
» pas là ses bienfaits ; il changea plusieurs lois en leur faveur. » On verra, à l’article
du Soma, d’autres actes de bienveillance du même empereur envers les Alexandrins.
Enfin, quelle apparence, que si la colonne avoit été faite et dressée exprès
pour Dioctétien, cette grande entreprise ne fût pas exprimée dans l’inscription,
et qu’on se fut borné à citer les noms de l’empereur et du préfet! D ’ailleurs, cette
inscription est placée comme au hasard sur le socle de la base, lequel est trop
haut de proportion, et formé d’un granit de couleur différente de celui du fût
et qui n a point été poli. Il devient donc assez probable qu’on ne fit que remplacer
alors la base sur laquelle étoit gravée l’inscription des Alexandrins en l’honneur
de Septime Sévère. L ’expédition de trois années que fit cet empereur en Orient
et én Egypte, date de l’an 200. Alexandre Sévère alla aussi en Orient en 234;
mais il ne paroft pas qu’il soit entré en Egypte. Le siège d’Alexandrie par D io ctétien
est de 298.
{ 124 ] Le dessus du chapiteau de la colonne d’Alexandrie porte, comme celles
qui étoient en usage à 1 époque que j’ai indiquée, l’encastrement qui a servi à placer
la statue. Il est circulaire, sur six pieds trois pouces de diamètre, et deux pouces
seulement de profondeur. Il paroît que cette statue étoit en porphyre. M. le comte
de Choisçul-Gouffier a trouvé au pied de la colonne un fragment de colosse qui
est maintenant à Paris.
[ 125 ] Les plus grosses colonnes qu’on ait rencontrées à Karnak dans Thèbcs,
ont, il est vrai, onze pieds de diamètre; mais elles sont en pierre de grès, et non
en granit. De plus, elles sont bâties par tambours de hauteur médiocre, comparativement
à celle de la colonne Dioclétienne. Les trois beaux fûts encore debout
près de la basilique de Saint-Athanase, dans l’enceinte Sarrasine d’Alexandrie, n’approchent
pas de la grosseur de cette colonne, si enterrés qu’on puisse les supposer.
Enfin les amas de tronçons dont j’ai parlé dans la Description, page ¡ 4 , n’offrent
pas de diamètres plus forts que ces trois dernières. Rien n’assure même que ces
amas, quoiqùe peu éloignés de la colonne d Alexandrie, proviennent de son voisinage
ou de quelque édifice qui lui étoit coordonné.
[ 126] Quoique j’aie vu des monumens antiques Égyptiens dans lesquels on
a employé en remplissage des pierres provenant de démolitions plus anciennes
queux, et couvertes d hiéroglyphes sur un de leurs joints ou paremens cachés,
1 emploi d un tronçon d obélisque de si belle matière à un si obscur usage me
porte à penser qu Alexandrie, où on ne l’avoit assurément transporté que pour
servir d ornement, avoit deja subi une certaine décadence à l’époque de la construction
de ce singulier soubassement.
La colonne ne pouvoit guère être placée seule dans un édifice accessoire,
même bâti sur te plateau du monticule actuel, et qui n’auroit pu la couvrir en
partie, en se coordonnant avec sa masse. Quelle fût seulement entourée jus-
qua une certaine hauteur par cet édifice de clôture, et se trouvât ainsi placée
dans une cour étroite, cetoit nuire beaucoup à l’effet qu’elle étoit destinée à
produire à la vue. Elle étoit donc vraisemblablement isolée et sur une espèce
de place ou lieu découvert et abandonné.
Quelles que soient l’origine et la destination de ce monument, il fut sur le
point d’en être détourné d’une manière assez étrange, à la fin de l’expédition
Française en Égypte. On fit entrer dans le système de défense de la place d’A lexandrie
assiégée par les Anglais la construction d’un fort sur la hauteur où
repose la colonne, et qui domine tout l’espace entre la mer et le lac Mareotis,
comme on avoit fait pour la redoute dite de Cléopatre près des obélisques. Ainsi
ces deux monumens les plus beaux d’Alexandrie, et qu’on auroit pu se proposer
un jour de transporter en France, ont failli éprouver les mêmes ravages occasionnés
par la guerre. C est encore ainsi que la plupart des autres ont péri peu à
peu, à mesure qu on les subordonnoit à divers projets de constructions nouvelles.
Tout ce que j ai dit sur le transport des obélisques, soit des carrières de
Syene par le Nil ( et de leur dressement sur place ), soit d’Égypte en Europe
par mer, s applique a la colonne d Alexandrie, qui a la même origine que ces
grands monolithes,, et une masse analogue à la leur.
La partie des ruines de l’ancienne ville où nous sommes est tout-à-fait déserte
et hvree au vagabondage des Arabes du voisinage. En allant visiter la colonne
dans les premiers jours de notre débarquement à Alexandrie, nous trouvâmes
au pied du monument le corps d’un canonnier de la marine que la curiosité y
avoit attire, et qui venoit dêtre tué d’un coup de fusil par ces Arabes.
STADE ANCIENNEMENT ABANDONNÉ.
[ 127] Ce stade se trouve naturellement placé hors de l’enceinte déterminée
par la chlamyde Macédonienne : mais j’ai cru devoir en parler ici ( première
section , §. II, Partie intérieure), parce qu’il étoit fort voisin de cette enceinte, qui,
après tout, n est pas retrouvée d une manière absolument certaine. A la rigueur,
ce monument auroit dû être décrit dans la section I I , Environs de la ville.
[128] S épine étoit souvent décorée de colonnes, comme ic i, de statues,
et même, à Rome, d’obélisques Égyptiens, qu’on y avoit transportés exprès, ainsi
que nous lavons vu pour plusieurs cirques en parlant des obélisques. Dans la
plupart des grands cirques ou hippodromes, il falloir que les bornes qui se pla-
çoient aux deux extrémités fussent des constructions très-solides et faites de plusieurs
pièces : mais on sent que, pour la course à pied, ou les autres exercices du
stade, ces masses netoient pas nécessaires, et que de simples colonnes pou voient
suffire. Cette remarque indique déjà que l’emplacement que nous examinons ,
et dont la spina s’élevoit d’ailleurs si peu au-dessus du so l, ne servoit pas à des
courses de chars ou de chevaux de selle. Dans les vrais cirques , tels que celui
de Caracalla à Rome, lepine étoit très-haute, afin que les chars ne pussent pas
heurter les statues, temples, tours et autels qui la décoroient.
[ 129 p .T o u s les emplacemens pour lés jeux avoient, outre l’épine et les
bornes posées à ses deux extrémités, une barrière qui n’étoit quelquefois qu’une
corde tendue, suivant la largeur, devant la file des concurrens, et qu’on laissoit
tomber au premier signal donné. Sur un côté du stade, s’asseyoient les juges
des jeux, places de maniéré que c’étoit toujours devant eux que s’arrêtoient les