
traires dont il auroit pu être grevé par les commandans des provinces, ou les
autres agens d’un pouvoir absolu. Il n’en étoit pas ainsi des propres sujets du
gouvernement Ottoman : leur commerce n’avoit aucun protecteur dans leurs
ports; il supportoit par cela seul toutes les redevances qu’il plaisoit à l’autorité de
lui faire subir, et ces redevances imposées par le caprice n’avoient de bornes
que celles de l’avidité des exacteurs. Voilà comment, malgré tous les avantages
de position que les îles de la Grèce et toutes les côtes de la Turquie devoient
à la nature, presque tout le commerce maritime de ces contrées étoit fait par
des nations étrangères.
Il n en faut pas conclure cependant qu il n existoit point de relations commerciales
directes entre l’Égypte et les autres possessions du grand seigneur. Ces
relations étoient assez multipliées pour qu’il nous eût été facile de recueillir à
leur sujet des renseignemens étendus : mais, comptant sur cette facilité, nous ne
nous sommes pas assez hâtes de les prendre ; et plus tard les événemens militaires
qui précédèrent 1 évacuation de 1 Egypte, ne nous permirent point de continuer
le travail que nous avions entrepris.
§. I ."
Commerce de l ’Egypte avec Venise et Trieste.
I M P O R T A T I O N S .
L e commerce de Venise avec l’Egypte remonte aux premiers siècles de la fondation
de cette république. Ce fut long-temps par la voie de ce commerce que
les autres nations de l’Europe reçurent les marchandises de l’Orient. Depuis que le
port de Trieste est devenu lui-même un entrepôt, et que les Vénitiens ont cessé
d’exercer le droit de souveraineté sur le golfe Adriatique, les places de Trieste
et de Venise partagent entre elles un commerce d’importation et d’exportation
qui a pour objet les mêmes matières.
Les chargemens des vaisseaux qui se rendent de Venise à Alexandrie, sont
ordinairement divisés entre le capitaine, qui est propriétaire d’une portion du
vaisseau, et les armateurs, qui faisoient toujours en sorte d’en posséder la
plus grande partie. Il y avoit en outre, sur le bâtiment, des particuliers appelés
bazariotti ou petits marchands, qui servoient comme matelots, et qui embar-
quoient, à ce titre, des pacotilles plus ou moins considérables.
On étoit déterminé par plusieurs raisons à embarquer ces bazariotti: d’abord,
parce qu ils faisoient le service de matelots pendant la traversée ; en second lieu,
parce que le prix du fret de Venise à Alexandrie étoit peu élevé; troisièmement
enfin, parce qu ils étoient obligés de charger sur le même navire les marchandises
qu’ils achetoient en retour de leurs pacotilles, et qu’ils en payoient
le fret beaucoup plus cher.
Les marchandises qui appartenoient au capitaine et aux armateurs , étoient
déposées à Alexandrie dans les magasins des commissionnaires, ou expédiées de
suite pour le Kaire aux négocians à l’adresse desquels le navire étoit arrivé.
Les pacotilles des bazariotti étoient ordinairement vendues sur le bord, avant
d’être mises à terre.
Il vient de Venise en Egypte des draps légers imitant ceux de France.; des
draps rouges très-épais, appelés saies; des satins unis et brochés de plusieurs qualités,
des velours unis et à fleurs, du papier blanc pour l’écriture , du papier gris
à enveloppes; enfin des grains de verroterie de différentes formes et de différentes
couleurs pour faire des colliers, des bracelets de femme, &c.
On expédie de plus par les ports de Venise et de Trieste pour Alexandrie
les objets suivans, qui viennent d’Allemagne : du laiton, du fer-blanc, de l’acier,
du cuivre en feuille, des miroirs, des clous de différentes dimensions, des
limes, du fil de cuivre doré ou argenté, des aiguilles, des hameçons, diverses
quincailleries, du mercure, du cinabre, du minium, de l’arsenic, des draps de
Leipsick, enfin une certaine quantité de spica celtica.
Depuis que la guerre avoit fermé à notre commerce la plupart des ports du
Levant, on apportoit annuellement de Venise en Egypte deux cents balles de
drap, façon de France, tandis qu’autrefois cette importation n’étoit que de vingt
ou trente balles seulement. Chaque balle contient douze pièces de trente ou
trente-cinqpyk (i) de longueur, et de deuxpyk de largeur. C e drap se vendoit de
18o à 200 parats le pyk. Le plus estimé valoit 4 pataquès.
Il venoit des saies de Venise, de cinq ou six qualités différentes : ces saies
étoient teintes en rouge plus ou moins v if ; l’importation annuelle s’en élevoit à
quatre cents pièces environ, de cinquante pyk de long chacune, et d’un peu plus
de deux pyk de large : le pyk de cette étoffe se vendoit jusqu’à 8 piastres d’Espagne
sous le gouvernement des Mamlouks, qui en faisoient une grande consommation
; il ne valoit plus que 4 ou 5 pataquès de 90 médins pendant le séjour
des Français en Egypte.
On y importoit, année commune, cent pièces de satin de Venise, de première
qualité, et du prix de 130 médins le pyk; quarante ou cinquante pièces
de deuxième qualité, de 80 à 90 parats le pyk; enfin cent pièces de troisième
qualité, dont le pyk se vendoit 75 parats. La longueur de la pièce est de quatre-
vingts à cent brasses de Venise, de om,63 36 l’une : les couleurs les plus recherchées
sont le rouge, le vert et le bleu.
Il venoit environ quarante pièces de satin broché , du prix de 100 à 120
parats le pyk ; elles ont la même longueur que les pièces de satin uni. II faut
ajouter à ces articles quatre ou cinq cents pièces d’étoffés brochées en or et
argent, qui étoient employées en habits de femme et en ameublemens, et qui se
vendoient communément à raison de 6 pataquès la mesure ; de plus, quarante ou
(1) Il convient de rappeler ici que l’on emploie dans toiles de lin et de coton fabriquées dans le pays: le second,
les bazars du Kaire deux pyk différens : le premier, de de om,6yy, est le pyk stambouly ou de Consiantinople; il
om,5775 de longueur,est le pykbeledy; il sert à mesurer les sert à mesurer les étoffes de soie et les draps d’Europe.