
6 2 0 MÉMO I R E SUR L’A G R I C U L T U R E ,
Les principales de ces caravanes sont celles de Dâriour, de Sennaar, de
Fezzan. Nous allons entrer successivement dans quelques détails relatifs.à chacune
d’elles.
§■ I ."
Caravane de Dârfour.
IM P O R T A T IO N S .
P endant le séjour que je fis à Syout en 1799, la caravane de Dârfour
passa par cette ville, et je reçus de l’un des principaux marchands qui en faisoient
partie, les renseignemens qui suivent.
Cette caravane apporte en Egypte de l’ivoire, du tamarin, des outres de
cuir de chameau, quelques peaux de tigre, de la gomme, &c. ; mais son principal
commerce consiste en esclaves noirs. Ce sont des- enfans des deux sexes,
dont les uns sont dérobés dans les villages du royaume de Dârfour par des
gens qui font métier de ces sortes d’enlèvemensf et dont les autres appartiennent
aux prisonniers de guerre que l’on a réduits en esclavage. Ces enfans se vendent
au Kaire de 4o à 60 piastres d’Espagne.
Les marchands de cette caravane que j’ai interrogés, disent que la »ville de
Dârfour est éloignée de Syout de quarante journées de marche, à travers un
désert où l’on trouve de l’eau de distance en distance.
Ils assurent que l’on cultive le blé dans leur territoire, et qu’il y a des pluies
fréquentes dont les produits sont conservés dans des citernes.
A ces renseignemens je vais en ajouter d'autres beaucoup plus étendus, que
j’ai reçus au Kaire de celui qui est chargé de la vente des esclaves de Dârfour,
en qualité de facteur général des gell&ly, dénomination sous laquelle on désigne
les marchands de cette caravane.
Outre les jeunes esclaves des deux sëxes qu’elle amène en Egypte, elle y
apporte des dents d’éléphant; du tamar Hendy, ou pains'formés de fruits de tamarin
écrasés et séchés ; de la gomme Arabique ; du tcliichm ( 1 ), petite semence noirâtre qui,
réduite en farine, est employée extérieurement dans l’ophtalmie ; des kourbâg,
ou lanières de cuir d’hippopotame, servant de cravaches aux cavaliers; des plumes
d’autruche, des outres faites de cuir de boeuf ou de chameau, du natron et de l’alun.
La ville de Dârfour n’est guère connue jusqu’à présent que’par les relations de
ces marchands. Ils disent, et probablement avec l’exagération qui leur est naturelle,
que cette ville est aussi grande et aussi peuplée que le Kaire. Ils ajoutent que les
habitans d’une grande partie de l’intérieur de l’Afrique viennent y vendre ou
échanger les différentes denrées dont nous venons de faire mention ; mais ce sont
des habitans de cette ville seulement qui en effectuent le transport en Egypte.
Les esclaves, objet le plus important de ce commerce, sont pour la plupart,
comme on l’a déjà dit, des prisonniers faits dans les guerres continuelles qui
( 1 ) Cassia a bsu s , L in . Voye^ la N o t ic e sur les médicamens usuels des É g yp tien s par M . R o u y e r , É. M.
tvtn. 1 " , p . 2 jo .
L I N D U S T R I E ET LE C OMME R C E D E l ’EGYP T E . 6 I
divisent entre elles les nations de I intérieur de l’Afrique voisines de Dârfour :
ce sont quelquefois des familles enlevées en pleine paix des villages qu’elles
habitent. Ces prisonniers, des deux sexes et de tout âge, sont conduits au marché
de Dârfour : le souverain de ce royaume commence par en prélever le cinquième;
un autre cinquième appartient au chef de sa milice : il ne reste à la disposition
des capteurs que les trois derniers cinquièmes.
Les hommes faits sont vendus, à Dârfour, à des particuliers qui les emploient
aux travaux domestiques.
Ceux qui sont échus dans le partage du roi, sont envoyés en un lieu de 1 intérieur de 1 Afrique, appelé Karaktyn Dâr el-Sayd, situé à vingt journées de
chemin de Dârfour. C ’est une espèce de colonie : 011 les y marie à des femmes
esclaves. Le dixième de leurs enfans, et le dixième du produit de leurs récoltes,
qui consistent en millet, et en dourah, appartiennent au souverain, qui envoie
tous les ans un de ses capitaines pour lever ce tribut (1).
Suivant les rapports des gellâby, on ne se sert pas de monnoie métallique
à Dârfour; la valeur des objets importans dont on traite, est stipulée en esclaves;
et la valeur ordinaire d’un esclave est représentée par quatre ou cinq pièces de
toile de lin de Syout, ou de toile de coton de Mehallet el-Kebyr.
Comme le chemin de Dârfour en Egypte se fait à travers un désert où l’eau
est excessivement rare, la caravane qui vient au Kaire chaque année, se partage
en deux corps, qui se mettent en route à quelques jours d’intervalle l’un de
l’autre : ainsi les puits qui se trouvent épuisés immédiatement après le passage
du premier corps, peuvent se remplir de nouveau pendant le temps qui s’écoule
jusqu’au, passage du second.
Chacune de ces caravanes est composée d’environ cinq mille chameaux. Elles
mettent ordinairement de quarante à cinquante jours pour arriver à Syout : elles
s’arrêtent dans le désert par-tout où elles trouvent de l’eau ; mais ces points sont
ordinairement éloignés entre eux de quatre' ou cinq jours de marche, quelquefois
même de dix. Quand ces caravanes sont obligées de s’arrêter dans des endroits
où il n’y a pas de puits; elles s’abreuvent avec la provision d’eau dont les chameaux
sont chargés.
Ce transport d’eau pour l’approvisionnement journalier d’une caravane emploie
le tiers du nombre total'des chameaux dont elle est composée ; un quart
de ce nombre total transporte les autres provisions de bouche ; un huitième
seulement sert au transport des marchandises proprement dites ; le reste est
réservé pour porter les malades, la charge des chameaux blessés, et celle des
chameaux qui meurent en route.
La caravane de Dârfour s’arrêtoit dans le désert en un lieu appelé Beyrys;
c’est un village considérable, situé à douze journées de marche de la ville de
Syout : elle étoit obligée d y attendre le kàchef envoyé par les beys pour la
1 ) U n fils du roi d e D â r fo u r v in t au K a ir e , il y a lu i 12,000 hommes et 24,000 ch am eau x , d ont une g rand e
environ v in g t-c in q ans ( c e c i é to it é cr it en 18 0 0 ) ; il partie* resta dans le S a ’yd .
a v o it , disen t les marchands d e l à c a ra v a n e , amené av e c
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