
l’empreinte d’un ouvrage G re c , et leur époque est probablement celle des rois
Ptolémées : le travail est un peu inégal, mais en "général d’une bonne exécution ■
quant aux chapiteaux, ils sont faits de pierre numismale, et bien travaillés, malgré
la difficulté que ce genre de pierre oppose à l’outil.
A u rapport du voyageur que j’ai cité précédemment, il y avoit autour de toutes
ces constructions une grande et forte muraille crénelée. Je n’ai point vu de pareille
muraille ; mais, à l’est de l’arc et dans la direction de la grande rue transversale,
on trouve une vaste construction rectangulaire, entourée d’un mur épais,
longue en dedans de i 3”,7 sur y ” 9 , et aujourd’hui découverte. Le mur du nord se
prolonge exactement sur la rangée extrême de la colonnade de granit. Les murs
sont en briques cuites, séparées par une épaisse couche de mortier dur qui est
parfaitement conservé ; les paremens sont réguliers et très-bien faits (1 ). De pareilles
murailles en briques subsistent dans la grande rue transversale, entre les bains et
la porte de l’est ; on en voit d’analogues à Alexandrie et en d’autres endroits. Il
seroit possible que cette enceinte eût servi de citerne; mais je ne puis en apporter
ni preuve ni indice, les décombres m’ayant empêché d’examiner si l’intérieur renferme
quelque bassin. Il y a lieu de croire que de l’autre côté de la rue il y avoit
une construction pareille.
C est à peu de distance de l’arc de triomphe, et auprès du carrefour, que nous
avons trouvé le torse d’une statue en marbre blanc, d’un excellent travail, et qui
est le reste d’une figure d’Antinoüs; j’en parlerai ci-dessous, au S. vm,
§. V I .
C o lo n n e s d é d ié e s à l ’E m p e r e u r A l e x a n d r e - S é v è r e .
Il n ’y a aucun doute que, dans le plan primitif d’Antinoé, l’on n’ait tracé ces
grandes rues longitudinales qui divisent la ville en grands quartiers, et qui sont
ornées de colonnes d’un bout à l’autre. Cependant il paroît que dans la suite on
ajouta dans ces mêmes rues différens monumens. De ce nombre sont les colonnes
triomphales dédiées à Alexandre-Sévère. Deux quadrivium ou carrefours ont été
décorés avec ces colonnes : du moins tout annonce que les piédestaux qui subsistent
dans celui qui est en vue de l’arc de triomphe et du portique' du théâtre, suppor-
toient des colonnes pareilles à celles qui se trouvent au carrefour le plus septentrional;
peut-être étaient-elles consacrées à Adrien, comme celles-ci le furent plus
tard à l’empereur Alexandre-Sévère. La direction des faces de ces piédestaux est
vers le centre du quadrivium, et les angles intérieurs sont dans les directions des
grandes colonnades (2). Comme il ne reste que les piédestaux des colonnes qui
étoient au carrefour de la rue de l’arc de triomphe, on ne pourroit faire à leur
sujet que des conjectures plus ou moins probables : je ne m’occuperai donc que
de celles du carrefour du nord.
Dans le §. m , on a marqué la distance des colonnes d’Alexandre-Sévère, par
(r) Voyez pl. 58, fig. i , e n e , et pl. Co ,fig. //, (2) Voyez pl. 53, et pl. 60, fig. 18.
rapport aux autres points des ruines d’Anttnoé; il reste à décrire l’état actuel de
ces monumens, qui diffère peu de leur état primitif J’ai dit nionuniens; Car ces
grandes colonnes isolées, hautes de près de dix huit mètres (if, peuvent passer
pour monumentales. Leurs piédestaux élevés, leurs doubles socles, le large embasement
du socle inférieur qui a près de .3'" 4- de côté (2) , contribuent à leur
donner un aspect très-imposant. Quatre colonnes de cette espèce, couronnées par
des colosses, distantes de plus de dix-sept mètres (3), et dominant sur les édifices
du voisinage, devoient produire un grand effet. On ne peut douter de l’existence
de ces statues colossales, en considérant fe dé élevé qui pose sur le chapiteau, et
la rainure carrée qui se voit au-dessus du même dé.
Des quatre colonnes qui ornoient la place, deux sont renversées à terre, et
semblent tombées tout d’une pièce; les tambours sont encore juxtaf-posés.. Il
reste de la troisième tout le piédestal et fa base du fût. Enfin la quatrième est
intacte, ou peu s’en faut; c’est celle qui est à l’est par rapport au centre du quadrivium
[4)- Il ne manque rien à celle-ci, que la statue de l’empereur : probablement
elle étoit en matière dure et précieuse, et elle a été emportée; je n’en ai
point vu de débris à terre. Or le sol est peu encombré aux environs, et au pied
des colonnes il ne l’est pas du tout ; il n’y a sur le pavé de la rue qu’une légère
couche de sable.
La hauteur totale du monument, compris le socle inférieur et le dé qui surmonte
le chapiteau, est de 17",843; cefle du chapiteau est de 1 ”,53 ; celle du
fût, compris 1 astragale, est de 10”,08 : ce fût est composé de cinq morceaux ou
tambours, sans compter les socles sur lesquels il repose; le dé supérieur est élevé
deom,99; le diamètre inférieur de la colonne a i ”,2 J (y); le piédestal a une hauteur
de 3”,4o avec son socle.
Les pierres qui composent ces colonnes, sont toutes numismales; ce qui n’empêche
pas que l’exécution de là sculpture ne soit trè s-belle , particulièrement
dans le chapiteau à feuilles d’acanthe et dans l’ornement à feuilles d’olivier qui
occupe la partie inférieure du fût, ornement qui, au reste, n’est pas d’un goût
pur. Ce n’est pas la seule particularité que présente la décoration de ces colonnes ;
les profils du piédestal (6) sont d’une forme qui ne se rencontre nulle part. Ce qui
n’est pas moins singulier, e ’est la forme octogone du socle, immédiatement placé
sous la base de la colonne. Quoique tout fe monument soit de l’ordre Corinthien,
le fût n’a point la proportion ordinaire aux colonnes de cet ordre; il est beaucoup
plus court.
Sur la face du piédestal tournée vers le centre du carrefour, on a tracé une
inscription Grecque, composée de quatorze lignes. Il paroît que cette inscription
étoit placée sur les quatre colonnes; car on la voit encore aujourd’hui répétée sur
les deux piédestaux subsistans. Cette inscription a été gravée avec beaucoup de
soin dans les planches, et je dois y renvoyer. Ce n’est pas non plus ici Je lieu de
(?.) Cinquante-cinq pieds environ. , , (5) Cette, mesure est prise au-dessus du feuillage q.ui
(2) Environ onze pieds. occupe le bas du fut ; elle a été omise dans la gràyureJ*
(3) Près d cinquante-trois pieds. pl. 60 ^ fig. 1.
(<$ Voyez pl.f-pijîg. r. (6) Voyez p/. do.fg. S .S t t) .