
inscriptions, ou du moins en reconnaître le sens général. La connoissance même
imparfaite que nous avons de la théogonie, des sciences, des arts, des lois et des
moeurs de l’Égypte, suffiroit pour atteindre à ce dernier but. Ce qui le prouve,
c’est que la signification très-généralisée que je viens de supposer a ces iegendes
incomplètes, paroît peu susceptible d’être contestée : elle m a frappé des la
première vue.
Tous ces hiéroglyphes sont gravés en relief dans un creux, disposition tres-propre
à la conservation des sculptures, qui sont en effet parfaitement conservées.
L ’obélisque debout (i) a soixante-trois pieds [20™,46] de hauteur depuis la fin de
l’écornure de sa base jusqu’au sommet du pyramidion, et sept pieds trois pouces de
largeur de côté, mesuré à ce même point de la base écornée. Les arêtes de cet
obélisque sont vives ; le poli des surfaces ouest et sud est assez beau. Il est d ailleurs
probable que cet ouvrage, indubitablement antique Égyptien, avoit reçu des mains
des artistes du pays le même degré de perfection que ceux du même genre qu’on
voit ailleurs. Cependant il a déjà éprouvé les ravages du temps. Les hiéroglyphes
des deux pans du nord et de l'est qui regardent la mer du port neuf, sont presque
entièrement effacés : c’est pour cela qu’on ne les a pas dessinés. Un morceau
entier a été enlevé à peu près à la moitié de la hauteur de ces deux faces [ 76 ].
Il ne paroît pas, d’après les dessins, que cet obélisque ait été raccourci à sa
base. L ’un de ces dessins se trouve bien arrêté en bas, à peu près comme ceux de
Louqsor. Les faces sont de largeur inégale, chose que nous n’avions pas remarquée
dans les autres monumens de ce genre (2). Cette différence est d’un douzième
de la largeur.
Le 21 messidor an 6 [9 juillet 1798], on fit des fouilles en creusant à douze
ou quinze pieds sous l’obélisque debout, et c’est ce qui a permis d’en donner les
dessins complets. On a trouvé un très-beau bloc de granit qui le soutient. Ce bloc
a deux mètres [six pieds un pouce] de hauteur sur deux mètres quatre-vingt-sept
centimètres [huit pieds dix pouces] de largeur. II est supporté lui-même par trois
gradins qui régnent autour. Il est remarquable que la base de 1 obélisque est brisée
en dessous, à peu près comme celle de l'obélisque renversé, et peut-être par la même
cause.; mais ses angles sont plus écornés. Cette base, de forme irrégulièrement
arrondie, est soutenue sur le bloc par une espèce de maçonnerie qui en rachète
les inégalités et donne à l’obélisque de la stabilité. Les marches sont en granit.
Leur construction est antique; mais il n’y a point d hiéroglyphes, non plus que
sur le dé. La maçonnerie d’enveloppe paroît plus moderne. Tous ces caractères
me semblent prouver que tout le soubassement de l’obélisque a été fait sous les
Ptolémées, dans cet emplacement même que nous verrons lui avoir été destiné
par eux. Il est possible que ce monolithe ait été renversé, comme l’autre, et
ensuite relevé par les Arabes ou par les Grecs du Bas-Empire, qui auront trouve
les fondemens tout faits et auront construit la maçonnerie, que les anciens n au-
roient certainement pas laissé paroître telle que nous la voyons. Cela explique
(1) Fig. j et z.
(2) Excepté dans l'obélisque singulier de Crocodilopolis, dont un côté est le double de 1 autre.
tous les changemens quils ont pu faire à la base de l’obélisque, pourquoi les
quatre cavités carrées dont il sera question tout-à-l’heure n’y paroissent pas, &c. ;
du reste nous avons vu a Louqsor que les anciens Égyptiens, de qui les Ptolémées
ont emprunte ces monumens, les élevoient sur un socle de médiocre hauteur.
Les rois Grecs ont formé ici un soubassement dans leur style particulier, et l’ont
adapté à l’usage et à l’effet auxquels ils destinoient le monolithe.
Quoique nous n’ayons pas vérifié si le gradin inférieur étoit le dernier de tous,
ce qui nous auroit donné le niveau du sol de la ville en cet endroit à une certaine
époque, ou même nous auroit éclairci un grand nombre de questions fondamentales
sur tout ce qui est relatif à ces obélisques, on voit au moins que ce
niveau étoit beaucoup au-dessous du sol actuel de la ville Arabe [7 7 ] .
Lobélisque renversé (1) avoit, quand nous arrivâmes, sa base brisée et à moitié
enterrée par le gros bout, qui paroissoit sur environ dix-huit pieds de long. On
s’est convaincu, d’après les fouilles faites, qu’il étoit à peu près des mêmes dimensions
que le précédent. Il est aussi orné d’hiéroglyphes, mais il est plus usé.
Il a dix-huit mètres cinquante-deux centimètres [ cinquante-sept pieds] de hauteur
depuis sa base jusqu’à celle du pyramidion; celui-ci a deux mètres vingt centimètres
[sept pieds] de hauteur : ce qui fait en tout soixante-trois pieds huit pouces,
longueur bien inférieure à celle des obélisques de Thèbes et de quelques-uns de
ceux de Rome.
Les voyageurs l’avoient cru brisé. Il peut seulement avoir été tronqué à sa
base, mais vraisemblablement d’une petite quantité; car sa face n.° 2 annonce
bien, par la manière dont le dessin des hiéroglyphes se termine dans le bas, que
cette face, et par conséquent le corps du monolithe ( à peu près comme à ceux
de Louqsor ), ne se prolongeoient pas beaucoup plus. Sa ressemblance particulière
avec le premier, que j’ai déjà remarquée, et qui résulte encore de l’inégalité des
faces deux à deux, me fait présumer que ces deux monolithes se ressembloient
aussi par la longueur, et qu’ils provenoient d’un même édifice de la haute Egypte
pour lequel ils avoient été faits.
Les quatre coins de la base de cet obélisque couché sont cassés. En voici probablement
la cause. On remarque qu’à ces quatre coins il y a eu quatre entailles
carrées, et dont on voit une portion en forme d’ét[\ierre,fg. y . Il n’est pas douteux
qu’il n’y ait eu là des crampons ou liens quelconques. Il est vraisemblable
que c etoient des pièces de métal qui tenoient au socle, et que ces quatre cavités
étoient destinées à recevoir. C ’est ainsi que l’obélisque de la place de l’Hippodrome
à Constantinople est soutenu par quatre cubes de bronze. Nous voyons
aussi, dans Pline, que l’obélisque de quatre-vingts coudées que Philadelphe érigea,
a Alexandrie, en l’honneur d’Arsinoé [78], sa soeur et son épouse, fut posé sur
six cubes taillés dans la même montagne. Lors donc qu’on aura renversé l’obélisque
n.°* 3 et 4 , ces supports auront fait éclater les quatre angles de la pierre, ou plutôt
on les aura brisés pour dégager les mêmes supports et faciliter la chute, ou simplement
pour enlever le métal. Il est vraisemblable que ce monument n’a pas eu
(■) Fig. j a