
7 8 D E S C R I P T IO N DES ANTIQUITÉS D ’A L E XANDR IE
connoitre. On voit bien que les autres ponts du canal servent maintenant à communiquer
de la ville Turque avec les parties cultivées du lac desséché, et la lioient
autrefois avec le reste de la campagne, dans les siècles où le grand canal restait
long-temps rempli et navigable chaque année. Les positions qu’ils occupent sont
vraisemblablement les points de passage des anciennes communications pour les
habitans de la ville, sous le Bas-Empire; mais ce premier pont est aujourd’hui, et
depuis long-temps, inutile. Toutefois les Sarrasins, en reculant la partie sud-
ouest de l’enceinte, ont dû conserver des habitudes dans les ruines de cette partie
qui étoient d’abord devenues des faubourgs et des jardins de la ville Arabe. Il falloit
aux habitans de ces quartiers extérieurs des moyens de sortir de l’espèce de circonvallation
que le grand canal formoit autour d’eux, et de communiquer avec
l’isthme, les catacombes et la ville de Necropolis. Lors donc qu’ils ont fait fléchir
la direction du canal navigable au pied des deux monticules, ils ont dû remplacer
le pont Grec ou une communication équivalente qui existoit nécessairement,
soit sur la grande rue longitudinale seule, soit sur plusieurs de ses parallèles, et
construire ce premier pont sur quelque reste de voie antique ( i ) , toujours pour
l’usage de ces faubourgs et des cultivateurs et matelots du lac qui les habitoient.
PORTE DE NECROPOLIS,
EXTRÉMITÉ OCCIDENTALE DE LA VILLE ANTIQUE.
De l'autre côté du canal navigable, on aperçoit de vastes catacombes qui se trou-
voient hors de la ville, d’après la forme que nous lui avons reconnue, et qui
dépendoient de Necropolis, comme nous le verrons. Voilà pourquoi j’en renvoie
l’examen à Celui que je ferai des dehors de la ville. En suivant la courbe que formoit
l'alongement de l’enceinte antique, on arrive vers l’emplacement de la porte
de ce faubourg, qui devoit être quelque part aux environs, en un point voisin du
bord de la mer, et l’on commence à apercevoir quelques-unes des catacombes du
rivage qui se trouvoient aussi hors des contours des murailles Grecques. Il y a là
quelques monticules remarquables pour la position de cette porte ou des murs
latéraux de cette enceinte.
On ne découvre pas d’autres antiquités dans cette partie extérieure à l’enceinte
Arabe, sur-tout dans la direction de la grande rue longitudinale, depuis l’ancienne
porte de Necropolis jusqu’au canal navigable qui longeoit à peu près les fossés de
la ville Sarrasine; et effectivement, il devoit y avoir peu d’édifices dans cette partie
étroite, d’après la forme de la chlamyde Macédonienne, et parce que « la ville » ,
comme le ditStrabon, «s’étendoitpeu au-delà du canal. » On peut remarquer ici
l’accord satisfaisant qui règne entre les autorités, les vestiges que présente le terrain,
les interprétations que j’ai essayé d’en donner, et les principales dimensions
que j’ai adoptées pour tous ces objets. Il n’est pas étonnant non plus qu’on ne
trouve point de ruines autour du petit port Kibotos, qui a été abandonné, comblé,
et en arrière duquel les Arabes ont reculé l’enceinte.
(i) On voit, sur la planche 84, que l’axe de ce pont les rues longitudinales de Yéchiquier. Cet axe peut donc
est parallèle aux deux fronts de l’en ceinte Arabe et à toutes avoir été celui d’une de ces rues.
On voit encore les sentiers conservés par un usage constant, et qui appartiennent
à l’ancienne rue longitudinale, sortir de l’enceinte Arabe, aboutir vers
1 ancienne porte de Necropolis, et se prolonger dans l’emplacement de ce faubourg.
Il est évident que tout ici dépend de la position du canal navigable ( laquelle
nest pas douteuse ), attendu que Strabon lui coordonne les autres monumens que
nous verrons bientôt, et que la question de la longueur de la ville, résolue par
d’autres considérations, est encore confirmée par les expressions de ce géographe :
Extra fossam itaque restât urbs paululùm.
ANTIQUITÉS DE L’ENCEINTE ARABE ET DE SES PORTES.
Nous entrons dans la ville Arabe par la porte dite des Catacombes, et nous avons
une idée suffisante de la cité d’Alexandre et de son enceinte, pour pouvoir lui
comparer celle-ci que nous rencontrerons souvent désormais [13 5 ]. Quoiqu’elle
appartienne spécialement à letat moderne, elle rentre dans les antiquités, du
moins quant à ce rapprochement que nous ne pouvons nous dispenser de faire.
L ’enceinte des Arabes n’a pas besoin de description écrite, pour en indiquer
les diverses directions. On voit qu’elle est composée de deux lignes. L ’extérieure
n étoit autre chose qu’un mur de peu d’épaisseur, percé de créneaux, et ayant de
quinze à vingt pieds de hauteur au plus. L ’enceinte intérieure, distante de la première
de six ou huit mètres, étoit formée d’un rempart et de tours plus ou
moins considérables. La ligne extérieure, bâtie en pierres brutes, paroît fort
ancienne, bien construite; et, particulièrement du côté de la porte de Rosette, elle
est régulièrement défendue par des tours de vingt pieds de diamètre, espacées d’environ
cent trente pieds. Les murailles de l’enceinte intérieure sont plus fortes et
plus hautes que les précédentes, et flanquées de grosses tours pareillement très-
élevées. Ces deux lignes subsistent presque par-tout, excepté sur les parties jadis
immédiatement baignées par la mer, qui, offrant une défense naturelle, rendoit
inutile le second rang de murailles. La portion que nous voyons en face de nous,
entre le fort triangulaire et la porte des Catacombes, ne fait point exception à
cette règle; car on y voit des restes de la ligne intérieure de murs et de tours.
Elle aura été démolie depuis le x v .' siècle pour servir à des constructions dans
la ville moderne.
Cette observation générale sert à reconnoître d’un coup-d’ceil les changemens
survenus aux environs, et, par exemple, dans les ports, depuis l’établissement de
l’enceinte Arabe. Ainsi l’on voit que sa ligne est simple le long du croissant qu’elle
forme sur une partie du port d’Eunoste; et par conséquent ce croissant est bâti sur
des fondemens de l’enceinte Grecque, ou du moins très-anciens. L ’enceinte Sarra-
sine devient double sur le front aligné devant KHeptastadium, parce que l’atterrisse-
ment qui s’étoit formé autour de ce môle, étoit déjà large lors de la construction
des fortifications Arabes; ce qui en rendoit l’accès trop facile. Elle devient simple
ensuite jusqu’à la tour des Romains, parce qu’à la même époque la mer baignoit
encore ce front, et que l’ensablement de l’esplanade n’étoit pas encore formé tel que