
s. x.
S p eo s A r t em iDOS (aujourd’hui Beny-Hasan), Deyr au sud, Murailles
de briques, i fc .
A u nord-ouest d’Antinoé, à quinze cents mètres et en face de Kalendoul,
il y a une grande enceinte en briques d’un mètre d’ëpaisseur, qu’on prend communément
pour une fortification Romaine : les murailles viennent jusqu’auprès
du Nil, et elles suivent les ondulations de la montagne sur le sol de laquelle on
les a bâties ; l’intérieur est rempli de ruines. Les hommes les^plus âgés du pays
racontent que c’étoit une enceinte destinée à isoler 1’église, qui est à l’intérieur
et qu’on appelle Deyr : cette enceinte a cent quarante-six mètres sur quatre-
vingt-douze. L ’église existe encore avec toutes ses mtfrailles et quelques restes de
voûtes : élle est très-ancienne ; on lui donne dans le pays quinze cents ans d’antiquité.
Vers le sud, il y a encore des ruines de maisons. L ’église est un rectangle
alongé, de sept mètres de large, sur environ trente-deux mètres de long (i). Il y a
une grande salle, ayant de part et d’autre cinq piliers qui supportoient quatre
voûtes d’arête, aujourd’hui -écroulées , mais dont il reste des arrachemens : au
fond étoit une salle destinée Sans doute à l’autel.
En avant du bâtiment, on voit un grand bassin en pierre, de forme circulaire,
dont le diamètre supérieur a im,4; il est creusé profondément, et son rebord
n’a qu’un décimètre (2) : les Musulmans croient qu’il cache de l’or. Aujourd’hui il
est enfoui, et porte une ouverture au fond. Auprès de ce bassin sont deux colonnes
: une est couchée; son diamètre est de om,3 y , dimension qui annonce
un ouvrage peu ancien, de même que la petitesse des briques. Ces briques, au
reste, sont bien faites, et l’appareil bien exécuté.
On pourroit supposer que l’enceinte est ancienne, qu’elle étoit d’ouvrage
Romain, et que les Chrétiens, après coup, ont bâti l’églis.ë dans l’intérieur. Cet
intérieur est aujourd’hui rempli d’amphores et de poteries brisées; dans lé fond
'des vases, on voit des résidus que les uns croient formés de résine, et les autres,
de tartre, attribué au séjour du vin à cause de l’odeur qui s’en exhale.
Au-dessous de ce deyr, près de l’île appelée Gezyret-Keleb| et avant Cheykh-
Tmây, il y a un grand nombre de ravines profondes, sillonnant une montagne
élevée, escarpée à pic et baignée par le Nil : c’est par-là que s’écoulent les torrens
et les eaux pluviales qui se précipitent du haut de la chaîne Arabique. Un de ces
torrens est barré, près du Nil, par un ancien mur en briques, portant tous les
caractères des constructions Égyptiennes (3), et dont j’ai déjà parlé (4) : il paroît
qu’il servoit de digue aux eaux du fleuve. Le Nil a déposé du limon dans une
petite anse qui est auprès.
Le plateau intermédiaire de la montagne, qui sert de chemin aux caravanes,
est couvert d éclats de pierre provenant de l’exploitation. Cette interruption de
(1) Voyez pl. fy , A. vol. IV , Jlg. S, 9. (3) Voyez pl. 4 , A. vol. V, fig.y.
(-) Voyez ibid. fig. 10. (4) pag. 21.
la
la montagne par de fréquens ravins confirme l’existence des torrens qui aifluent
en hiver sur la rive droite, ainsi que je l’ai exposé dans la Description d’Antinoé.
Le chemin, qui dans cet endroit longe le Nil, est souvent coupé par ces ravins
profonds, très-difficiles à traverser, mais dont le lit est fort uni, à cause des sables
fins que les eaux charient avec elles.
Selon l’Itinéraire d’Antonin, il y avoit huit milles Romains d’Antinoé à Speos
Artemidos, ville où les Romains entretenoient une garnison, et qui est désignée
dans la Notice de l’Empire sous le nom défectueux de Pois Artemidos (1). Nous
devons nous arrêter au premier nom, parce qu’il s’explique fort bien par les grottes
que l’on voit aujourd’hui à Beny-Hasan. Quant à la conformité d’emplacement,
il ne peut y avoir aucun doute : les huit milles demandés par l’Itinéraire font
onze mille huit cent vingt-deux mètres ; or on trouve un peu plus d’onze mille
huit cents mètres de l’exjrémité des ruines d’Antinoé à Beny-Hasan el-Qadym
[le vieux Beny-Hasan ]. Cet endroit est un très-grand village, aujourd’hui dépeuplé
et abandonné (2), où sont de grandes constructions en briques crues,
qui annoncent une ancienne ville ou bourgade Égyptienne, ainsi qu’une multitude
d’hypogées (3).
Un peu plus au sud, est le village actuel de Beny-Hasan, habité par des familles
Arabes, qui se réfugient aussi quelquefois dans des huttes de roseaux, voisines du
bord du Nil.
Les grands travaux qui ont été exécutés dans la montagne, achèvent de prouver
qu’il y a eu dans cet endroit une ancienne position. Indépendamment de trente
hypogées environ, parfaitement taillés dans la montagne, un peu au nord de
Beny-Hasan el-Qadym, et dont la plupart sont peints ou sculptés dans leur intérieur,
il y a encore, près du village actuel, plusieurs grottes Égyptiennes et une
butte de décombres. Enfin il existe d’autres grottes entre deux petits villages
abandonnés, situés vers le nord, et du nom de Narlet Beny-Hasan ; elles sont plus
basses et en grand nombre, et percées dans un rocher à p ic , au nord d’une
gorge de la montagne : j’ai vu le chemin qui y conduisoit, sans pouvoir les aller
visiter.
Pour se rendre aux grottes principales en venant d’Antinoé, il faut, après avoir
passé par Beny-Hasan el-Qadym, traverser une large coupure (seizeà vingt mètres),
qui est l’embouchure d’un grand ravin par où les eaux pluviales sont entraînées,
dans le fleuve ; et même le roc est percé d’une crevasse de six pieds’ de large,
par où elles se précipitent. A la crête de la montagne, ce ravin est fort étroit; dans
son cours, il est bordé de deux espèces de murs de sable durci : on voit son lit au
pied des murs de ce village. Les eaux qui s’y jettent, tombent de plus de deux cents
pieds de haut. Sept ravines ou torrens semblables existent entre Beny-Hasan et
Nazlet-Noueyr, dans une longueur de six mille cinq cents mètres.
La montagne est composée de pierre calcaire numismale, dont les coquilles
(1) A la secunda Hispanorum Pois Artemidos. ( Notit. endroit où la langue de terre cultivable est plus large.
ulriusque imperii, pag. 90.) Il n’est point ruiné; beaucoup de maisons sont entières
(2) II y a trente ou quarante ans que les habitans ont et neuves.
quitté ce village pour bâtir plus au sud, dans un (3) Voyez pl. 6j., fig. /.
A. D. D