
opinion; mais je crois qu’il faut l’abandonner. Il me paroît quon s est décidé
par unesimple analogie, par le seul rapport des noms : cest ainsi qii on a placé
Selæ à Sâlehyeh, &c.; mais on n’a pas fait attention .qu’il existait de ce côté trois
positions appartenant aux Juifs, et pouvant donner lieu au même rapprochement:
alors pourquoi placer l’une plutôt qtie l’autre à Tell-Yhoudyeh! Ce sont Onion,
Castra Judæorum et Viens Judæorum. Il existe tin lieu correspondant pour chacune
d’elles; et, quant à la dernière, les distances de l’Itinéraire s’opposent absolument
à ce qu’on lui assigne Tell-Yhoudyeh pour emplacement. Vicus Judæorum étoit
à x x x v i milles de la Babylone d Égypte, sur la route de Thou ou Thoum ( meme
lieu que Pithom), aujourd’hui A ’bbâçeh. C ’est une condition à laquelle il faut
satisfaire. Or il existe un lieu qui la remplit parfaitement, comme ôn le verra
plus loin, qui est bien à x x x v i milles des ruines de Babylone, sur une ligne plus
orientale, et cette ligne passe par el-Khanqali, lieu important sur la limite du
désert, jadis plus peuplé et habité. C ’est un point sur lequel je reviendrai dans le
chapitre X X II des Antiquités.
Onion (t) étoit, selon JosèpKe, distante de 180 Stades de Memphis; je soupçonne
qu’on a écrit cent pour deux cents, et quil faut lire « r'y r au lifeu de p - t r : la
mesure de 280 stades tombe en effet juste sur Tell-Yhoudyeh, à partir de la
partie sud de Memphis. C ’est entre la branche Pélusiaque et le Trajanus-caimk
(qui, je crois, remonte à une haute antiquité), et par conséquent dans une position
isolée et facile à défendre, enfin sur les ruines d un ancien temple de la
déesse Bubaste (s’il faut en croire Josèphe), que le temple Juif fut élevé, ainsi
que les habitations contiguës. Le monument avoit, dit-on, 80 coudees d élévation.
La position de ’HAtou [ Onti ] est essentiellement différente de 'HAio-otM
et
Ptolémée a été critiqué à tort par d’Anville et d autres savans. Il donne la
même longitude à ces deux villes : c’est ce quon reconnoîtra sur la carte comme
exact (2). A la vérité, il suppose 20' de différence en latitude, et la différence est
moindre dans les cartes modernes. Au reste, pourquoi s étonner de voir dans le
même nome deux lieux différens, 'HAiou et 'HAiovtraA 1«, puisqu on retrouve dans la
province, outre les ruines de £1N [Héliopolis], celles de Onion, Heliu, indiquées
par Josèphe, aussi bien que par Ptolémée!
A l’égard de l’autre position des Juifs, dite Castra Judæorum', citée dans la
Notice de l’Empire, je lui assigne pour place un lieu couvert de ruines, qui est
peu éloigné de Tell-Yhoudyeh vers l’est, mais sur la rive droite de l'amnis Trajanus.
§. V I I .
N oub, Abousyr, el-Khousous, Auleu.
L e Qelyoubyeh, ou la province de Qelyoub, renferme encore p lu s ieu r s autres
lieux qui ont succédé, selon moi, à des positions antiques, mais où l’on observe
peu de ruines antiques. Les villages de Noub et de Tahâ-Noub sont dans ce cas,
( 1 ) Voyez la Description des antiquités de l’isthme-de (2) Voyez la carte ancienne et compare, de la basse
Soueys, par M. Devilliers, ch. X X IV , A . D . rom. II. Égypte.
ils, rappellent par leur nom celui de plusieurs lieux de l’ancienne géographie de
l’Égypte, tels.que Ch-nub-is et Ca-nob-us, terre d’or, selon Aristide le sophiste (i )
[à t Kahi-nnoub, K ^ t m.oxL) jj de là peut-être A-nub-is. Je pense qu’on rencontrera
quelques anciens, vestiges-en ces deux endroits, placés sur la branche Pélusiaque,
eç que je n’ai guère fait que traversèr. Selon un savant orientaliste, -rot^o
KMriS. signifie en copte le lieu de 1 or (2). J’ignore si ce mot de -tox^o doit
se traduire pat le lieu, mais on ne peut nier la conformité du nom de la position
Copte avec le nom actuel.
