
à la placer au lieu nommé aujourd’hui Abou-Keycheyd. Cette position cadre parfaitement
avec les distances données par l’Itinéraire d’Antonin, et il me semble que
mettre, comme quelques personnes l’ont fait, cette ancienne ville près de Soueys à
cause de la latitude qui lui est assignée par Ptolémée, passer sous silence la position
plus méridionale dé 4o minutes que ce géographe donne à Arsinoé, et placer celle-
ci, de même <\\i Heroopolis, dans le voisinage de Soueys, il me semble, dis-je, que
cest là s appuyer d une maniéré bien peu rigoureuse du témoignage des anciens.
Nous avons fait voir précédemment que la position A'Heroopolis comparée
à celle d’Arsinoé, d’après Ptolémée, s’accordoit très-bien avec celles d’Abou-
Keycheyd et de Soueys.
D un autre côté, si Ptolémée, dans un endroit de son ouvrage, semble donner
les memes latitudes et longitudes à Heroopolis et à l’extrémité de la mer Rouge,
il ne faut pas passer sous silence le passage où ce géographe place Heroopolis
plus à 1 ouest de 20 à 30 minutes, et plus au nord de 10 minutes : non qu’Abou-
Keycheyd soit à cette distance de l’ancienne extrémité du golfe ; mais l’essentiel
est de savoir que ces deux points ne coïncidoient pas, et qu'Heroopolis étoit au
nord-ouest de 1 extrémité du golfe. On ne doit pas s’attendre à une plus grande
rigueur dans le livre en question, où Ptolémée s’est borné souvent à fixer approximativement
les latitudes et les longitudes, d’après les mesures déjà peu exactes
que lui donnoient quelques itinéraires.
Nous pensons donc que ce géographe ne cite la ville A’Heroopolis, en parlant
de 1 extrémité du golfe, que pour distinguer celui-ci du golfe Élanitique, et qu’en
cet endroit c est la latitude et la longitude de l’extrémité nord de la mer Rouge
qu il prétend donner, et non celles A’Heroopolis, qu’il rapporte dans la suite de
son ouvrage, et quil place dans le nord-ouest, comme nous venons de le dire.
On pourroit peut-être encore supposer, d’après les passages cités, quHeroopolis,
bien que située vers les ruines d’Abou-Keycheyd, avoit quelque établissement sur le
bord de la mer (1) ; mais, dans tous les cas, le témoignage de Ptolémée ne peut
être invoqué pour placer sur le rivage la ville elle-même.
Nous avons déjà dit ailleurs que les Septante mettoient Heroopolis dans la
valiee de Gessen ou de Saba h-byâr sur la route de Memphis à Gaza : ce seroit en
vain que, pour détruire ce témoignage, on accuseroit les Septante d’avoir pris
le verbe Hébreu El "lin [horoth ] , qui signifie annoncer, pour un nom de ville ;
cette objection n’est rien moins que concluante dans la question dont il s’agit.
Nous dirons d'abord qu’il est difficile de concevoir qu’une faute tellement
grave, que le moindre écolier ne la feroit point, ait été commise par soixante-dix
rabbins profondément versés dans la connoissance des langues Hébraïque et
Grecque, et que Ion doit plutôt croire que ces savans interprètes n’auront pas
mal traduit ici un mot de leur langue, mais qu’ils auront ajouté quelque chose
au texte Hébreu, pour en rendre l’interprétation plus claire, ou en développer
le sens, comme cela leur est arrivé en d’autres endroits. Que l’on compare le
(1) C e lont ces établissemens q u i, en s'augmentant,
donnèrent peut-être naissance à la ville de Cleopatris
dont parle Strabon, ou au port Daneon de Pline. Voyez
la note i de la page 728.
SU R LES A N C I ENNES LIMITES DE LA MER ROUGE. 7 3 t
texte Hébreu du verset en question avec la version Grecque, on verra que les
Septante n’ont point voulu traduire littéralement ce passage, mais l’expliquer. -
Ainsi, par exemple, le mot de Gessen, deux fois répété dans l’hébreu, ne se trouve
pas dans le grec; où on lit ceux d'Heroopolis et de Ramesses, qui ne sont point
dans l’original : cette différence et d’autres encore ne peuvent être dues à la faute
qu’on impute aux Septante. Au surplus, que ceux-ci aient agi d’après le motif
que nous leur supposons, ou qu’ils n’aient pas compris le mot horoth, il n’en est
pas moins vrai qu’ils n’auroient pas parlé en cet endroit d'Heroopolis, si cette
ville eût été, de leur temps, près de l’emplacement actuel de Soueys, et non dans
la vallée de Gessen ou de Saba’h-byâr. La même observation s’applique à l’historien
Josèphe, qui place aussi la ville d’Heroopolis sur la route de Memphis à Gaza.
Rappelons-nous encore que lorsque les Hébreux quittèrent l’Egypte pour se retirer
dans les déserts de Sinaï, ils suivirent le rivage occidental de la mer Rouge;
depuis la terre de Gessen jusqu’au lieu où ils traversèrent la mer. Voici ce qu’on
lit dans l'Exode, chapitre x iii :
V. 17. a O r, Pharaon ayant fait sortir de ses terres le peuple d’Israël, le Sei-
» gneur ne les conduisit point par le chemin du pays des Philistins, qui est
» voisin, de peur qu’ils ne vinssent à se repentir d’être ainsi sortis, s’ils voyoient
» s’élever des guerres contre eux, et qu’ils ne retournassent en Egypte.
y . 18. » Mais il leur fit faire un long circuit par le chemin du. désert qui est
» près de la rtier Rouge. »
Comment pourroit-on expliquer ce passage, si le golfe Arabique eût eu alors
les mêmes limites qu’aujourd’hui !
Quant aux 900 stades donnés par Strabon à la largeur de l’isthme, depuis
Péluse jusqu’au golfe Arabique vers Heroopolis, on les retrouve facilement, si
l’on admet, ce qui est très-probable, que les renseignemens recueillis en Egypte
dans l’antiquité, par les voyageurs étrangers, sur les distances qui existoient entre
divers lieux, leur ont été donnés le plus souvent en stades Égyptiens de 100 mètres
de longueur. N’oublions pas d’ailleurs qulHeroopolis étoit à quelque distance de
la mer Rouge ; cette ville et Péluse étoient, sur les deux mers, les places de commerce
les plus rapprochées ; c’est entre elles que se faisoit l’échange des marchan-»
dises de l’Europe et de l’Inde : il étoit donc naturel que Strabon, en parlant de la
largeur de l’isthme, donnât la longueur de la route que l’on suivoit pour se
rendre de Péluse au golfe Arabique, en passant par Heroopolis. Or on trouve environ
700 stades de Péluse à Abou-Keycheyd, et 200 stades de ce lieu au Serapeum.
Ces diverses considérations expliquent d’une manière bien simple pourquoi
Heroopolis, dans les écrits des anciens, est toujours censée le point où se termi-
noit, vers l’Egypte, le golfe Arabique, bien que cette ville ne fût pas immédiatement
sur ses bords (1). Ne voyons-nous pas de nos jours nombre de villes situées
(1) II est nécessaire, en consultant la carte des ingé- elles ont été tracées approximativement, attendu que
nieurs de l’armée d’Orient, de savoir que les limites l’on n’a point fait d’autre nivellement que celui indiqué
données au bassin de l’ isthme ne sont’ exactes que sur la carte , ni relevé la ligne des laisses que la mer a
dans les points où la ligne d’opération du nivellement déposées autrefois,
a coupé les contours du bassin, et que par-tout ailleurs
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