatre !
» lieues jusqu’à cette première halte.
» Le lendemain, nous avons repris notre marche à cinq heures du matin : à sept heures, nous fîmes une
» fouille dans le terrain, qui offre une grande végétation ; l’eau trouvée étoit extrêmement saumâtre. Le j
» bord de la mer remonte en cet endroit vers le nord; nous marchions O .^ N . , et nous continuâmes de
» marcher O . N . O . jusqu’à un cap très-bas, nommé Straky sur la carte dé d’A n ville , que nous doublâmes
» à dix heures et demie du matin.
as Depuis notre départ jusqu’à la hauteur de ce cap , nous avons fait neuf lieues ; ce qui se trouve assez I
» d’accord avec la carte. La côte, extrêmement basse, n’a pas plus de cinq à six pieds au-dessus du niveau
» des eaux de la mer; la plage, comme le désert que nous avions à notre gauche, offre une plaine basse. A
» l’approche du cap Straky, nous trouvâmes plusieurs petits lacs : le fond de quelques-uns est couvert I
» d’un beau sel blanc, recouvert de six pouces d’eau. Nous en trouvâmes aussi sans eau, et d’autres qui I
» avoient beaucoup de profondeur, mais tous ayant peu d’étendue. L e reste de la journée nous marchâmes, I
» ayant à notre gauche une suite de lacs semblables, et le désert s’étendant à perte de vue sur une plaine
» immense et très-basse, absolument dépouillée de verdure.
» Après avoir doublé le cap Straky, le bord de la mer reprend une direction O . et O . S. O . , en formant
« une courbure semblable à celle que nous venions de faire en côtoyant la mer depuis el-A ’rych. Cette
« seconde courbure se termine au cap Kas, ainsi nommé sur la carte de d’Anville. C e cap est formé I
» par des dunes très-élevées, reliées à des terres hautes qui prennent de l’intérieur du désert, et qui ter- 1
» minent le lit d’un ancien lac dans lequel il n’y a plus d’eau : ces hauteurs sont couvertes de broussailles ]
» et paraissent susceptibles de culture; plusieurs sentiers qui les traversent, ainsi que les fientes de
» chameaux, de chevaux et de brebis, dont elles sont couvertes, indiquent assez qu’elles sont fréquentées
» par les Arabes. Nous découvrîmes dans un fond sablonneux, au pied et sur le revers des dunes, une
« citerne revêtue en rondines de sapin, qui étoit entièrement comblée ; aux environs on trouve une infi- ,
» nité de débris de poterie de terre , ainsi que quelques vestiges de maçonnerie sur le bord de la mer.
» Nous avions fait alors seize lieues, et nous essayâmes de traverser le désert dans une direction S. 0 . j
» pour arriver à Qatyeh; mais d’autres lits d’anciens lacs extrêmement étendus nous présentèrent tant de
» difficultés pour les chevaux et les chameaux,qui enfbnçoient jusqu’au ventre, que nous fûmes contraints
» de regagner les bords de la mer, séparés de ces marais par une espèce dé digue en sable de cent à
» cent cinquante toises de largeur, et de six pieds de hauteur environ au-dessus de la mer. Nous mar-
(1) Le journal de cette marche est dû à M. Lazousky, relation intéressante, je satisfais aux vues de ce général,
alors chef de brigade dans l’arme du génie, qui fit partie que j’accompagnai souvent dans d’autres reconnoissances
delà division du général Menou dans sa marche d’el- et expéditions militaires, et qui me la remit au Kaire
A’rych à Qatyeh par la côte, du t.cr au 3 messidor an 7 pour lui donner la publicité qu’elle trouve dans ce Me-
[ 19-21 juin 1799 ]- En consignant ici la copie de cette moire.
DE LA B AS S E E G YP T E.
