
A r t i c l e II.
Description de Chemmis ou Panopolis, d’après les anciens Auteurs.
En recherchant ce qu’étoientle premier et le second temples, nous recueillerons
beaucoup de notions intéressantes sur la ville antique, son culte particulier, ses
usages, &c. «L ’éloignement pour les coutumes étrangères, dit Hérodote,liv. n , se
» remarque dans toute l’Égypte, excepté à Chemmis, ville considérable de laThéhaïde,
» près de Neapolis, où l’on voit un temple de Persée, fils de Danaé [a ] (i). Ce
» temple est défiguré carrée, et environné de palmiers : le vestibule est vaste et bâti
» de pierres ; et sur le haut on remarque deux grandes statues (2), aussi de pierre.
» Dans l ’enceinte sacrée (3) est le temple, où l’on voit une statue de Persée.l
» Les Chemmites disent que ce héros apparoît souvent dans le pays et dans le I
» temple ; qu’on trouve quelquefois une de ses sandales, qui a deux coudées del
» long [b ], et quaprès quelle a paru, la fertilité et l’abondance régnent dansI
” toute l’Egypte [c ], Ils célèbrent en son honneur, et à la manière des Grecs,I
M des jeux gymniques, qui, de tous les jeux, sont les plus excellens : les prix qu’onl
y propose sont du bétail, des manteaux et des peaux [ d j.
» Je leur demandai un jour pourquoi ils étoient les seuls à qui Persée eût cou l
» tume d’apparoître, et pourquoi ils se distinguoient du reste des Égyptiens parlai
:» célébration des jeux gymniques. Us me répondirent que Persée étoit originaire!
» de leur ville, et que Danaiis et Lyncée, qui firent voile en Grèce, étoient nésl
» à Chemmis [e ]; ils me firent ensuite la généalogie de Danaüs et de Lyricée, en
» descendant jusqua Persee [ f ] . Ils ajoutèrent que celui-ci étant venu en É g yptel
« pour enlever de Libye, comme le disent aussi les Grecs, la tête de la Gor l
» gone [ g ] , il passa par leur ville [ h ] , où il reconnut tous ses parens ; q u e ,l
lorsqu il arriva en Egypte, il savoit déjà le nom de Chemmis par sa mère ; enfin,!
y> que c etoit par son ordre qu’ils célébroient les jeux gymniques en son honneur....
» Les filles de Danaüs apportèrent d’Égypte les mystères de Cérès, que lesiGrecsI
» appellent Thesmophorics [ iJ . »
Comment Herodote, qui paroit avoir visité Cliemmis dans son voyage à Thèbes.l
puisqu’il décrit si bien le second temple, celui de Persée, et qu’il questionna les habi-l
tans, ne parle-t-il pas du premier ! Je suis obligé, dans la pénurie de renseignememl
où je me trouve sur ces deux temples, de tirer du silence de cet historien les!
inductions suivantes : 1 que le temple de Persée étoit le plus remarquable de lal
ville par son étendue, par sa beauté, et par cette particularité qu’il avoit été élevé!
en Egypte a un simple héros venu de la Grèce, quoique d’origine Égyptienne;!
ces conditio^ paraissent appartenir particulièrement à nos secondes ruines, quiI
sont plus vastes, dont les-matériaux sont plus forts et le plan mieux conservé:!
(i) Voyez les éclaircissemens à la suite de cette Notice, ordinairement construite en briqués crues, avec de grando H
et de meme pour les lettres bkh. portes en pierre de taille richementsculptées. Voyiz, d iJ '
(a) Voyez pour ces colosses la note [b], la Description des ruines à'Eleth/m, quelques noii«
(3) C est 1 enceinte générale des édifices religieux, la- générales sur les différent systèmes d’enceinte des an-'
quelle rçnfermoit le temple proprement dit : elle étoit ciens Égyptiens.
