
J g d e s c r i p t i o n d e s a n t i q u i t é s
les auteurs Romains eux-mêmes (i), quau temps oùÆlius Gallus etoit gouverneur
de l’Égypte, la religion Égyptienne étoit tombée en désuétude, et que 1 on n en
connoissoit plus que les rites, qui étoient expliques aux étrangers par des pretres
ignorans et vains ! Personne assurément ne sera tenté de révoquer en doute le
témoignage de Strabon, que nous citons ici; cet auteur est trop grave, et, dans tout
le reste de son ouvrage, il donne trop de preuves de son discernement et de
l’exactitude de ses observations, pour inspirer la moindre défiance. Comment I
voudroit-on que des édifices tels que ceux de Denderah eussent été construits!
à une époque de décadence, lorsque par-tout au contraire ils présentent les plusl
hautes spéculations de la philosophie, exprimées dans des bas-reliefs qui joignent!
à l’intérêt du sujet une exécution extrêmement soignée, qu’ont pu seuls produire
les arts arrivés au dernier degré de la perfection! Maintenant, si l’on se rappelle
que Strabon indique d’une manière positive les temples de Denderah (2), qu’il a
certainement vus en accompagnant Ælius Gallus dans son expédition de la haute
Egypte, il ne restera plus aucun doute que ces édifices n existassent avant 1 epoquel
de la domination Romaine. Mais si effectivement ils eussent été construits sous lel
rè<me d’Auguste, ou de l’un de ses successeurs immédiats, comment se feroit-ill
que pas un écrivain n’en eût parié! Peut-on croire qu’aucun historien contempo l
rain n’eût fait mention de monumens d’une telle importance, dont 1 exécution al
dû coûter beaucoup de temps et des frais immenses, et qui sont d’une si grande!
magnificence, que la Grèce, et Rome même, en offrent peu qui les surpassent!
ou les égalent ! On peut expliquer toutefois 1 espece de dédicacé nouvelle, men-l
tionnée dans l’inscription du pronaos, en l’honneur d Aphrodite, divinité Romaine,!
qui n’étoit point identiquement la même que l’Isis des anciens Egyptiens. En effet!
les décombres de Denderah offrant beaucoup de débris d’antiquités Romaines |
telles que des vases, des lampes, des pierres gravées et des médailles, il n’y a point!
de doute que cette ville n’ait joui d’une certaine splendeur sous la domination des!
Romains; elle étoit probablement le séjour d’une colonie. On conçoit facilement!
que les vainqueurs de l’Égypte, occupant une ville de l’importance de Denderah!
n’ont pu résister au désir de prendre en quelque sorte possession du monument |j
magnifique qu’elle renferme, en montrant sa façade decqree dune inscriptionB
qui rappeloit le nom d’un de leurs empereurs.
D ’après tout ce que nous venons de dire, il ne faut pas croire toutefois que;
nous voulions inférer que les Romains nont eleve aucune construction en EgypteJ
(1) Strabon, dans l’ouvrage duquel on lit le passage-
suivant:
’Lv Sè th Ha/oustdâ« , X) oÏkdvç èidcpAt f*AjmMvç, ir oiç J)i-
TfiCor 0! kpiiç • puL\içx, jelp «Ai mv-nv xxtnnucu itptav y ty -
rtrai <pao) iè m Xouoy , (pixomtpav tu/fyZv, Xj açporo/xjxur •
ixhtKoim Km •nvTo yvï'i n cv^h/m , xÿi 11 ojjxwosç. Ewi /wr
0vy ovJiiç ritiïr iSlixtwn 7üç tbicwthç uox.notuç >apotewç, «M
01 /s£9970/0/ juorov, vju {¿jM/drTcq 7n ( ¡¡(Yo/f n e t
Jlapr,xùKi% S i n ç 'AKl^cuiJÿûajç hurttiûÂorn t i( rnv A ‘lysiflov
Aix/u TeÎMa t£ hytfJOYt Xaipx/uov ’nvroput, 'afoamiovpuvoç
TCICHJTW "Ttyet iTnn/MY' yhUJÀkYOÇ S i 71 7SXtOY t (•>( UXCtÇotV MU
iSlUTXÇ.