C est sans doute encore une ancienne position qu’Abousyr, village aujourd’hui
dans le désert, auprès de Birket el-Hâggy, ou du lac des Pèlerins. Ce nom, on
le sait, a été imposé par les Arabes à des lieux appelés jadis soit Taposir-is,
soit Busir-is, comme près d’Alexandrie, de Semennoud, de Memphis, et aussi
en divers endroits de la haute Égypte. On ne peut nier que les Grecs eux-mêmes
n’aient altéré les noms antiques, ainsi qu’ont fait à leur tour les Arabes des noms
Grecs ( 3 ) ; ceux-ci n’auroient-ils pas retranché arbitrairement la première syllabe
du nom du liçu, qui est Taposiri en copte, et fait de là Busirisl Dans un autre
cas, ils auroient conservé le nom tout entier, comme dans Taposir-is. Les Arabes,
à leur tour, n’ont-ils pas du premier de ces mots, Busir-is, fait A-bousir, non pas
pour compléter le nom un peu davantage, mais pour placer devant B-ousir l’élif
initial par pure euphonie, comme ils ont fait dans E-sné, A-souân, A-khmym,
A syout, A-sfoun, &c., ou peut-être pour introduire ici bizarrement le moi abou
dé leur langue, suivant une pratique qui leur est familière ! Quoi qu’il en soit,
le nom d’Osiris figure constamment dans tous ces mots, et le nom antique y
subsiste avec le retranchement soit d’une lettre par les Arabes, A-bousir;. soit
de deux lettres par les Grecs, B-owrif-iç, et par les Arabes, B-ousyr (4).
El-Khousous est un fort village ou j ai aperçu beaucoup de fragmens antiques
eh granit et en grès. Je lés ai crus d’abord apportés des ruines d’Héliopolis,
l’obélisque en étant éloigné d’une lieue ; mais, en y réfléchissant, j’ai renoncé à
cette opinion. Les morceaux antiques d’ei-Khousous n’ont pas été transportés
d ailleurs, et ce lieu me paroît être sur le site même des ruines d’Héliopolis : ce
point étoit la limite septentrionale de la ville. En effet, depuis l’aiguille jusque
là, on rencontre des débris de tout genre, et le terrain est souvent plus élevé
que la plaine, et il y auroit continuité de sol d’un bout à l’autre, comme dans
le, sens de l’est à l’ouest, depuis l’aiguille jusqu’au Trajanus canalis, si la terre
n’avoit pas été couverte de" limon, et "si la charrue n’avoit pas nivelé plusieurs
parties. Il ne faut pas borner Héliopolis à l’enceinte de chaussées ou de remparts
située à la partie méridionale, au milieu de laquelle se trouvoit le temple, et où
subsiste encore l’obélisque, ni la circonscrire dans l’enceinte polygonale qui est plus
loin, puisque, dans l’espace d’une lieue au-delà, tant au nord qu’à l’ouest, il y a
(1) Orat. Ægypt. t. I I I , p. 698, ed. S. Jebb. Voyez encore plus bizarre de l’altération des noms par les Arabes.
Jablonski, pag. 3 et 141, et le Dictionnaire de Lacroze. (4) Voy. Description de Memphis (ci-dessus, ch. X VIII,
(2) Voyez l ’Egypte sous les Pharaons, par M. Cham- p. 26), où plusieurs réflexions sur cette même question
pollion, t. I I , page 43. sont présentées avec de légères différences. Voyez aussi
(3) Voyez ci-après, dans le chap. X X I I , un exemple ci-après, ch. X X I I , sect. I.ro, §. II.