
géométrie, l’astronomie , les jeux de dés et de hasard, et les lettres de l’alphabet.
Ainsi, avec la position nommée Ibiu, voilà trois endroits de l’Egypte où L’ibis
étoit particulièrement en honneur. Ajoutons que c’étoit à Hermopolis, au rapport
d’Hérodote, qu’on transportoit les ibis embaumés (i).
J’insisterai ici sur les rapports du culte de l’ibis avec celui du dieu Thoth ou
Mercure; rapports qui expliquent les récits des anciens au sujet d'Hermopolis
Magna, et l’existence d’une ville d’/beum. L ’auteur de l’Histoire naturelle et mythologique
de l'ibis (ouvrage que nous avons déjà cité )_a rassemblé avec soin tous les
traits qui peignent cet oiseau célèbre, et il est difficile d’y rien ajouter : néanmoins
les honneurs que l’ibis recevoit dans la grande ville de Mercure, méritent une
attention particulière. Selon Diodore de Sicile, Hermès avoit inventé les nombres,
le calcul et les mesures. Il paroît que le système des mesures avoit, chez les anciens
Égyptiens, une grande importance ; un dieu y présidoit particulièrement; et parmi
les membres de l’ordre sacerdotal, il y en av-oit un spécialement charge du soin
d’y veiller : la connoissance de ce système étoit une notion quil falloit posséder
pour remplir les fonctions d’hiérogrammate.
Si l’ibis présentoit quelque rapport avec les mesures, il devoit donc fixer 1 attention
des Égyptiens ; et sa consécration à Mercure dans Hermopolis, où il est
si souvent sculpté ; dans Ibeum ,.qui porte son nom; dans un lieu près de Naucratis;
enfin dans Memphis même, où l’on peut croire qu’il étoit honoré, puisque des
catacombes entières sont remplies de dépouilles dibis religieusement conservées
dans des vases et des enveloppes préparées avec art ; sa consécration, dis-je, à
Mercure n’a rien qui doive étonner. Or ce rapport de 1 ibis avec les mesures des
Égyptiens, un auteur ancien nous l’a fait connoître. Ils rapportent, dit Élien, que
l’ibis en marchant a les jambes écartées de l’intervalle d’une coudée. On sait que
cette espèce d’oiseau abonde pendant et après l’inondation. Au milieu des campagnes
encore couvertes du limon du Nil, le pas de libis se faisoit donc par-tout
remarquer ; et s’il se rapportoit en effet avec la mesure usuelle, rien n’étoit plus
facile, plus commode, que d’en faire un certain usage, à la vérité un peu grossier,
pour l’arpentage des terres. J’ai été curieux de savoir si, dans les bas-reliefs où cet
oiseau a été sculpté, l’ouverture du pas a quelque relation avec la longueur de la
coudée Égyptienne. D ’après l’opinion des Égyptiens, il étoit naturel de croire que
les sculpteurs n’auroient pas manqué de donner au pas de 1 oiseau la grandeur dont
il s’agit ; or, parmi les sculptures d’un petit obélisque en granit, trouve au Kaire,
il y a un ibis parfaitement travaillé, dont le pas a o ”,o j 7 j . L ’oiseau y est représenté
au quart de la proportion; ce qui fait, pour le pas naturel, o”,2 3 i, moitié
de la coudée de 462 millimètres (2). Si Élien eût dit que le pas étoit d une demi-
coudée, il auroit été très-exact. Je ne prétends pas affirmer ici que 1 ibis marchoit
toujours d’un pas égal à une demi-coudée; mais je remarque seulement que, dans
les sculptures Égyptiennes, tel est l’écartement de ses pieds.
• (1) Hérodor. Hist, liv. i l , S- 67.
(2) Voyez le Mémoire sur le système métrique des anciens Egyptiens, chap. V.
C est peut-etre là le fondement de ce^ passage de Clément d’Alexandrie, où
il dit que libis paroît avoir donne aux Egyptiens la première idée du nombre
et de la mesure ; et en meme temps 1 explication du motif qui fit consacrer cet
oiseau a Adercure, inventeur dés mesures et du calcul (i). Un fragment curieux
d’un hymne à Hermès mérite cl’être cité ici : « O Hermès ibifonne ( ou à figure
A d’ibis)., guide de la raison, auteur des lettres et de toute espèce de mesure (2) ! »
, Le rapprochement de la forme de l’ibis avec Mercure est ici encore plus évident ;
et il n’est plus douteux que ce dieu à tête d’ibis n’eût quelque rapport avec les
mesures Egyptiennes. Cette épithète ÿ'ibiforme est surtout remarquable, en ce quelle
traduit, si I on peut dire ainsi;- parfaitement la figure de Thoth telle que nous la
voyons sculptee sur le temple d Hermopolis Magna et dans nombre d’autres édifices ;
c’est-à-dire , une figure d’homme avec le masque de cet oiseau.
Après tous ces rapprochemens appuyés sur les monumens eux-mêmes autant
que sur le récit des auteurs (3), je suis fondé à conclure que les Egyptiens avoient
éleve un temple, a Hermopolis, en I honneur de Thoth ou Mercure, supposé l’inventeur
des arts et des sciences les plus utiles à la société, telles que l’arithmétique,
le calcul, 1 écriture, la grammaire et la musique, la géométrie,l’astronomie, et la
science des mesures ; que 1 ibis y étoit consacré comme un symbole vivant du Mercure
Égyptien, et doué de facultés naturelles en rapport avec les idées qu’on avoit
de ce dieu ; et que c etoit pour offrir une image sensible de ces rapports qu’on avoit
figuré celui-ci avec une tête d’ibis. Il est à regretter que le temple d’Hermopolis
Magna soit aujourd hui aussi ruiné : nous aurions trouvé dans les sculptures du
monument une multitude de sujets capables de donner des lumières sur cette
origine emblématique des sciences et des arts.
i ) Je m’abstiens de citer ici toutes les qualités natu- (3) Afin de ne pas allonger cette description , je n’ai
relies de l’ibis, exposées avec les plus riches développe- pas cru devoir citer ici tous les passages connus de Dio-
mens dans l’ouvrage de M. Savigny. dore, de Platon, de Plutarque, de Clément d'Alexan-
(2) 'Epjmç iCl/Mpfit, &c. ' ’•-*' drie, &c. au sujet du Mercure Egyptien.