
^ O O O B S E R V A T I O N S S U R LA T O P O G R A P H I E
Ceux qui ont traité vont faire dans la montagne des marchés particuliers, sur lesquels
ils font des bénéfices ; la charge entière se paye huit pataquès ou vingt-cimj
pârats, avec une portion de café.
Outre ces bénéfices, les Arabes de T o r avoient les; caravanes de la Mecque,
auxquelles ils fournissoiènt quatre-vingts chameaux pour aller du Kaire à Ageroiuf
Ils recevoient des beys Vingt-quatre mille pârats ou huit cents francs, un quintal
de café, douze ardeb de blé et trois habillemens.
N O U R R I T U R E .
La nourriture des Arabes, consiste en quelques oignons, et en rouga ou foutyr,
espèce de galette composée de farine pétrie dans 1 eau sans levain et sans sel,
qu’ils font deux fois par jour. Les gens aisés y ajoutent des fèves ou lentilles cuites
avec des oignons et un peu d’huile : les pauvres ne mangent que le 'rouga.
Les Arabes de T o r ne tuent de chèvre que les jours de fête et lorsqu ils reçoivent
des étrangers ; alors ils mangent du riz, et des dattes s’ils en récoltent.
Dans toutes les tribus, excepté celle des Mezeyn, nous avons .ete traites de la I
manière {suivante. m fe
On étend sur le devant de la tente un morceau de tapis ou quelques peaux de
chèvre : les cheykhs s’y placent d’abord ; puis les anciens ( i ) , par'rang d âge : tous
les habitans de la tribu forment un grand rond en dehors (le feu au milieu). Quand j
nous arrivions les derniers, la tribu entière se levoit ; on nous plaçoit a' cote du
cheykh. On donne ensuite à laver, en versant de 1 eau sur les mains de chacun ; on
fait tiédir l’eau, si le.temps est froid : on sert le cafe ; puis on apporte devant les
étrangers et les anciens un large plat de bois rempli de dattes : ce plat passe successivement
dans plusieurs points du grand rond, pour que chacun puisse en prendre. I
Le cheykh de la tribu reste debout auprès de l’espèce de cloison'qui forme la séparation
des femmes, auxquelles il passe le plat après- avoir mangé.
On donne à laver une seconde fois; puis les femmes remettent au cheykh,
qui le transmet à chacun, en commençant par les plus âgés, un morceau de chèvre
bouillie dans l’eau sans sel, sur un morceau de galette ; ensuite il en donne un aux
jeunes gens et aux enfans. Par distinction, on nous envpyoit dans un plat de bols
plusieurs morceaux de chèvre ensemble,- avec autant de morceaux de galette.
Le cheykh, à qui les restes sont renvoyés, les remet aux femmes, après avoir
mangé lui-même. Pendant tout le temps du repas, il est debout pour communiquer
avec- les femmes et servir l’assemblée.
On donne à laver une troisième fois, en faisant passer un morceau de savon.
Dans les intervalles on prend du café. Arrive enfin du riz cuit avec de la farine, des
morceaux de galette, un peu d’huile et quelques oignons ; le tout est servi dans un
grand plat de bois, porté par deux personnes sur un morceau de tapis ou bien une
tunique : on le place devant les premiers de l’assemblée; on mange cette espèce de
pâtée, comme tout le reste, avec les mains; on passe le plat successivement autour
du cercle. Les,enfans qui n’ont pu y trouver place, et qui sont debout deriiere,
(i) Les pauvres qui sont âgés, prennent leur place d’anciennete.
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en reçoivent une portion daiis la main ; le plat revient devant le cheykh, qui le
passe .delà meme maniéré aux femmes. Aucun de ces convives n’est invité : celui
q u i a. faim mange; il s’en retourne aussitôt qu’il est rassasié. Les anciens* seuls
parlent et.interrogent; ce qui n’arrive que rarement aux jeunes gens, et jamais aux
‘ enfans. Dans toutes les tribus, on paroissôit nous savoir gré de vivre et de manger
àleurmanière, sans autre distinction que les premières places, à l’entrée de la tente,
où nous, étions assis sur la peau de chèvre ou morceau d’étofïe.
D A N S E .
Les Arabes^dans les jours de fête, ne se livrent pas à une gaieté plus bruyante
qu a l’ordinaire. Les jeunes gens seulement, avec un sabre ou poignard à la main, font
dèsiriouvemens, des gestes , qui imitent grossièrement un combat. La-danse des
femmes ne'ressemble en rien à celle des a.lineh d’Égypte : elle ne s’exécute que la
nuit. | .# -
Plusieurs hommes se placent en demi-cercle dans la vallée, en se tenant par la
main et en se balançant. Ils chantent quelques phrases qui sont analogues à la circonstance.
(0, et qu’ils accompagnent de temps en temps de battemens demains.
Pendant le chant, deux femmes arrivent, chacune d’un côté du demi-cercle; elles
étendent les bras, passent un pied alternativement devant l’autre, font quelques
révérences, et avancent en se balançant jusqu’au milieu du demi-cercle: à chaque
révérence, les chanteurs s’inclinent. Elles s’en retournent en faisant les mêmes
mouvemens; deux autres les remplacent: à la dernière révérence, les hommes
s’accroupissent en faisant le cri du gosier qui sert à faire coucher les chameaux.
Un de nos cheykhs, appelé Krebezât, étoit dans le cercle ; on a chanté pourlui :
Krebezât charge bien ses chameaux.
Nous avons envoyé aux femmes quelques pièces d’or avec du café, et l’on a chanté :
Les Français nous ont donné du café avec du sucre dans de belles tasses.
t , U S A G E S .
Lorsqu’un cheykh meurt, il est remplacé par son fils, si ce dernier est brave, s’il
parle bien et s’il a sa tente ouverte à tout le monde : dans le cas où le cheykh n’a pas
de fils, on nomme son plus proche parent, ou celui qui remplit ces conditions; on
s assemble, et il est reconnu sans réclamation.
Les fonctions du cheykh ont quelque ressemblance avec celles de nos juges
de paix. Dans les contestations, on vient le trouver : les parties, ainsi que les
témoins, lui remettent leurs poignards ; il les pique en terre devant lui. Lorsqu’il
leur parle, il tient à la main plusieurs poignards qu’il balance. Souvent tous ou
(0 Voici quelques-unes de ces phrases : « Nous remer-
»cions Dieu et le Prophète de ce que nos hommes sont
» arrivés.
“Jou te la tribu est contente, Mousâlem ( nom du
»cheykh) est arrivé avec sa compagnie.
»Mousâlem laisse sa tente ouverte à tout le monde.
» Ceux qui ont chassé les Mamlouks, ont écrit à
» Mousâlem de venir.
» Nous prions Dieu et le Prophète que ceux qui conv
» mandent en Egypte, y restent toujours.
» Nous attendions que Mousâlem fut arrivé pour cou-
o per la tête au mouton. «