
elle ne pouvoir pas s’étendre beaucoup plus loin (jue Th im on ep s i. Aujourd’hui la
province d’Atfyh, qui lui a succédé, s’avance bien plus dans le sud ; mais la majeure
partie de son sol est engloutie sous les sables, et, malgré cette extension, son territoire
est encore moindre qu’autrefois. ' *
§■ V.
A LA BASTRONPOLIS.
A v a n t de quitter le nome de C y n o p o lis , il faut faire mention de la ville
A’A la b a s t r a , qui en faisoit partie, selon Ptolémée. Il place cette ville à l’orient du
fleuve, bien avant dans les terres p y La latitude de 28° 20' qu’il lui donne, la
feroit remonter beaucoup au sud; mais cette latitude a besoin de correction. A la b a s -
tr cn p o ü s étoit une ville de l’intérieur du désert qui sépare le Nil de la mer Rouge,
à proximité des carrières d’albâtre, où les Égyptiens ont puisé une si grande quantité
de ces précieux matériaux. Pendant notre séjour en Egypte, je me suis procuré
quelques renseignemens sur ces carrières, qu’il m’a été impossible de visiter.
M. Rozière et moi avions été chargés, avec M. Reynier, d’y faire des observations
de minéralogie et de géographie ; les événemens de la guerre ont fait
avorter ce projet. Je ne puis donc parler ici que d’après le rapport qge m’ont fait
les gens du pays.
Déjà les voyageurs avoient fait connoître l’existence d’une ville ruinée, près de
Gebel KJialyl, sur le chemin du monastère d’el-Harabat ou de Saint-Antoine (2).
Il seroit difficile de ne pas admettre que ces ruines sont les restes d'Alabastu.
Quil air existe en effet deux villes dans le désert, c’est ce qu’aucun auteur n’a
avancé. Ensuite, el-Harabah, qui veut dire chariot {3), est le nom qu’on donne
à une plaine voisine. Elle tiroit son nom de la grande quantité des chariots sur
lesquels on transportait les morceaux d’albâtre, soit vers le Nil, soit dans le sud
du pays. Le chemin taillé dans le roc, dont j’ai parlé en décrivant Antinoé (4 ),
et qui a quinze mètres de large, a sans doute servi à transporter dans la Thébaïde
les produits des carrières d’Alabastra. On parle d’un mur de vingt-quatre pieds
d’épaisseur dans le voisinage du couvent de Saint-Antoine, appelé Hayt el-A ’gouz,
comme ceux que j’ai décrits dans la précédente section ; cette construction servoit
sans doute à renfermer la carrière (j).
Il y a voit, selon Ptolémée, à 20' plus au midi, une montagne appelée du
même n om , Mons Alabastrites. Pline a fait mention, comme lui, de la ville
(Y A labastrbnpoiis.
Les gens que j’ai consultés sur ces anciennes carrières pendant mon séjour à
Beny-Soueyf, m’ont assuré qu’on s’y rendoit par un vallon étroit qui est à peu
près en face, au nord du village de Bayâd ; qu’après environ trente malaqât ou
heures de chemin , on arrivoit à la plaine d’el - Harabah ; que le chemin étoit
rempli de morceaux de marbres précieux, de plusieurs couleurs. Quant à la montagne
exploitée et aux carrières elles-mêmes, je ne pus rien apprendre de positif,
non plus que sur le sujet de la ville ruinée. Quelqu’incomplets que soient ces renseignemens,
si on les rapproche tous, on ne peut douter que la position A’Alabastra
et des carrières d’albâtre ne soit réellement dans le désert qui sépare le Nil de la
mer Rouge, a peu près à la hauteur de Behneseh, l’ancienne Oxyrhynchus.
En finissant ce qui regarde le nome Cynopolite, je dois lever une difficulté que
présente Strabon. Apres avoir parlé d’IJeracleapolis, il traite immédiatement du
nome Cynopolite, et ne fait mention qu’après, du nome Oxyrhynchite, comme
recule dans les terres. Il sembleroit donc que ce dernier ne confinoit pas à celui
d'Heracleopolis; du moins, qu’il étoit à l’occident dü Cynopolite. Mais il suffit de
jeter les yeux sur la carte pour comprendre que cet arrangement est impossible.
Oxyrhynchus etoit bien au nord de Cynopolis , comme le prouvent Ptolémée et
la Notice d Hiéroclès ; et les territoires des nomes dont ces villes étoient les métropoles,
étoient nécessairement autour d’elles. Comment, dans la Thébaïde, deux
préfectures auroient-elles pu être partagées par une ligne parallèle au cours du
fleuve. Cette limite auroit coupe tous les canaux d irrigation ; ce qui auroit rendu
1 administration impraticable. Aujourd’hui, les provinces de Gyzeh, de Behneseh,
d Achmouneyn, sont séparées par des canaux et des digues transversales à la vallée,
et c est la seule démarcation possible. Je pense donc que si Strabon a parlé d’Oxy-
rhynchus après Cynopolis, c’est, 1 ° parce que la première de ces villes étoit fort
ccartée du N il, et meme a 1 occident de la branche appelée aujourd’hui Bahr-
Yousef; 2.0 parce que l’autre étoit la première métropole en allant Al Heracleopolis
directement à Hermopolis.
(1) II faut entendre désertes.
(2) Voyage de Vansleb en Egypte.
(3) En hébreu, na*in.
(4) Voyez A .D .c h .X V ,p. n , et lap!. lo jjJ Ig . i , E.M.
(5) Voyez Maillet, Description de l ’Egypte, et Pococke,
Description o f the East.