>, châmes encore quatre lieues jusqu’à la halte du soir. Le lendemain, après avoir côtoyé la mer, dont le bord
» suit une ligne presque droite, dans une direction O. S ., et après cinq heures de marche, nous trouvâmes
» une fondation en briques bien maçonnée, ayant la forme d’une maison carrée, traversée intérieurement
„par un mur. Cette ruine, autour de laquelle on voit d’autres vestiges de maçonnerie, est située à I’ex-
» trémité nord d’une hauteur qui ne forme point de cap en mer, et qui termine à l’ouest les grands lits^des
» anciens lacs dont nous venons de parler. En cet endroit, le général de division Menou fit marcher sur
» Qatyeh ; nous avions fait alors depuis el-A’rych vingt-cinq lieues environ sur un sable mouvant, sans
» trouver d’autre eau que celle de la citerne de Meçoudiac.
» Quant à la citerne du cap Kas, il serait intéressant de la curer pour connoître la qualité et la quantité
„ de ses eaux. Elle se trouve située à neuf lieues des ruines en briques dont nous venons de parler, et des
»hauteurs que nous avons traversées pour nous diriger sur Qatyeh, en marchant au sud. Dès que nous
»fûmes sur le sommet de la hauteur, nous découvrîmes les palmiers qui environnent Qatyeh,et> après
» une heure de marche, nous entrâmes dans le chemin qui va de Tyneh à Qatyeh.
» Fait à Qatyeh, le 3 messidor an 7. Z.e chef de brigade du génie, signé L a z o u s k y . »
On voit par ces descriptions que la nature de ces lieux n’a pas éprouvé de chan-
gemens remarquables depuis près de vingt siècles.
7 ? L a C A m e r . Lac des Deux-Mers.
Le lac que l’auteur du Mémoire sur ie canal des Deux-Mers, M. Le Père,
mon frère, dont je fus un des coopérateurs, a désigné sous son ancien nom de
Lac Amer, prend dans ce Mémoire une nouvelle dénomination, celle de Lac des
Deux-Mers, que je lui donne, comme étant parfaitement adaptée à sa nature, à sa
position au centre de l’isthme de Soueys, à l’objet qu’il a rempli dans l’ancienne
communication de la mer des Indes à la mer des Grecs, et à celui qu’il est
naturellement destiné à remplir dans la réouverture de cette communication (i).
8.° B i r k e t Q e r o u n . Lac Mceris.
D e tous les travaux étonnans des Égyptiens, le lac Moeris est celui dont les
anciens historiens nous ont parlé avec le plus d’éloges, avec le plus d’enthousiasme:
mais, quand on connoît le génie des peuples de l’Orient dans tous les temps,
l’esprit et le style de leurs écrivains, on n’est plus étonné de trouver, comme le dit
Strabon en parlant d’Homère, les mythes ou la fable mêlés à leurs écrits ; c’est ainsi
que l’on sera toujours en droit de traiter de fabuleux ce qu’Hérodote a écrit des
merveilles du lac Mceris. C ’est en effet cet historien, le plus ancien de ceux qui
aient écrit avec quelque détail sur l’Égypte, qui, par une tradition erronée ou
une interprétation inexacte de ce qu’il aura appris des prêtres d’Égypte à ce sujet,
est l’auteur des incertitudes et des erreurs dans lesquelles sont restés jusqu’à notre
siècle les écrivains modernes qui se sont occupés de cette question géographique.
Après ce qu’a écrit et publié en Égypte, sur le lac Moeris, M. Jomard, alors capitaine
au corps des ingénieurs-géographes (2), je n’entrerai dans aucune discussion
sur une question qui me semble assez éclaircie et aujourd’hui terminée.
(0 Foyrç le Mémoire de M. Le Père sur le canal des (2) Mémoire sur le lac Mceris, par M. Jomard, An-
Deux-Mers, É. M '. tom. /.", p, 21.. tlquités, tom. I " , pag..ÿÿ+n#.
Ê. M. TOME IL Ooo |