
P O S I D I U M . ------ T E M P L E D E N E P T U N E . — T I M O N 1U M .
[9.2] L a première assise inférieure de maçonnerie ( en gros libages ) a un mètre
de hauteur; ia seconde au-dessus ( opus incertum) , cinquantç centimètres ; la troisième
(d ’un seul raDg de briques), dix centimètres; la troisième (de béton, parsemé
de pierres équarries ), quatre-vingt-dix centimètres ; la quatrième (. de deux
rangs de moellons esmillés), trente centimètres; la cinquième (de trois rangées de
briques ), dix-huit centimètres, et ainsi de suite, alternativement om,30 et om, 18,
jusqu’au niveau du sol supérieur environnant.
[93] La marche que je suis pour la description de la partie maritime d’Àjexçn-
drie, est l’inverse de celle que présente un passage.de Strabon, pour les points
où nous sommes. Ainsi, quand je tire quelque induction de ce qu’il place un
objet immédiatement avant ou après un autre, je ne fais que substituer l’une de
ces deux prépositions contraires, à l’autre. (
{9 4 ] L e nom de Neptune, Poséidon [ brise-vaisseaux, suivant Noël ] ou Posei-
deon, a fourni la dénomination de plusieurs objets : le sixième mois Âttique étoit
ainsi appelé ; Athènes, capitale des états de Crànaiis, avoit d’abord été nommée
par ce prince Posidonie; les Posidonies étoient des fêtes Grecques eh l’honneuy
de Neptune ; il étoit lui-même la grande divinité des Libyens, voisins de la contrée
d’Alexandrie.
[9 5 ] J’ai traduit mot à mot regia domus par maison royale, au lieu de palais,
pour ne pas contrarier cè qu’on raconte du modeste établissement que fit A n toine
devenu misanthrope, et la médiocrité de l’espace et des vestiges que nous
retrouvons ici.
[96] Je remarquerai, en passant, que, d’après la description faite par Strabon
de cette partié courbe et basse du rivage appelée Posidium, puisqu’il la distingue
spécialement et sur une longue étendue au-delà du Coesarium, de part et d’autre
de ce temple, et qu’il nomme à part les deux édifices ( le Timonium et le temple
de Neptune ) placés sur ce rivage, le Coesarium n’avançoit pas, comme eux, sur
ce plan inférieur ; mais il se trou voit sur un point élevé ou plateau de la côte, comme
je l’ai naturellement placé.
[9 7 ] Il y a sur la planche 8 4 , E . M ., bien èn avant de ces masses, une cote
de sonde fort remarquable, en ce qu’elle n’indique que six pieds de profondeur
d’eau; ce qui est d’accord avec tout ce qu’on sait sur la corrosion de cette rive,
sur ses constructions saillantes, &c. J’ai opté, de la manière qu’on a vu, entre les
deux caps et les deux ruines pour les emplacemens respectifs du Timonium et du
temple de Neptune, parce que le second avance moins dans l’eau, qu’il est plus
vaste, n’offre point d’indices de prolongement artificiel, et se termine aux ruines
mêmes du temple de Neptune. Il est inutile de supposer qu’Antoine avoit établi
son Timonium en prolongeant ce dernier cap, naturellement avancé, tandis que
l’autre avoit réellement besoin de travaux pour être rendu saillant. Comment,
d’ailleurs, si cela étoit, Strabon ne diroit-il pas quelles constructions importantes
il y avoit sur le premier,-si remarquable aujourd’hui par lui-même!
[98] Rien n empêche qu’on ne suppose qu’il y a eu des bains autour du temple
de Neptune, dans le même temps où ce temple subsistoit, puisque ces bains
n occupent principalement que ,1a partie du soubassement inférieure au niveau
général de la plains voisine, et que le parvis de la partie du temple fréquentée
•par le public pouvoit s’élever, du côté de la ville, au-dessus du premier plan. On
voit, dans plusieurs villes anciennes, des thermes placés non-seulement autour des
palais, mais encore des édifices religieux ; témoin les thermes d’Agrippa, légués par
lui au peuple Romain, et qui étoient auprès du Panthéon, qu’il avoit également
bâti. Il n est pas étonnant que des tains d’eau de mer (comme le prouvent pour
ceux-ci les cristallisations abondantes attachées aux conduits ) fussent établis sous
un édifice et dans une partie du rivage particulièrement consacrés à Neptune.
A u surplus, je ne prétends pas donner plus d’importance qu’il ne faut à la détermination
rigoureuse de ces emplacemens incertains et de la plupart de ceux qui
suivront; fi, suffit quils soient établis d’une manière assez vraisemblable et qui ne
se trouve pas en opposition avec les témoignages de l’.antiquité , pour pouvoir
dresser un plan de 1 ancienne Alexandrie propre à donner une idée approchée
et raisonnable de ce qu’étoit jadis cette grande ville.
P O R T C R E U S É .
[ 99 ] Il n est pas .surprenant que Strabon ne s’appesantisse pas plus sur 1 usagé
particulier du port creusé. Ces subdivisions du grand port n’étoient, comme je l’ai
dit ailleurs, que des démarcations naturelles dans le rivage, auxquelles on ajou-
toit quelquefois des ouvrages d’art, comme on l’a fait ici en fouillant pour approfondir
le sol, pour enfoncer la courbure du bassin dans les terres, et aussi en
construisant des môles pour l'agrandir davantage, la fermer, et servir de quais et
d’embarcadères.
R ne &ut pas confondre ce port, assez étendu (effossus) , avec le petit bassin
naturel ( occultus ac clausus) qui étoit réservé pour l’usage des rois, et que nous
verrons plus loin. Outre que leurs qualités que Strabon indique par ces épithètes,
sont fort différentes, il a eu soin de les désigner séparément l’un de l’autre, quoi-
quil ne fasse que citer le premier en passant, comme étant d’un usage commun.
Î L E AN T I R R H O D E .
[100] Puisqu’A ntir/hodus étoit une île, elle devoit se trouver avant ou devant
le port creuse, dans le sens de la mer à la terre, perpendiculairement à la courbure
du rivage, ét non pas en suivant parallèlement les points de cette courbe
que Strabon parcourt de 1 oeil en se plaçant dans le grand port. On pourroit, à la
rigueur, entendre le mot ante de cette manière : mais alors il faudroit supposer
que le port creusé etoit beaucoup plus grand ; qu’il s’enfonçoit dans les terres vers
le Posidium et derrière le môle ruiné ; que ce môle n’est autre chose qu’un reste
de l’île Antirrhode et des constructions qui s’y trouvoient élevées; que le bras d e '
mer qui separoit cette île de la terre ferme et du port creusé, s’est comblé avec
le port lui-meme, Ôte. Cette supposition reculeroit beaucoup l’ancien rivage, ce