
Serapeum, ajoute qu’il renfermoit des bibliothèques d’un prix inestimable, Il constate
ainsi l’existence d’une collection de livres dans ce temple; mais il la confond
ensuite avec la grande bibliothèque, qui étoit, comme nous le verrons, dans le quartier
des Palais ou du Bruchion, lorsqu’il observe que « sept cent mille volumes
» rassemblés par les soins infatigables des Ptolémées furent brûles pendant la
» guerre d’Alexandrie, dans le bouleversement de la ville, sous le dictateur
» César. »
D ’après Vitruve, il y avoit effectivement à Alexandrie une bibliothèque autre
que la grande, et ce ne peut être que celle du Serapeum, dont Ammien Mar-
cellin a parlé. Celle-ci paroît aussi avoir été beaucoup plus connue des Pères de
l’Église [ 1 6 7 ] , ainsi que les temples voisins qu’ils firent détruire, que la grande
bibliothèque, laquelle semble avoir souffert bien davantage de l’incendie de César,
et s’être fort peu rétablie jusqu’au temps de ces patriarches.
Tout ce qu’on sait relativement à l’origine de la collection de manuscrits du
Serapeum (1 ), c’est qu’elle existoit avant l’embrasement de celle du quartier des
Palais. Elle étoit moins riche qu’elle : aussi l’appeloit-on sa fille , ou la petite
bibliothèque. Elle étoit vraisemblablement placée dans ces vastes appartemens qui
environnoient le temple de Sérapis, et dont Ruffin nous a donné le plan. Elle se
trouvoit par conséquent très-éloignée du grand port, dont les vaisseaux embrasés
portèrent la flamme jusque dans la grande bibliothèque, située encore plus à
l’orient. Il est donc peu probable que la collection du Serapeum ait été brûlée par
la même cause. D ’ailleurs, personne n’a parlé d’un embrasement aussi désastreux
que l’auroit été celui du beau temple de Sérapis. Cependant, pour pouvoir faire
usage d’un grand nombre d’autorités du genre de celle d’Ammien, et pour les
concilier entre elles, il faut adopter ce que quelques-unes racontent de l’incendie
qu’allumèrent dans divers quartiers les troupes auxiliaires des Alexandrins pendant
la guerre de César [168], et admettre qu’il y avoit trois cent mille volumes
dans le Serapeum.
Quoi qu’il en soit, la bibliothèque de ce temple se trouvoit, peu de temps
après, très-considérable. Celle de Pergame, qui contenoit deux cent mille volumes
qu’Antoine donna à Cléopatre, y fut vraisemblablement déposée; car.il n’est plus
question nulle part de la grande depuis 1 incendie de César. Il est donc permis de
présumer encore que c’est la petite qui se multiplia assez par la suite pour servir
à la restauration de celles de l’empire Romain sous Domitien [ 169 ]. C ’est
d’elle aussi que fut intendant Denys d’Alexandrie, sous cet empereur et jusquà
Trajan.
Après cet embrasement de la grande bibliothèque par César, et la ruine
du quartier où étoit le Musée par Aurélien, ruine dont parle Ammien Mar-
ceilin dans la description que j’ai citée, comme dun événement antérieur au
temps où il vivoit, il est évident que c’est le Serapeum qui remplaça le Musée, et
que c’est dans ce même lieu que l’école d’Alexandrie se soutint dans I état brillant
où cet auteur nous la représente encore à la fin du iv.e siècle.
(1) Quelques commentateurs en attribuent la fondation à Piolémée Physcon ; mais ce n’est qu une conjecture.
Enfin le temple de Sérapis et sa bibliothèque furent détruits [ 170 ], environ
dix ans après la mort d Ammien Marcellin, par les soins du patriarche Théophile
( comme nous le verrons ailleurs ), malgré la résistance du peuple et de quelques
philosophes et grammairiens qui s’étoient réunis dans cette espèce de forteresse
et qui soutinrent une sorte de siège. Peu de temps après, on bâtit sur cet emplacement
une église à laquelle on donna le nom A’Arcadius, successeur de Théo-
dose-le-Grand, qui avoit autorise la démolition du Serapeum et de tous les temples
d Alexandrie. La grosse ruine dont j’ai décrit la maçonnerie de remplissage, doit
être un reste des souterrains dont parle Ruffin.
AUTRES TEMPLES ANTIQUES.
Sur la direction du Serapeum vers le stade, on trouve, comme ailleurs, une
quantité considérable de collines de ruines. Mais c’est autour de cette ligne et
parmi ces monticules, de préférence, qu’on doit ranger quelques temples antiques
du temps même de Strabon, et qu’il indique, avec celui de Sérapis, en-deçà du canal
navigable : « En dedans du canal, dit-il ( allant du lac au Kibotos), sont le Sera-
» peutn et d autres temples antiques ( 1 ). » On peut même les chercher à une assez
grande distance hors de 1 enceinte Arabe, comme nous l’avons fait pour le stade;
car le géographe met dans la meme catégorie ce stade que nous avons déjà rencontre.
« Ces temples étoient pyesque abandonnés, ajoute Strabon, à cause de
» la construction des édifices sacres qui avoient été élevés à blicopolis » , du temps
d Auguste vraisemblablement, puisque nous verrons que ce prince orna beaucoup
cette dernière ville. Cependant il subsistoit encore un bon nombre de ces anciens
édifices au iv .c siecle, et ils renfermoient sans doute d’autres petites bibliothèques
qui dépendoient de celle du Serapeum, puisque dans l’expédition de Théophile,
qui avoit obtenu l’autorisation d’abolir tous ces temples, les livres y furent
dispersés par les chrétiens; et environ vingt ans après, Orose visita ces bâtimens et
y vit les rayons vides.
Il est vraisemblable que les chrétiens tirèrent parti de ces édifices pour en faire
des églises,,comme on a vu qu’ils en construisirent une à la place du Serapeum.
Peut-etre la mosquee dite aujourdhui des mille Colonnes, dont j’ai indiqué l’antique
origine, et les traditions qui s’y rapportent, a-t-elle succédé à quelqu’une de
ces anciennes basiliques décorées, comme elle, de colonnes tirées des vastes portiques
du Serapeum qui fut démoli, et des autres temples voisins qui subirent le
même sort, ou furent simplement abandonnés.
On voit toujours, d’après ces recherches et ces conjectures, que la ville étoit
embellie, dès l’origine, par un grand nombre d’édifices publics, dans les environs
du Serapeum, du quartier Rhacotis et de toute la région qui s’étendoit sur la
rive droite du canal navigable, tiré du lac Mareotis au port Kibotos. C ’est d’une
partie de ces édifices sacrés que Strabon veut parler, lorsqu’il dit, dans un autre
endroit, « que l ’intérieur de la ville étoit orné de superbes temples. »
(1) On peut donc en rapporter la construction à l’époque delà première fondation d’Alexandrie et des travaux