
principales habitudes dans les pays de l’Europe situés au nord-ouest d’Alexandrie
et de l’Égypte; qu’il en rapportoit ses plus riches conquêtes, et que les vents ré-
gnans, ou ceux qui étoient les plus rapides et accompagnés des plus beaux tpnps,
conduisoient naturellement dans ce port [ 14 ] ■
P O R T K I B O T O S .
On ne rencontre pas plus de ruines antiques en parcourant la courbe du port
vieux actuel, à la suite du port d’Eunoste, vers le sud-ouest, que nous n en avons
trouvé dans la partie supérieure ou nord de cette courbe : mais on voit un reste
d’enfoncement naturel dans son contour, immédiatement après l’angle saillant
que forme une des principales masses de constructions de l’enceinte Arabe; c’est
là très-vraisemblablement qu’étoit situé le petit port Kibôtos. Plusieurs raisons
m’engagent à le placer dans cet enfoncement; d’abord, parce que ce bassin étoit
creusé de main d’homme, zx fermé, conditions auxquelles cette position et la nature
du sol, par-tout ailleurs rocailleux, conviennent beaucoup. Cette ligne de rochers
qui borde la rade depuis le Marabou jusqu’à Alexandrie, ne se prolonge pas jusqu’à
l’enceinte Arabe; mais, à quelque distance du massif de tours avancé dans
l’eau, elle entre dans la plaine en se dirigeant vers l’est et s’écartant de la mer.
De plus, elle forme une vallée arrondie, et elle a une entrée étroite du côté de
la rade; de sorte que la portion de côte comprise entre ce point d’inflexion et
l’origine que nous avons marquée au port d’Eunoste, de ce côté, est un atterrissement
qui, à la vérité, s’est exhaussé par les débris amoncelés depuis, mais qui
présentoit sans doute le bassin primitif du port Kibôtos. On n’aura plus eu qu’à
achever de le creuser, et à le fermer par une jetée partant de la saillie des tours
et du rocher sur lequel elles sont assises, ainsi que le reste de l’enceinte Arabe.
Cette clôture a pu aisément être détruite depuis, par suite de l’abandon du
port Kibôtos et du rétrécissement de la ville par les Arabes, qui trouvoient un
port suffisant dans l’Eunoste [15], et par l’effet des courans latéraux et des vagues
soulevées par les vents rcgnans dont nous avons parlé [16]. L ’excavation dans Içs
terres aura aussi été facilement comblée par les mêmes causes et par les constructions
successives d’une ville dont toutes les parties ont été si fréquemment remuées.
On pourroit vraisemblablement découvrir, lorsque la mer est bien calme,
quelques vestiges du môle de clôture de Kibôtos ; car il y a, au pied de la grande
tour, un massif de maçonnerie avancé dans l’eau, qui sert actuellement d’embarcadère,
et il présente quelques caractères qui permettent de supposer que c’est
un reste de l’ancienne jetée [17].
Le nom de Kibôtos, qui signifie proprement coffre, provenoit évidemment de
la parfaite clôture de ce port. Il est vraisemblable que c’est de lui que parle Léon
d’Afrique sous le nom de Maza el-Silsili [darse ( 1 ) de la chaîne], parce qu’il
se fermoit avec une chaîne, comme c’est encore l’usage dans plusieurs ports de
la Méditerranée, et à Toulon même, où l’on emploie, pour clore les bassins
pendant la nuit, des barres de bois armées de fer [ 1 8 ].
( 1 ) Bassin. .
Strabon
Strabon dit positivement que le canal qui communiquoit au lac Mareotis,
aboutissoit dans ce port. Il est vrai qu’il ajoute à ce canal l’épithète de navigable;
et l’on pourroit vouloir en conclure que c’est de l’extrémité du canal du Nil,
débouchant dans l’aiguade, qu’il s’agit, et, par conséquent, que le port Kibôtos
étoit renfermé dans le croissant des murailles Arabes. Mais tout ceci s'expliquera
très-bien par l’état actuel des localités, lorsque nous traiterons de ce canal navigable
en son véritable lieu [ ip ].
Enfin notre géographe ajoute que la ville s’étendoit un peu au-delà du même
canal : or, comme il y a toute apparence que le port Kibôtos, qui étoit clos de
toutes parts, ne se trouvôit pas plus hors de la ville que la communication navigable,
les positions que nous leur avons données se trouvent encore confirmées
par cette considération [20].
On ne sait point positivement quel étoit l’usage [21] de ce petit port, et s’il
avoit une destination particulière. Strabon nous apprend seulement qu’il avoit
des arsenaux piour la marine : il étoit donc d’une assez grande importance. On
avoit pris la peine de l’approfondir, et ce travail avoit dû être assez considérable
dans un terrain dont le fond devoit être aussi rocailleux que le reste de la côte.
Sa communication, d’une part, avec la Méditerranée, et, de l’autre, avec, l’intérieur
de l’Egypte, par le canal navigable et le lac Mareotis, qui étoient le théâtre
d’un grand commerce et d’une navigation active, dont Kibôtos étoit le terme, fait
présumer l’usage principal de cette darse, et augmente cette importance que nous
lui avons soupçonnée. Cependant on ne voit plus de traces d’une surface ausÿ
considérable, et nous avons été réduits à hésiter sur le choix de son emplacement;
tant les fondemens de la prospérité d’Alexandrie ont disparu!
Î L E P H A f t O S .
L île Pharos, qui ferme, du côté du nord-ouest, la vaste enceinte du port
vieux, offre une grande quantité de ruines. On y retrouve sur-tout des vestiges
d anciennes citernes taillées dans le roc et enduites d’un ciment qui s’est bien
conservé. Ces citernes sont particulièrement remarquables dans la face abrupte
du rocher, sur le bord de la mer, en avant de la côte, en dehors et en dedans
du port vieux; elles se reconnoissent facilement parmi beaucoup d’autres ruines
qui régnent le long de la partie occidentale de ce port. Il y en a encore dans
les deux écueils situés au-delà du cap des Figuiers, et la plupart sont encore
revetues, dans l’intérieur, d’une couche de ciment. Ces citernes pouvoient aussi
bien être alimentées par des canaux tirés du Nil, comme on le verra, que par
leau des pluies, toujours rares à Alexandrie, quoiqu’elles le soient moins là que
dans l’Égypte supérieure.
On trouve encore, dans la partie occidentale de l’île, des restes de catacombes
taill ées dans le roc ; on a levé le plan de quelques-unes. Les parois de ces catacombes
avoient été recouvertes, ainsi que leur plafond, d’un enduit sur lequel
il y a encore quelques peintures à fresque [22}. Celles-ci sont situées plus dans l’intérieur
de l’île, et notamment vers cette large saillie qu’elle forme directement
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