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paroissent être de simples carrières. Ii n’existe point de ruines visibles dans ce
village; mais le principal cheykh, en m’accompagnant par-tout dans la montagne,
m’a assuré qu’il y en a beaucoup d’ensevelies dansées sables. Les terres sont
cultivées avec le plus grand soin, depuis le Nil jusqu’au pied du rocher, qui est
absolument à pic, et comme une très-haute muraille, extrêmement remarquable
Les Arabes qui les possèdent, sont actifs et industrieux, et iis/font d’excellentes
récoltes en sucre, en blé, en fourrages ; ils appartiennent, comme les gens de
Tehneh, à la tribu des A'tayât.
Au-dessous dOuâdy el-Teyr, on voit deux grands murs Égyptiens en briques
crues, environnés de grottes antiquej^leajiabitans les appellent Hayt el-A'gouz
d un nom commun avec les autres murailles de la même origine. Ceux-ci paroissent
avoir servi à la clôture de deux anses que forme la montagne; par-tout ailleurs
elle est a pic. Plus on examine tous ces murs antiques , plus on' ést porté à
croire qu’ils ont eu la destination, ou de retenir dans ces anses les torrens qui
auroient endommagé les cultures, ou de procurer un asile contre les débor-
demens subits : en effet, les Égyptiens paroissent avoir habité et bâti dans toutes
les gorges de la montagne Arabique. Selon cette explication, les murs de briques
auroient servi en hiver contre les ravages des torrens, et en été contre la submersion
des crues du Nil.
Gebelel-Teyr (i) est le nom commun que porte la montagne Arabique, depuis
le village dont je viens de parler, jusqu’au-delà du monastère de la Poulie,
par-tout escarpee et baignee par le Nil; cest de là que sans doute le village a
tiré son nom. La montagne des Oiseaux s’appelle ainsi, à cause de lamultitude
immense de ramiers noirs ou pigeons sauvages qui viennent s’y réfugier dans l’été.
Pendant 1 inondation, saison trop froide, ils vont dans les champs manger le
dourah ou d autres grains. Tous les voyageurs parlent du singulier spectacle que
présente le rocher tout-a-fait a pic, long de plus d’une demi-lieue, jusqu’à el-
Seraryeh, souvent presque cache par ces milliers d oiseaux, qui en tapissent la
surface et lui donnent une teinte noirâtre. Je remarquai aussi, à mon passage,
le bruit extraordinaire que produit le gazouillement de tous ces ramiers à-ia-
fois (2).
La roche est lisse, et ses lits horizontaux sont parfaitement marqués, excepté
dans la partie inférieure, qui est toute crevassée près le niveau du Nil. C ’est sur
le plateau, du côté du nord, qu’est bâti l’ancien monastère de la Poulie, Deyr el-
Baqarah (3), dont le nom vient, comme on sait, d’une poulie placée tout en haut
du rocher, sur une partie saillante au-dessus du Nil, pour puiser l’eau dans.le
fleuve (4) ; on en fait aussi usage pour monter au couvent toutes les provisions.
La maison est bâtie en briques; 1 enceinte est vaste, et renferme beaucoup de
religieux et d habitans Chrétiens des deux sexes. Ces hommes viennent souvent,
dit-on, demander 1 aumône aux voyageurs qui remontent le Nil, et ils suivent
pays, ce même pom semblerait indiquer une'petirc espèce I
(2) Je trouve dans mon journal de voyage une note d épervier.
sur le nom quon donne à'ces oiseaux; ce nom est (3) jjJI
Scgaau e l-Haii. D ’après ce que m’ont dit les gens du (4) Voyez Ê, M . p l.x .fig . 1.
long-temps
long-temps, leurs barques a la nage. On remarque dans le rocher deux escaliers
qui correspondent probablement à quelque excavation. Comme ces lieux ont été
décrits par tous les voyageurs, je ne m’y arrêterai pas davantage.
§. III.
| C y n o p o l i s (aujourd’hui Samallout). |
L ’ a n c i e n n e C y n o p o l i s , chef-lieu du nome, étoit; selon Ptolémée, placée dans
une île , et sa latitude différoit de celle d’ Oxyrliynclius de 20'. Il n’est guère possible
de faire usage, comme je l’ai dit; plus haut, de la latitude de 28° 30' que
donne ce géographe ; mais la différence de hauteur entre ce lieu et Oxyrliyrichus
| doit présenter moins d incertitude. Or oh trouve à très-peu près 20’ de distance
entre Behneseh , qui est incontestablement l’ancienne Oxyrhynchus, et le lieu,
appelé Samallout, grosse bourgade située à vingt-trois mille mètres environ au
nord de Minyeh, et à trente-six mille mètres au midi de Behneseh. Celle-ci se
distingue au loin par un minaret tres-élevé. On y trouve des ruines, et, à l’ouest,
un ancien monastère du même nom, qui annoncent une position ancienne. Cette
bourgade paroitavoir succédé à quelque ville du premier ordre. A l’est, c’est-à-
dire, à la meme latitude, il y a une île assez grande, qui correspond assez bien à
celle dont parle Ptolémée. A la vérité, on n’a pas de connoissance de ruines
qui existent dans 1 île elle-même, ainsi que le texte de Ptolémée sembleroit le
demander ; mais doit-on penser que les Égyptiens aient bâti une ville au milieu
des eaux, exposée aux débordemens extraordinaires, et même à toutes les variations
des inondations annuelles, sur-tout dans la haute Égypte, où la différence
des hautes et des basses eaux est si considérable ï L ’île de Samallout n’a jamais été,
comme celles d’Éléphantinë et de Philæ, composée d’un rocher de granit, ou
d’un terrain solide, à l’abri des variations du fleuve : on ne pourroit donc 'se
fonder sur l’exemple de ces dernières pour expliquer Ptolémée. Ce qui est le
plus vraisemblable, est que , Cynopolis ayant sous sa dépendance une île assez
grande, et où peut-être on avoit construit quelque bâtiment Nilométrique, Ptolémée
aura considéré l’une et l’autre comme étant un seul et même lieu.
Il n’est resté de cette ancienne ville aucun temple qui puisse nous donner
des lumières sur le culte de ses habitans. Strabon assure que le dieu Anubis, sous
la figure d un chien , y recevoit des hommages, et qu’on y avoit fondé pour cette
espece d animal une sorte de culte et de nourriture sacrée (1). Le nom Grec du
lieu sçmble confirmer ce rapport; mais, à défaut de monumens, il est permis de
conjecturer que ce culte du chien étoit entièrement symbolique. Le personnage
d Anubis, comme Diodore de Sicile le représente, étoit un des compagnons de
voyage d Osiris, qui se distinguoit par son habillement formé de la peau d’un
chien (2). On peut ajouter que vraisemblablement le chien céleste, ou Sirius,
(0 Strab. Gtogr. Iib. x v i i , pag. 558 et 812. dit encore qu’Anubis porràg u $ masque de chien,
r i D,od- s ic - BitliaA. histor. iib. I , pag. 11. L’auteur parce qu’Isis avoit eu' uii chien pour guide en allant à la