
fleuriti et Ja magnificence de cette cité se soutint sous les Ptolémces, les empereurs
Romains et ceux de Constantinople. C ’est, en général, à ces trois périodes
qu’il faut rapporter les principaux monumens dont nous aurons à parler.
6. c P É R I O D E , D E 3 2 9 A N S ,
D E P U I S o ’ M A R j u s q u ’ a u x C A L I F E S F A T I M I T E S .
Cette ville perdit sa splendeur et se changea pour nous en Une cité moderne,
lors de Iinvasion de 1 Egypte sous O'mar ( 1 ) , l’un des premiers successeurs de
Mahomet, et, par conséquent, à une époque célèbre dans l’histoire du monde
où l’on vit un petit peuple presque inconnu et une religion nouvelle s’emparer dé
l’A sie, de l’Afrique, et pénétrer ensuite dans la partie la plus occidentale de
l’Europe.
L e christianisme fut étouffé en Orient par le mahométisme, qui continua, dans
la basse Egypte, le ravage des monumens antiques et religieux, commencé par le.
premier de ces deux cultes. Alexandrie, qui étoit encore alors la capitale ou du
moins la ville la plus importante de tout le pays, essuya de terribles 'désastres (2),
que nous aurons occasion de faire remarquer sur les lièux avec détail; Le vainqueur
fonda Fostât ou le vieux Kaire, qui rivalisa bientôt avec la. cité d’Alexandre
et devint le siège du gouvernement. La population d’Alexandrie diminua tous
les jours, et son enceinte dut être, dans la suite, considérablemént resserrée;
plus tard encore celle-ci fut totalement abandonnée, et la ville moderne portée
en entier hors de cette enceinte.
Cependant 1 empire d Orient, qui venoit de faire une perte si cruelle, successivement
dépouillé depuis cette époque par les Arabes, et réduit à la moitié de
son étendue et de sa puissance, se soutenoit, et subsista encore pendant huit cents
ans. Les petites monarchies qu’avoient formées dans l’Europe occidentale les
peuples du Nord, s’agitoienr en tout sens depuis deux siècles, se mêloient et se
séparaient alternativement comme les élémens dans le chaos, et préparaient l’état
où est parvenue, dans les temps modernes, cette autre portion de l’ancien empire
Romain. Mais le trône d Occident n etoit pas encore relevé ou recomposé ; ses débris
epars ne furent rassembles par Charlemagne que deux cents ans après. Cette
partie du monde, qui devoit bientôt en être la plus remarquable, étoit dans une
sorte d enfance ou retombee dans la barbarie. Elle ne faisoit point de grand commerce
maritime qui lui appartint en propre; et Alexandrie i quoique déchue entre
les mains des Sarrasins, etoit encore Je centre du riche négoce dont cette nation
avoit herite. Cette ville conserva donc une partie de son ancienne importance ;
elle ne fut pas la derniere a profiter des puissans encouragemens que les califes
Abbassides, fondateurs de Bagdad, et sur-tout le célèbre al-Mâmoun, donnèrent
aux sciences; et les monumens Arabes succédèrent à ceux de l’architecture
Grecque. Cependant, vers la fin de cette sixième période de l’histoire d’Alexandrie,
p î C’est aussi le terme où, d'après la division adoptée pour la Description de l'Egypte, les monumens d’Alexandrie,
telle quelle existoit alors, prennent le nom d ’antiquités.
(-) Elle fut prise, après un siège de quatorze mois, par A ’mrou, général du calife.
ET DE SES ENVIRONS. CH A P . X X V I . y
l’Egypte secoua le joug des califes de Bagdad (>),,« fut gouvernée parieurs lieu-
tcnans rebelles pendant environ cent ans.
7 ° P É R I O D E , D E 2 0 2 A N S ,
D E P U I S L E S . F A T I M I T E S J U S Q U ’ À S A L A D I N .
I L e S “ lifa F,atimhes fi,n!rent Par s emparer de l’Égypte en 969, et bâtirent le
Kaire Ils accordèrent quelque protection aux sciences, aux arts et au commerce •
mais le sort d Alexandrie s’embellit peu. Le siège du gouvernement s’établit dans
leur nouvelle ville, qui devint la capitale de l’empire, plus particulièrement que
Fostai: (a.) ne 1 avoit ete précédemment, et Alexandrie tomba pour jamais au
second rang des villes cTÉgypte.
Bientôt des relations s’établirent entre l’Europe et le Levant. Les croisades
commencèrent une grande révolution dans le monde civilisé (3). Les deux premières
n apportèrent pas de grands changemens dans la situation d’Alexandrie
jusquen 1171 (4 ) [3], où l’on voit figurer Salah ed-dyn, ou Saladin, avec le titre
nouveau de soultân, ou Soudan, comme les Francs l’appelèrent.
Ce prince, chef de la dynastie des Ayoubites et d’une année de Turcomans et
de Curdes, renversa la puissance des Fatimites et chassa les croisés de la Syrie (<)•
Les croisades se renouvelèrent sans succès (6); celle de S. Louis, quoiqu’elle eût
ete dirigée particulièrement contre l’Égypte, fin sans effet sur l’état de cette
contrée (7) : les soudans continuèrent de régner et de siéger au Kaire. Le gouvernement
de Saladin, ainsi que celui de ses successeurs, fut assez favorable à
1 Egypte; mais Alexandrie y trouva peu d’avantages particuliers. Ces princes fondèrent
des académies, à l’exemple de Saladin, qui avoit protégé les lettres; et ce
fut le Kaire qui jouit principalement du fruit de ces établissemens.
L un des derniers de ces soudans forma une troupe d’esclaves étrangers sortis
des environs du Caucase. Ces serviteurs firent bientôt la loi à leur maître, et fon-
erent, peu après le départ de S. Louis, un gouvernement monstrueux qui s’est
successivement reproduit en Egypte, avec, diverses formes, jusqu’à nos jours, sous
le nom d cmpve dis Mamlouks : leur chef prit aussi le titre générique de sultan
ou commandant.
(1) En 868.
_ (2) Les caillés Fatimites résidèrent an Kaire ; ceux
d’Arabie et de Bagdad n’avoienr eu que des lieutenant
en Egypte ou dans Fostât.
(!) En première croisade eut lieu en 1096; et la
seconde, en 1148.
(4) Cependant, s’il faut en croire d'Anville, cette ville
soutint encore un siège contre les Francs en 1166 [ 3 ].
(5) Prise de Jérusalem par Saladin et (in du royaume
de ce nom en 1 187. Troisième croisade.
(6) La quatrième croisade sort de Venise en 1202 et
prend Constantinople; la cinquième, celle de S. Louis,
de 1248 à 125c.
(7) Excepté toutefois la malheureuse Alexandrie. Les
Française! les Vénitiens, voyant qu’ils nepouvoient la
garder, y mirent le feu en 1250.