2.° que, si le premier temple étoit dédié au Soleil sous le nom d Osiris OU sous tout
autre, si ce culte étoit obligé, en quelque sorte, et répandu dans toutes les villes
d’Égypte, si d’ailleurs l’édifice étoit très-ancien, plus petit que le précédent et
d’une beauté ordinaire, ce monument n’avoit pas été jugé digne d’une mention
expresse par Hérodote, qui en avoit vu ailleurs, et sur-tout à Thèbes, de si prodigieux,
toujours consacrés à la même divinité primitive, le Soleil. Ces considérations
semblent s’appliquer préférablement aux premières ruines, qui sont moins
étendues, composées de moins gros blocs, plus détruites, et qui nous présentent
encore des vestiges qu’on peut avec probabilité regarder comme, ayant appartenu
à un bas-relief analogue aux zodiaques qu’on voit dans quelques-uns des temples
élevés au Soleil, sous quelque nom, emblème ou allégorie qu’il fût adoré. Or
Diodore de Sicile nous apprend (1) qu ’Osiris a été nommé Sérapis, DionysiuS
et Pan. On sait que Sérapis étoit le même qu’Osiris, ou le Soleil inférieur, c’est-
à-dire , au solstice d’hiver. Plutarque assure qu’Isis et Osiris étoient aussi les
mêmes que Cérès et Bacchus (2) ou Dionysius, et les Dionysiaques Grecques
les mêmes encore que les Pamylies Égyptiennes (3). On reconnoît la filiation de
toutes ces idées mythologiques ou religieuses entre les Égyptiens et les Grecs,
dans les récits des expéditions d’Osiris, Bacchus et Pan en Orient. Je pense
donc que le premier temple étoit consacré à cette dernière divinité, dont il a été
tant parlé à l’occasion de Chemmis, et qui donna son nom à cette ville.
Suivant Diodore (4), “ Osiris ayant assemblé une grande armée, dans le dessein
» de parcourir la terre pour y porter toutes ses découvertes, et sur-tout l’usage
» du blé et du vin prit encore avec lui Pan, fort respecté dans le pays; car
» non-seulement les Égyptiens placèrent depuis sa statue dans tous leurs temples,
y> mais encore ils bâtirent dans la Thébaïde une ville qu’ils appelèrent Chemmis ou
» Chemmo (5), qui, dans le langage Égyptien, signifie ville de Pan 16).»
« Les Pans et les Satyres qui habitent auprès de Chemmis, dit Plutarque, furent
» instruits les premiers de cet événement (la mort d’Osiris), et en répandirent
» la nouvelle. De là les frayeurs soudaines qui saisissent une multitude, ont été
» appelées terreurs paniques. »
Continuons d’examiner la nature du dieu Pan, en ce qui concerne son analogie
avec le Soleil ou Osiris, et tend à prouver que le premier temple lui étoit
consacré (7). « Parmi les Grecs, dit Hérodote (8), on regarde Hercule, Bacchus
(1) Bibl. hist. lib. I , sect. i.
(2) Hérodote est d’accord avec Plutarque sur l’identité
d’Osiris et de Bacchus.
(3) tc Les Pamylies ressemblent à nos Phallophories »
[processions du phallus]. (Plut.) Les Pamylies, suivant
Jablonski, étoient des fêtes en l’honneur d'Osiris ou du
Soleil.
(4) Bibl. hist. lib. I , sect. r.
(5) Ce nôm a beaucoup d’analogie avec Chem-no ou
Cham-no, ville, pays de Chain, fils de Noé, qui s’établit
en Egypte, et y fut, dit-on, adoré sous le nom d’Ammon
(Jupiter), ou le soleil au signe du belier.
(6) Chemmis paroit être une terminaison Grecque
A. D.
ajoutée au nom Égyptien Chemmo. C ’est la même ville
que Strabon nomme Panopolis, d’après ce que vient de
dire Diodore; et l’on voit facilement comment les Grecs,
qui, dans leur langue, appeloient . l é dieu dont il
s’agit, ont donné à la villè une (dénomination entièrement
Grecque dans le mot Panopolis.
(7) Je laisserai de côté les interprétations grammaticales
ou métaphysiques de Court de Gebeiin et autres,
sur Pan, qui signifie tout, la nature,:les campagnes, lès
J>rés, les bois, &c. ; sur les Satyres ou laboureurs [ satur,
rassasié de biens ; sator J .
(S) Hist. lib. i l , §. 46 et 14 5 .