Helio-poli domos ampias vidimus , in quibus sacerdotes
habitabant. H a n c enim ptrhibent olhn sacerdotum 'habita- H
tionem fu is s e , hotninum philosophise et astronomía: dedi- H
torum : nunc is ordo ac Studium deficit, nec quisquam nobis U
ta li exercitationi prcefictus ostendebatur, sed homines tan-
turn qui saçrificia curarent, atque ritus eos peregrinis com?
monstrarent. Comitatus quidem est /E lium Ga lium duceir, B
ex A lexand r ia navigantem in Æ g y p tum , quidam nomint H
Chtxremon, qui ejusmodi seientiam profitebatur : std o';
ignora tionem et arrogantlam f ir } plurimùm deridebatur.M
( Geogr. ü b . X VII, pa g. 8 0 6 , ed. i6 a o . )
(2) Voyez ce que nous avons dit ci-dessus, pag- fi-
DE DENDERAH. CH A P. X. j Ç)
On rencontre dans ce pays des ouvrages d’un style mêlé, que l’on reconnoît au
premier coup-d’oeil pour n’être pas purement Égyptien, et où une influence étrangère
se fait aisément remarquer. De ce nombre sont le Qasr Qeroun et les édifices
deTaposiris (t), qui peuvent avoir été bâtis sous le gouvernement des Romains,
et bien plus probablement encore sous celui des Grecs. Tous ces monumens sont
si faciles à distinguer, que, pourvu qu’on ait tant soit peu l’habitude d’observer les
antiquités du pays, on ne les confondra jamais avec les édifices du beau temps
de l’architecture de l’Égypte. Les Romains ont élevé sur les bords du Nil des constructions
dans le style pur de leur architecture : tel est, entre autres, un petit arc de
triomphe dans l’île de Philoe (2), et tels sont encore les monumens qui font
l’ornement de la ville d’Antinoé, bâtie par Adrien sur l’emplacement de l’ancienne
Besa. Mais tous ces édifices sont d’un style tranché qui les fait éminemment
reconnoître ; et il seroit aussi absurde d’admettre l’influence des architectes Égyptiens
dans la construction des bâtimens d’Antinoé , que de prétendre que des
architectes Romains ont présidé à l’exécution des temples de Tentyris.
Voyons maintenant si l’opinion qui tendroit à établir que les temples de Denderah
ont été construits sous la domination des Ptolémées, peut être mieux
soutenue que celle que nous venons de combattre.
M. Visconti a avancé que le grand temple de Denderah ne peut être antérieur
à la conquête d’Alexandre. Dans sa Notice sur les deux zodiaques de Tentyris, ce
célèbre antiquaire, tout en accordant un certain crédit à l’opinion que nous venons
de combattre, ne croit pas devoir exclure la possibilité que le temple de Denderah
ait été construit sous le règne de l’un des Ptolémées. Le motif de sa supposition
repose sur une seconde explication qu’il donne du zodiaque, en admettant
avec M. de la Nauze une année fixe en Égypte, depuis le règne d’Alexandre;
ce qui permet d’assigner aux zodiaques une époque un peu plus ancienne que
celle de la domination Romaine. M. Visconti avoit l’espoir que cette dernière
explication pourroit être confirmée par l’inscription gravée sur le listel de la
corniche du portique, où l’on trouveroit sans doute le nom de quelques-uns des
Ptolémées ; il insiste sur-tout sur cette dernière hypothèse dans le supplément à sa
Notice : mais l’inscription Grecque n’offre effectivement le nom d’aucun des rois
Lagides. Et comment croire que, si ces princes eussent fait bâtir le temple de
Denderah, ils n’y eussent pas inscrit leurs noms, eux qui les ont fait graver souvent
pour des restaurations de peu d’importance, ou seulement pour constater leur
présence dans les anciens temples de l’Égypte, et pour faire connoître les voeux
qu ils adressoient aux dieux qu’on y honoroit ! On a cru remarquer quelque analogie
entre les sculptures des temples de Denderah et celles des édifices des Grecs;
et 1 on s est haté d’en tirer la conséquence que les premiers n’ont pu être construits
que sous l’influence des Ptolémées. C ’est ainsi que de la ressemblance de la
plupart des signes du zodiaque de Denderah avec ceux du zodiaque Grec (3),
(1) Voyez les planches 6ÿ et 70, A . vol. I V , et la (3) Quoique dans cet écrit nous n’ayons point en-
planche 42, A . vol. V . vue d’entrer dans la discussion des preuves que l’on peut
(2) Voyez la planche 2p ,J lg 'J 0 ,ji,J 2 , A . v o l . I . tirer des zodiaques en faveur de notre opinion, nous ne
A . D . H s