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avouons qu’un pareil travail seroit fort difficile, et d’ailleurs beaucoup trop conjectural
pour avoir aucune utilité. Le plan seul de- l’édifice me paroit impossible
a restaurer sans une multitude d’hypothèses qu’il seroit bien difficile d’appuyer
sur des bases solides, même en faisant usage de toutes les données que fourniraient
l’étude et l’examen les plus attentifs de tous les monumens de l’ancienne
Egypte ( i ). Que seroit-ce de l’élévation et de la décoration !
§. I V .
Origine et Destination du Labyrinthe.
O n a vu, par les passages qui précèdent, que le labyrinthe à été attribué à beaucoup
de princes differens. D ’après Manéthon, il faut encore ajouter un nom à la
liste de ceux qui passent pour l’avoir fondé ; c’est Lacharès, successeur de Sésostris,
qui le fit bâtir, dit-on, pour laisser un monument de sa puissance, et qui voulut y
etre enterré. Daprès Eusèbe, il faut lire Laèaris (2). Tous ces noms font voir, ou
bien que beaucoup da princes ont mis la main à ce grand ouvrage, ou qu’un
même roi por'toit plusieurs noms, que les auteurs Grecs et Romains ont regardés
comme distincts, faute de comprendre la langue Égyptienne. Ce qui paroît le
plus certain, c est que les douze rois qui n ont régné que quinze ans et dans un
temps de troubles, n’ont pu élever un tel édifice. Il est possible qu’ils-en,aient
achevé quelque partie, et en particulier Psammétique, l’un d’eux, qui les remplaça
tous par la suite : aussi Pomponius Mêla en donne-t-il tout l’honneur à
ce prince.
La diversité des motifs qu’on attribue à la fondation du labyrinthe, n’est pas
moindre que celle des princes qu’on suppose avoir été ses fondateurs. Toutefois
il est aise de remarquer quil n existe aucune contradiction entre les divers récits
des historiens. Qu y a-t-il de surprenant que les rois qui ont concouru à Je bâtir,
n aient pas eu, en le construisant, un bue unique ï II est, au reste, assez évident
de soi-meme qu un ouvrage aussi extraordinaire n’avoit pas été fait seulement
pour y déposer les momies des crocodiles sacres, ou même les restes de plusieurs
princes : 1 objet principal de l’édifice nous paroît avoir été de servir de lieu de
reunion pour les préfectures de 1 Egypte. Comme toute la nation s’y rassembloit,
on y avoit élevé des temples pour- tous les dieux, afin que chaque province y
trouvât le culte qui lui appartenoit. Cé toit donc à-la-fois une sorte de panthéon
et lln üeu où les chefs de l’État traitoient des affaires secrètes.. Le mystère qui
apparemment devoit présider a leurs délibérations, avoit une image sensible dans
1 obscurité des galeries que devoient traverser, les députés pour se rendre à leurs
cours respectives,*
Telle étoit probablement la destination spéciale du labyrinthe ; ce qui n’emt")
Ç est Po u r ce niotif que nous avons renoncé à étoit bien suffisante pour's’en former une idée nette,
donner même un plan figuratif du local, jugeant que la Quant aux relations des auteurs, il y a une multitude
description des lieux qui est au commencement de cette de manières de les concevoir.
s e c t i o n , aidée de la catte topographiq ue d u F n y o um , (a) Martetll. w Grorg. Sync'lt. CÎmmgr. pag. 59 et 60.
pêche
DU NOME ARSINOÏTE. C H A P . X V I I . 4 l
peche pas d admettre qu il ait ete consacré au Soleil ; que le roi Mendès ou
Imandès y ait eu son tombeau, ou bien les autres rois qui ont contribué à le
construire ; enfin que des salles inférieures aient servi à la sépulture des crocodiles
consacrés.
Personne na présenté une étymologie tant soit peu raisonnable du mot labyrinthe.
Cette recherche conduirait peut-être à quelque conjecture heureuse sur sa
destination. Dans Suidas, on trouve pour l’origine de ce mot, TO£' -n ¡j.i,
9t/£jcv : on sent combien une pareille étymologie est forcée et inadmissible.
Description de la Pyramide d’el-Lâhoun.
JusQUi c i Ion n a point décrit la pyramide en brique, située à deux lieues
environ à l’est de celle du labyrinthe, et presque à l’entrée du Fayoum ; c’est ici
le lieu d’en faire une description succincte. Elle est beaucoup plus „détériorée
que 1 autre, mais bâtie, ainsi qu’elle, de briques cuites au soleil (i). Nous l’avons
visitée le 6 pluviôse an v u [ay janvier 1799] , et nous sommes montés sur son
sommet ( 2 ). Elle est située dans le désert, à quinze cents mètres et au nord du
canal de Joseph, sur un plateau pissez cleve au-dessus des sables. La base est longue
d environ soixante métrés; ce' qui reste de sa hauteur, a vingt mètres à peu près;
le sommet étant abattu, offre aujourd’hui une plate-forme de dix-huit mètres de
large. La pyramide repose sur un plateau ou massif qui paroît, en grande partie,
forme par ses ‘débris, et dont ' la hauteur est d’environ ’sept mètres, sur une
longueur d environ quatre-vingts. Les briques ont quarante centimètres de longueur
sur une largeur de vingt-un, et une épaisseur de quatorze.
Verë le bas des faces, on remarque, sur cinq points différens, des pierres de
taille qui paraissent destinées à consolider la construction en briques.
Ne connoissant pas de pyramides en brique ailleurs que dans le Fayoum,
nous sommes portes a regarder la pyramide d’el-Lâhoun comme étant celle-là
meme que bâtit le roi Asychis, pour rivaliser avec les rois qui avoient régné avant
lui. On sait qu’il y fit graver cette inscription :
“ Nè. me méprise pas en me comparant aux pyramides de pierre : je suis au-
» tant au-dessus d’elles que Jupiter est au-dessus des autres dieux; car j’ai été bâtie
11 de briques faites du limon tiré du fond du lac (3). »
Ce roi est donc le premier qui ait élevé une pyramide de cette matière. Or, si
la pyramide d’el-Lâhoun est en effet celle d’Asychis, il s’ensuivroit que celle
dHaouârah a été construite postérieurement au règne de ce prince. Cette conséquence
seroit importante pour découvrir l’époque même du labyrinthe, puisque
la pyramide a certainement été bâtie, si ce n’est précisément dans le même temps,
du moins dans la même vue que ce grand édifice.
(0 Voyez planche 7 2 , fig. 1. (3) Voyez ci-après, le texte n.° r, qui est plus déve-
(î) MM. Rozière, Dupuis, Castex et Jomard. Nous loppé que la traduction de Larcher.
y avons laissé une inscription.
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