
c’est par cette route que s’écoulent les torrens passagers qui descendent de la mon-
tûgne -, et comme la cause qui les produit a toujours existé, que la pente des
rochers et du terrain est sans doute la meme qu autrefois, il est vraisemblable que
la ville a toujours été traversée dans cette direction par les eaux pluviales.
Je dois encore faire mention ici d une butte régulière, plus longue que large
et qui a, dans son plan, à peu près la dimension et la forme de l'hippodrome fi).
En regardant vers le sud, au-dela du theatre, toujours de la même position, on
aperçoit 1 enceinte dAntinoé, et plus loin un espace couvert de ruines, d’une
grande etendue, reste dune ville chrétienne, au bout duquel est. le village de
Deyr Abouhennys. Si Ion se tourne vers le nord, on voit la chaîne Arabique
revenant sur le Nil, comme pour fermer cet amphithéâtre naturel; sur sa cime,
plusieurs anciens monastères abandonnes ; enfin, entre le roc et Antinoé, d’autres
ruines avec une enceinte particulière, qu’on croit être le reste de ^ancienne ville
Égyptienne de Besa.
Tel est 1 aspect général que présente Antinoé quand, du haut Ées buttes de
1 ouest, on parcourt de loeil tout 1 horizon (2). Mais il y a dansmr ville, et plus
encore au-dehors, d autres points d’où l’on découvre toute la vallée du Nil, aussi
étendue sur la rive gauche, quelle est rétrécie sur la rive droite ; et ce nouveau
tableau est encore plus pittoresque. On y aperçoit le riche village de Roudah;
celui de Bayadyeh, tout chrétien et connu par ses manufactures de sucre j1 la
ville de Meylaouy ; enfin le magnifique portique d’Hermopolis magna, à environ
trois lieues à l’ouest.
On a vu plus haut que, pour bâtir sa. nouvelle ville, Adrien profita d’un
grand enfoncement dans la montagne, ayant la forme d’un arc dont les extrémités
s appuient sur le fleuve. Il est probable qu’il n’y avoit alors qu’une très-
petite partie de cette espèce de golfe qui fût cultivée ou cultivable, le sol
étant presque par-tout, même encore aujourd’hui, au-dessus des plus fortes
inondations. Je ne ferai donc point a cet empereur le reproche d’avoir sacrifié
a son projet une grande etendue de terrain fertile, et cette réflexion s’applique
au reste de 1 espace compris dans ce bassin du côté du midi (3). Je crois même
que les magnifiques champs de canne a sucre (4), et les autres parties cultivées
qui sont a 1 ouest tant d Antinoé que de Deyr Abouhennys,-ne sont dus qu’à
1 exhaussement du fond du Nil, qui a permis à l’inondation d’atteindre jusqu’à leur
niveau.
.Par ce qui précédé , on peut juger que la topographie ancienne du lieu devoit
etre semblable à celle d aujourd’hui : une description minutieuse du terrain
seroit superflue, et les planches gravées suppléeront à ce qui pourroit manquer
ici de détails descriptifs (y) ; jç me bornerai à dire quelque chose de l’étendue
de la ville. Sa forme générale, dans 1 enceinte qui la borne sur trois côtés, est
celle d un trapèze dont les côtés parallèles sont la ligne du midi et celle du nord ;
( i) Voyez pl. yy. douze pieds de hauteur [près de quatre mètres] ; une
i-)< Voyez pl. , au point D . haie épaisse de sesseban lui servoit de bordure et d’om-
(3) Voyez pl. S 4 , f g . , . brage.
(4) J'ai remarqué, dans ce champ touffu, des cannes de (y) Voyez pl. ¡ j et 54.
à l’est, la muraille est interrompue, et plus avancée vers la montagne à un bout
q u a l’autre, mais toujours parallèlement à elle-même. La mesure exacte du périmètre
de là ville, pris le long de l’enceinte au sud, à l’est et au nord, et sur la
lisière des ruines du côté de l’ouest, est de cinq mille deux cent quatre-vingt-
dix-huit mètres (1). L ’hippodrome et les ruines de Besà restent loin en dehors
de cet espace.
La longueur de la ville, prise dans la direction de la rue principale, depuis
la porte du nord-ouest jusqu’au point de l’enceinte correspondant vers le sud,
est de mille six cent ,vingt-deux mètres (2).
Sa largeur, prise entre tes maisons du village, près l’arc de triomphe et l’enceinte
de l’est, est de mille quatorze mètres (3).
La largeur, priseadans le sens de la seconde rue transversale, étoit beaucoup
plus grande; on trouve’sur cette ligne mille cent soixante-douze mètres, (4) entre
l’enceinte et la lisière des buttes de décombres.
Si l’on mesuré fa longueur de l’enceinte sur le côté du midi, on trouve six cent
quatre-vingt-dix-neuf mètres seulement (5); du côté du nord, il y a mille cent huit
mètres (6) de l’angle oriental à l’extrémité des décombres. Ces dimensions ont
été mesurées exactement avec une bonne chaîne métrique, ainsi que toutes les
autres, que je ne rapporte point ici pour éviter un détail fastidieux (y).
M. Corabceuf a aperçu vers le nord une seconde enceinte ; elle est en pierre
et en brique , et elle est jointe à l’autre par des massifs placés de distance en
distance.
Sur les buttes de décombres dont j’ai parlé, il y a une multitude de fragmens
de vases antiques de plusieurs espèces. Les uns sont semblables aux poteries
Etrusques; la co.uleur en est d’un beau rouge, le grain très-fin, et les ornemens
simples, mais bien exécutés. Les autres sont d’une couleur grise ; ce sont des
amphores plus ou moins grandes, ou bien des pots coniques à deux anses, élargis
vers le haut, dont le fond contient un dépôt luisant et de couleur noire ; ce
dépôt a l’aspect résineux et une odeur analogue à celle du sucre brûlé. Plusieurs
pensent que c’est le reste d’un enduit qu’on avoit mis intérieurement pour empêcher
les liquides de sortir par les pores ; d’autres prétendent que c’est le reste
d un dépôt de liqueur vineuse (8). Quoi qu’il en soit, la quantité prodigieuse de
débris de vases et de poteries dont les ruines de k ville sont, pour ainsi dire,
couvertes, a de quoi surprendre : il est probable qu’ils proviennent d’un grand
nombre de générations qui se sont succédées sur le même sol. La ville d’Anti-
noe a, sans doute, été habitée long-temps après la domination Romaine.
La quantité de l’encombrement n’est pas moins surprenante. Comment une
ville postérieure de quinze siècles à la plupart des villes Égyptiennes est-elle
(1) Deux mille sept cent treize toises et demie environ. (7) Voye? l'explication de la pl. 3 3, où j’ai rendu
(2) Huit cent trente-deux toises environ. compte de la construction du plan.
(3) Cinq cent vingt toises environ. (S) Peut-être est-ce la matière sucrée du vin qui,
(4) Six cent une toises environ. exposée à un soleil ardent, s’est caramélisée. Tous ces
(5) Trois cent cinquante-huit toises et demie environ, vases sont percés de quatre trous. Voye^ la planche des
(6) Cinq cent soixante-huit toises et demie environ. vases antiques }fig, 4.0, dans le vol. V(collection d'antiques).
A. D . B