
[162] Des prêtres étoient chargés d’ccrire les guérisons de maladies qu’on
rapportoit au dieu de Canope Sérapis, et les oracles qui se rendoient en son
nom. On lui attrihuoit aussi le don de prédire l’avenir; la preuve de toutes ces
facultés se trouve dans la visite que Vespasien fit à son temple d’Alexandrie
pour le consulter, et les guérisons que cet empereur opéra et qu’il rapportoit
vraisemblablement au dieu qu'il visitoit.
[163] Le récit de Tacite a bien l’air d’une fable inventée par les Grecs
pour établir l’analogie entre le dieu de Sinope, le nouveau Sérapis, qu’ils voyoient
ou croyoient adoré de leur temps à Alexandrie, et l’ancien Scrapis des premiers
Egyptiens. Plutarque raconte aussi l’anecdote que nous venons-de voir, et dit
qu’aussitôt que Timothée et Manéthon le Sébennyte eurent vu la statue colossale
qu’on avoit apportée de Sinope, ils conjecturèrent, d’après un cerbère ( 1 ) et un
dragon qui y étoient représentés, que c’étoit une statue de Pluton, et ils persuadèrent
à Ptolémée que ce ne pouvoit être que celle de Sérapis. Ce n’étoit
pas ainsi qu’on l’appeloit à Sinope; mais, arrivé à Alexandrie, il y reçut ce nom
que les Égyptiens donnoient à Pluton.
Tacite, qui vivoit dans le même temps que Plutarque, c’est-à-dire, sous Do-
mitien et Trajan, au deuxième siècle, a parlé d’après le récit des prêtres Égyptiens
eux-mêmes. Cependant Jablonski prétend qu’il ne s’agit pas dans ce récit
de la ville de Sinope, mais d’un mont Sinopiùs dans le voisinage de Memphis.
Au reste, son assertion n’a pour but que d'établir l’identité entre le Sérapis d’A lexandrie
et celui de l’antique Egypte adoré à Memphis. On peut, sans cela,
concilier la fable de Tacite et de Plutarque avec ce point de l’ancienne théogonie
Égyptienne. Il est bien vrai que quelques personnes ont prétendu, d’après
cette fable sans doute, que les Ptolémées avoient introduit en Égypte le culte
de Sérapis céleste ; mais on voit par tout ce qui précède qu’ils n’ont fait qu’y
apporter une statue de ce dieu ou de quelque autre divinité Grecque ayant du
rapport avec lui, et que ces rois Grecs ne connoissoient peut-être pas bien
avant le culte mystérieux de Sérapis. On voit encore qu’une chapelle du même
dieu existoit déjà à Alexandrie , et l’on sait qu’il étoit dès long-temps adoré
en Égypte, témoin son beau temple à Memphis.
Sérapis est, comme la plupart des divinités de l’Égypte et Osiris lui-même,
un emblème du soleil, ou plutôt cet astre dans une position particulière; c’est
le soleil inférieur ou près du solstice d’hiver (2), ou le dieu inférieur que les Grecs
ont appelé Pluton du nom de celle de leurs divinités qui pouvoit le mieux lui être
comparée. En effet, « Osiris, dit Diodore (liv. 1, sect. 1 ), a été nommé par les
» uns ou par les autres Sérapis, Dionysms, Pluton, Ammon, Jupiter et Pan; quelques-
» uns assurent pourtant que le Sérapis des Égyptiens est le Pluton des Grecs. »
[ 164] Tout prouve cependant qu’il y eut un autre Sérapis qu’on peut appeler
terrestre, et qui présidoit à la crue du Nil, ou peut-être qu’on attribuoit au même
(r) Le cerbère des Grecs avoit beaucoup de rapport Pluton. Voyez Diodore de Sicile, Macrobc et Dupuis,
avec le cynocéphale, YAnubis des Égyptiens, lequel en cités par Mongez, article Cerbère.
avoit à son tour avec Sérapis, comme celui-ci avec Pluton: (2) Euseb. Prcepar. euang. d’après Porphyre,
aussi voit-on souyent Cerbère placé aux pieds de Sérapis-
Sérapis piimitif la faculté de faire croître ce fleuve, quoique ce phénomène eût
lieu vers le solstice d’été. Les colonnes des nilomètres s’appeloient sari api, colonne
de mesurage, en égyptien (selon Jablonski); des coudées ou nilomètres de
bois furent l’emblème de Sérapis. Voyez les notes de l’abbé Ricard, pag. 322 et suiv.
de la traduction du Traité d’Isis et Osiris.
[ 16 y ] Socrate le Scho las tique, né à Constantinople vers 380, homme du barreau,
a écrit l’histoire ecclésiastique, de 306 à 439.
[166] Plutarque a combattu l’opinion de ceux que citeS. Clément d’Alexandrie,
et qui veulent que Sarapis ou Soroapis signifie un monument sépulcral d’Apis.
S. Augustin la rapporte daprès Varron : « Le tombeau, dit-il, que nous appelons
» sarcophage, s’appelle en grec o-cpk...................... On fit d’abord Soroapis, et par
» le changement d’une lettre on l’appela Sérapis. » Quoi qu’il en soit, tous les
auteurs appellent indistinctement ce temple Setapeon, Serapoeum, Serapeium et
Serapium, consacré à Sérapis.
[167] S. Jean Chrysostome parle aussi de la bibliothèque du Serapeum.
[168] Au surplus, la discussion sur l’incendie de la bibliothèque du Serapeum
est peu importante, puisqu’il dut en échapper assez de volumes pour servir de
noyau à la nouvelle bibliothèque de ce temple, celle dont font mention, depuis
la guerre d’Alexandrie, toutes les autorités que j’ai rapportées.
[ tôp] Domitien fit reparer a grands frais des bibliothèques brûlées, fit rechercher
de toutes parts des exemplaires, et envoya jusque dans Alexandrie pour tirer
des copies exactes des ouvrages perdus ( Suétone ).
[ 170] Les Alexandrins devenus chrétiens durent former, sous la direction des
patriarches et dans d autres emplacemens, de nouvelles bibliothèques mêlées des
restes de la philosophie païenne et de la doctrine chrétienne. Ge sont celles-là
que A mrou brûla après que le fanatique O’mar eut prononcé son fameux dilemme
de condamnation.
ANCIENNE BASILIQUE
VULGAIREMENT APPELÉE MOSQUÉE DE S AINT-A TH AN AS E.
[171] S. Athanase, nommé en 326 patriarche de l’église d’Alexandrie, fut un
de ceux qui l'illustrèrent le plus, ainsi que la fameuse école de cette ville, par
leurs vertus et leurs talens. Il sera plus particulièrement question de lui dans la
II.' partie de ce Mémoire.
[ 17 2] La description moderne et détaillée de la mosquée dite de Saint-Athanase
appartient à 1 Etat moderne de cet ouvrage. Je remarquerai seulement, pour bien
faire connoître le système d’amalgame des antiquités que les Arabes ont particulièrement
affectionné, qu’ils ont placé ici une petite colonne tout auprès d’une
autre d un diametre plus fort; la base est souvent mise à la place du chapiteau,
qui, a son tour, occupe celle de la base ; des colonnes Égyptiennes sont mêlées
avec celles des Sarrasins; le chapiteau Corinthien est à côté d’un chapiteau bizarre
en forme de corbeille ; tous les fûts sont liés entre eux par des pièces de bois
minces : néanmoins l’ensemble en est beau, parce qu’en architecture tout ce qui